Retour sur le Programme d’action du nouveau gouvernement togolais/Victoire Sidémého Dogbé : Du folklore à la prestidigitation

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PM Victoire Dogbé | Photo : DR / L’Indépendant Express
PM Victoire Dogbé | Photo : DR / L’Indépendant Express

Le Premier ministre Tomégah-Dogbé a déféré vendredi dernier à la tradition sacrosainte qui consiste pour tout nouveau Premier ministre nommé de servir au parlement un programme d’action pour le moins, irréalisable. Celui présenté par le successeur de Sélom Klassou, s’articule autour de trois axes à savoir : «le renforcement de l’inclusion, l’harmonie sociale et la consolidation de la paix», «la dynamisation de la création d’emploi en s’appuyant sur les forces de l’économie nationale», et «la modernisation du Togo et le renforcement de ses structures».

Le Premier ministre Tomégah-Dogbé, au cours de la séance, a fait comme ses prédécesseurs. Elle a pris l’engagement de travailler avec son gouvernement pour une amélioration des conditions de vie et de travail des Togolais, par le truchement de la mise en œuvre de différents projets touchant notamment le secteur de la santé, l’éducation, l’agriculture, l’appui aux PME/PMI, la promotion des industries, la digitalisation des services et des parcours, la consolidation de l’Etat de droit et le renforcement des libertés individuelles entre autres.

 Parlant du financement de son programme, le Premier ministre a dit compter sur l’accompagnement du secteur privé national et international, l’amélioration d’un climat des affaires favorable aux investissements, une gestion saine et efficiente les fonds publics, l’amélioration de la gouvernance et de la mobilisation des ressources internes.

« Parce que notre pays est en construction, nous savons que  nous avons encore beaucoup de choses à faire. En effet, les aspirations légitimes des populations togolaises demeurent encore nombreuses et plusieurs défis doivent être relevés pour y répondre. Les outils pour ce faire existent nous entendons nous en saisir. Il s’agit notamment de renforcer l’efficacité de l’action publique, d’améliorer la coordination entre les différents secteurs, et d’accroitre la mobilisation des ressources et rendre plus efficiente la répartition des richesses de notre pays », indiqué Mme Victoire Tomégah-Dogbé.

Pour le Premier ministre, la nécessité de la révision des ambitions et des objectifs que le Togo s’était assignés dans le cadre du Plan national de développement (PND) au regard de la pandémie au coronavirus, s’impose. Mme Victoire Tomégah-Dogbé a indiqué que cet exercice a d’ailleurs permis de dégager les trois (03) grands axes du programme qu’elle présentait.

A y voir de près, les trois 3 axes du programme et son approche de mise en œuvre ressemblent à s’y méprendre à un tissu de promesses démagogiques destiné à distraire tout un peuple de l’essentiel. Qu’on en juge :

Comment peut-on prétendre à ‘’un renforcement de l’inclusion, l’harmonie sociale et la consolidation de la paix» dans un pays hermétiquement fermé à la démocratie où depuis plus d’un an, les manifestations populaires à caractère politiques sont non seulement interdites mais aussi réprimées dans le sang par la soldatesque ? Au Togo, les opposants qui refusent de se faire complice du pouvoir en place en l’accompagnant subtilement dans ses dérives sont persécutés. Aujourd’hui, le candidat de la Dynamique Kpodzro, arrivé officiellement en 2ème position derrière le vainqueur officiel, Faure Gnassingbé, est contraint à la clandestinité pour avoir revendiqué sa victoire au scrutin présidentiel. Un Prophète se trouve aujourd’hui en prison pour avoir rendu publique une ‘’révélation divine’’ qui met en cause les résultats officiels du dernier scrutin présidentiel. Avant eux, des militants d’un parti d’opposition ont été arrêtés au cours des manifestations ont et jetés en prison. Idem pour les militants et sympathisants de la Dynamique Mgr. Kpodzro qui se trouvaient au domicile d’Agbéyomé Kodjo lors de son interpellation par le SCRIC. Si certains prisonniers politiques ont dernièrement recouvré leur liberté, d’autres poursuivent leur séjour dans les cachots du désespoir. Si on considère le nombre de Togolais affectés par ces arrestations du fait de leur filiation et  relations avec ces détenus dans les fers de la dictature, on peut facilement convenir qu’au Togo, il n’y a aucune inclusion ou harmonie sociale à renforcer par le programme du premier ministre Tomégah-Dogbé.

En ce qui concerne «la dynamisation de la création d’emploi en s’appuyant sur les forces de l’économie nationale’’ pour laquelle le Premier ministre a cru devoir pondre un programme, il faut admettre que c’est du vent. Depuis plusieurs années, la création d’emploi a cessé d’exister au Togo. Ceux qui se sont laissé charmer par les sirènes des divers programmes concoctés pour appâter les partenaires économiques, l’ont appris à leurs dépens. Peu de temps seulement après leur installation, ils ont mis la clé sous le paillasson tout simplement parce que l’environnement dans lequel  nous évoluons, ne présente aucun gage de succès des initiatives du genre. La création d’em ploi n’existe donc au Togo que de nom. Dans ces conditions comment peut-on prétendre dynamiser ce qui n’existe pas ?

On peut multiplier des cas pour démontrer et fustiger le caractère folklorique de la prestation du Premier ministre Tomégah-Dogbé devant les députés vendredi dernier. L’essentiel à retenir des derniers événements politiques survenus dans le pays, c’est que pour entrer dans son quatrième mandat, Faure Gnassingbé a choisi de mettre qui il veut à la place qui lui plait. Bien évidemment ce joli monde qui se réclame du titre de ministres et autres sera là pour exécuter toutes les tâches qui lui seront demandées. Ainsi va le pays.

Ceux qui sont à plaindre ce sont les technocrates chevronnés qui se sont laissé embarquer dans cette aventure. Au bout de quelques mois ou de quelques années, ils en ressortiront complètement méconnaissables et ne seront plus bons à rien. C’est encore ça le régime qui nous régente au Togo.

Pour ce qui est de l’harmonie sociale et la consolidation de la paix, le Premier ministre a manqué d’intégrer à son programme la dimension sécuritaire qui convient pour la mise en déroute des groupes de gangsters qui, à travers les braquages, la arnaques et autres vols à mains armées insécurisent les populations, surtout les commerçants et les hommes d’affaires qui commettent l’erreur d’aller toucher de l’argent à la banque. Quel avenir peut-on destiner au PND, conçu pour être immensément financé par les investisseurs privés ?

Germain Ayivi

Source : le Perroquet n° 458

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