Révolution Togolaise / Le Tour de Garde : Il est Temps !

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« Les chaînes de l’humanité torturée
sont faites en papier de ministère »
Kafka

O peuple souffrant
Tes bourreaux sont connus
Togo mon peuple !
Ils sont là, parmi nous
Ils paradent. Ils narguent.
Suintement âcre de la suffisante morgue des privilégiés
Indécents Jouisseurs d’atroce impunité
N’ont-ils pas l’outrecuidant vouloir de nos suffrages ?
Ils te diront légalisme. Dis-leur légitimité
Ils te diront règlement. Dis-leur justice
Ils te diront procédure. Dis-leur respect
Nous affamer,
Nous tuer,
Nous humilier
N’est-il donc pas assez ?
Encore faut-il à leurs crimes adhérer
Un blanc seing leur donner. L’absolution.
Assez ! C’en est trop ! L’absoute
Il est temps, peuple du Togo, secouer ta torpeur
Il est temps, sortir de tes tombeaux
Il est plus que temps, prendre de la vie le parti
Peuple mien, or de l’humanité
Retisse de ton dessein glorieux les liens
Frères, cessons de notre cri de passer à côté
le seul qu’on eût voulu nous entendre crier
Le rugissement de la révolte, l’hallali de la victoire
Le seul véritablement nôtre
Nos parchemins électifs nous en donnent l’occasion
Prenons la brèche creusée par le digne kémite de Tchaoudjo
Osons la voie sacrée venue de Dieu par son prêtre
Allons braves frères, allons !
Allons où l’esprit nous porte
Soutenons l’oint de circonstance
Élargir de Dieu la place dans le destin du peuple
Prendre son souffle et son esprit
Celui qui sait confondre le puissant avec le faible
Et vainquons par Lui et avec Lui
Vainquons la gangrène de la dictature
David a bien renversé le philistin
De son tyran, de ses geôliers le Togo viendra à bout
Bouter hors les négriers de l’intérieur.
Il est temps.
Écoute mon peuple, écoute.
Écoute la voix suppliante du poète
Écoute le grondement souterrain de tes entrailles
Écoute la sarabande endiablée de tes enchaînés désirs
Laisse advenir
Advenir la sainte colère de ta raison martyrisée
Embrasse,
Oui, Embrasse l’air fraternel et universel de la liberté
Et va, à la suite du voyant va. Allons !
Alors au bout du matin blême gros de désir, de vie
« Au bout du petit matin, sur cette plus fragile épaisseur de terre que dépasse de façon humiliante son grandiose avenir – les volcans éclateront, l’eau nue emportera les taches mûres du soleil et il ne restera plus qu’un bouillonnement tiède picoré d’oiseaux marins – la plage des songes et l’insensé réveil » 1
Et le navire lustral s’avancer impavide sur les eaux écroulées
Le peuple affamé et scrofuleux
La nation de pitance incertaine
Le goût de vivre retrouvera
Et trois repas quotidiens
C’est bien le moindre
Ce goût de vivre, Ils ne pourront l’affadir dans nos bouches.

Jean-Baptiste K.

1 Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal (1939-1956),
dans La Poésie, Paris, Seuil, 1994, rééd. 2006,

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