Retour sur la visite de Faure Gnassingbé au Palais de l’Elysée

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Aura-t-on la pertinence de tenir les promesses faites devant François Hollande ?

 
 

Les Togolais en général, les responsables des partis d’opposition en particulier ont maintenant l’habitude des promesses vite faites et aussitôt oubliées. Pour eux, il faut parler d’autre chose et penser à autre chose chaque fois que Faure Gnassingbé ou ses collaborateurs parlent en termes de promesses. Mais comme on ne peut pas ne pas faire de promesses, le fils d’Eyadèma en a encore faites récemment devant François Hollande. Pourra-t-il les tenir pour une fois ?

 
Promesses devant témoin
 

A la sortie de son audience chez M. Hollande en milieu de mois, Faure Gnassingbé s’est prêté au rituel des déclarations d’après audience. Même si au Togo il n’a jamais fait cet honneur à la presse nationale, même si le président du parti UNIR n’a jamais accordé à la presse nationale le respect qui lui convient en parlant devant ses micros- la rareté est telle qu’il faut parler sans risque en termes de jamais- Faure Gnassingbé ne se soustrait presque pas à cette obligation quand il se retrouve en terre étrangère. Ainsi, sur le perron de l’Elysée le 15 novembre dernier, il a briefé à la presse le contenu des échanges qu’il a eus avec le maître des lieux. Sécurité maritime, piraterie sur les côtes du Golfe de Guinée, situation en Centrafrique sans oublier l’engagement de troupes africaines au Mali ont été au menu desdits échanges, selon ce que Faure Gnassingbé a dit à la sortie d’audience.

 

Au sujet du Togo, M. Gnassingbé a évoqué le dialogue qui va être poursuivi afin de faire du Togo un véritable Etat de droit. Ce dialogue prend en compte les réformes en attente et il faut préciser que la promesse présidentielle devant François Hollande intègre ces réformes qu’il faut remettre sur le métier et les faire faire une fois pour toutes. « J’ai assuré qu’au Togo, nous ferons, nous continuerons de faire des efforts pour le dialogue politique et pour renforcer la démocratie. Merci beaucoup », a indiqué Faure Gnassingbé. Ce qui est curieux et que nous avons relevé dans une précédente analyse dans les mêmes colonnes, le président togolais a relégué au second plan les questions liées à la situation intérieure du Togo, leur préférant les questions étrangères : la Centrafrique, le Mali, la Syrie, etc. On comprend donc que M. le président n’ait parlé de son pays que dans la chute de son discours, comme pour conclure.

 

Curieux encore, au moment où Faure Gnassingbé a évoqué à plusieurs reprises « avoir prié le président Hollande » pour ceci ou cela, il ne l’a fait à aucun moment pour son propre pays. Drôle de logique, faut-il concéder. Quoi qu’il en soit, au moment où l’on revient sur la promesse de Faure Gnassingbé, il n’est pas impertinent de se demander si ces promesses ont une chance de devenir réalité. Est-ce que le témoin devant lequel on les fait cette fois-ci pourrait avoir plus de chance que ses prédécesseurs ? La question n’est pas inutile.

 

Relever le défi des promesses faites à Paris

 

Le moins qu’on puisse dire, à la suite de ces propos de Faure Gnassingbé, est ce que tout cela ressemble fort bien à du déjà vu. A du déjà entendu, pour être précis puisque dans plusieurs discours à la nation, le président du parti de l’oiseau bleu a réitéré mille et une fois « sa volonté de dialogue et d’ouverture », « sa volonté de rupture et de modernité » sans que jamais toutes les proclamations et déclarations de bonnes intentions deviennent du concret. Beaucoup de confrères ne se lassent pas de s’étonner de ce que Faure Gnassingbé soit resté incapable de mettre hors d’état de nuire « la petite minorité qui s’est emparée des richesses du pays » comme lui-même l’a indiqué dans un discours officiel et public. A leur suite, on peut faire observer que d’autres promesses se sont ajoutées à c elles-là et s’il faut parler de démocratie ou d’Etat de droit, ce sont les promesses contenues dans l’Accord Politique Global (APG) du 20 août 2006 qui sont les plus attendues.

 

C’est une surprise en effet de constater que sept bonnes années après, le contenu de cet accord peine à prendre la forme d’actes concrets et probants. Les réformes institutionnelles et constitutionnelles sont bloquées pour la simple raison que Faure Gnassingbé et les siens n’en veulent pas. Visiblement inscrits dans une logique de présidence à vie, Faure Gnassingbé et ses collaborateurs ont vite fait de mettre entre parenthèses lesdites réformes, leur ayant substitué leur agenda personnel. L’accord du 26 mai 2010 entre le pouvoir et Gilchrist Olympio avait pour fin ultime de supplanter ledit APG et de le ranger définitivement aux calendes grecques mais malheureusement l’échec de cet accord, ajouté à la banqueroute électorale du parti UFC aux législatives du 25 juillet dernier ont fait voler en éclats toutes les illusions que Faure Gnassingbé a pu se faire. Différents montages dans des cadres différents comme les CPDC toutes catégories confondues, les dialogues primatoriaux, toutes sessions comprises s’étant révélés infructueux, le sujet est abandonné en friches depuis que, avec quelques strapontins, Faure Gnassingbé a fait dire que le mandat présidentiel sera limité à partir de 2025.

 

Quoi qu’on dise, maintenant que Faure Gnassingbé s’est re-engagé devant M. Hollande qui a déclaré en sa présence qu’il « porte un grand prix à la démocratie, aux élections en Afrique », les observateurs sont enthousiastes de voir ce que Faure Gnassingbé va faire de l’engagement pris devant lui.

 

Des défis à divers niveaux

 

Si tant est que Faure Gnassingbé peut se montrer pour une fois fidèle à sa parole, les observateurs trouvent qu’il lui faudra relever des défis à plusieurs niveaux. Ces défis vont de la justice qui doit retrouver son indépendance à la dépersonnalisation des affaires publiques en passant par la fin des tracasseries gratuites et arbitraires qui sont faites aux adversaires politiques.

 

Effectivement, c’est un secret de Polichinelle que les adversaires politiques du système RPT devenu UNIR n’ont jamais la vie facile. S’ils ne sont pas déclarés étrangers et soumis à toutes les humiliations, ces adversaires sont privés du droit à une justice équitable ainsi que du droit à la libre circulation. Dans le dossier des incendies, il faut être ermite à en mourir aussitôt pour ignorer que ce que la justice fait dans ce dossier n’a rien de légal ni de juste. Il faut être mauvais et méchant au même titre que ceux qui ont crucifié sans raison Jésus de Nazareth pour croire que ce sont MM. Fabre, Kpogo, Kodjo ou Adja qui ont fomenté le complot. Pourtant, la justice togolaise qui traite le dossier de façon assez tendancieuse semble convaincue, la seule, que ce n’est pas de l’acharnement politique.

 

Tenir les promesses faites devant M. Hollande suppose pour Faure Gnassingbé de dépolitiser ce dossier en laissant les juges agir en leur âme et conscience plutôt que sous ordre du politique, comme on l’a vu jusque-là. Le pouvoir politique ne doit pas s’immiscer des affaires de justice, c’est un principe démocratique, mais au Togo tout le monde sait que la justice présenterait un autre visage si la politique ne lui en imposait pas. Il faut pour Faure Gnassingbé et les siens apprendre et pratiquer cet autre principe démocratique qui veut que la justice est un pouvoir à part entière, exactement comme le pouvoir exécutif. L’affaire d’escroquerie internationale dans laquelle le ministre Bodjona a été cité et par lequel on lui a réglé des comptes politiques est rangé dans le même registre.

 

Des efforts pour le dialogue politique et pour renforcer la démocratie passent surtout par une reconsidération de l’idéal politique. Selon toute vraisemblance, Faure Gnassingbé a refusé de tenir ses promesses faites dans le cadre de l’APG parce qu’il ne veut pas quitter le pouvoir au bout de dix ans. Sa volonté jalousement cachée est de rester président ad vitam aeternam et le refus des réformes institutionnelles et constitutionnelles s’explique par ce fait. Dès lors, est-il possible de renforcer la démocratie sans aller à l’alternance ? Est-il possible de parler de démocratie renforcée dans un pays où une seule famille dirige les affaires publiques pendant près de cinquante années sans que cela soit la volonté exprimée par les populations en toute liberté ? Nul doute que M. Hollande en confiant le prix qu’il porte à la démocratie et aux élections insinue surtout l’alternance politique jusque-là impossible au Togo parce ce que Faure Gnassingbé à la suite de son père feu Eyadèma n’en veut pas. En 2006, Faure Gnassingbé a promis devant Blaise Compaoré que l’APG sera mis en œuvre par le gouvernement d’union qui allait suivre ; sept années plus tard, rien. Aujourd’hui, il s’engage devant M. Hollande pour « des efforts pour le dialogue politique et pour renforcer la démocratie », faudra-t-il attendre sept autres années pour constater le nouveau bluff ? A Faure Gnassingbé de jouer.

 
 

Nima Zara

 

Le Correcteur N° 48 du 25 novembre 2013

 

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