Risque de violences à caractère communautaire à Bangeli Un natif confirme : « Aujourd’hui, la population est en colère et se dit prête »

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Le risque d’affrontements entre la population autochtone et les ressortissants béninois communément appelés « Dadjè » est réel. Des témoignages le confirment.

Dans notre parution N° 3178 du mardi 30 juin 2020, nous avons alerté l’opinion sur les risques d’affrontements et de violences à Bangeli, dans le Grand Bassar. Dans l’article consacré à ce sujet, nous avons rappelé qu’il y a eu des arrestations au sein de la population autochtone. « Ces arrestations, si nous en parlons, c’est parce qu’elles semblent vouloir susciter de nouvelles vagues de violences à Bangeli, Kabou et les autres localités de la préfecture de Bassar ainsi que dans le Dankpen, comme ce fut le cas en décembre 2019. Et pour cause, les populations s’indignent du fait que depuis le jour de la disparition du nourrisson, aucune information n’a filtré sur les auteurs. Au contraire, les jeunes soupçonnés d’avoir pris part aux actes de destruction sont poursuivis », avions-nous écrit, avant de citer un fils de la localité : « Depuis cette disparition, les autorités sécuritaires n’ont rien fait pour rassurer les populations. Elles ne posent pas des actes qui rassurent que les enfants ne seront plus victimes d’un pareil drame. Nous ne savons même pas si une enquête a été ouverte. La seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que nos petits frères sont poursuivis parce qu’on veut satisfaire quelqu’un. Nous avons l’impression que les efforts sont plus déployés à arrêter ceux qui ont détruit les biens privés que pour apporter la lumière à la population sur la disparition du nourrisson ».

Curieusement, l’article a suscité des critiques et certaines déclarations prêtent à penser que nous défendons une communauté au détriment de l’autre. Heureusement, des témoignages anonymes viennent confirmer nos écrits. Un natif de Bassar, dans un courrier à nous adressé, raconte : « Jeudi 05 décembre 2019, un bébé de 3 semaines, de sexe masculin, a été enlevé à Bangeli. Suite aux investigations de la Gendarmerie du milieu, un jeune tailleur issu de la communauté « Adja » communément appelé « Dadjin » ou « Béninois » a été interpellé. C’était juste au moment où il se préparait à fuir. Trois autres personnes natives de Bangeli dont un couple et une jeune femme ont été aussi interpellés. Tous ont été gardés à la brigade. Mais chose bizarre, le jeune tailleur a réussi à s’évader. Il a été arrêté, deux jours après, à Kara et reconduit à la brigade de Bangeli. Ces interpellations ont été effectuées une semaine après la disparition de l’enfant ».

Qu’il nous souvienne qu’en décembre 2019, des violences ont eu lieu dans le Grand Bassar. « Les 17 et 18 décembre 2019, poursuit le témoignage, la population de Bangeli a cédé à la violence, saccageant toutes les boutiques de ces ressortissants « Adja », car ils sont commerçants en majorité ». Cette violence a conduit le chef de la communauté Adja à porter plainte. « Il est à rappeler que déjà dans la nuit du 16 décembre 2019, toute la communauté Adja a fui Bangeli. Le responsable de la communauté va ensuite porter plainte au Tribunal de Bassar pour les dommages qu’ils ont subis de la part de la population autochtone », indique le témoin.

Comme nous l’avions rapporté, depuis la disparition jusqu’à ce jour, aucune nouvelle du bébé de 3 semaines n’a été portée à l’endroit de la population qui soupçonne le responsable de la communauté Adja d’être à l’origine de l’enlèvement du nourrisson. D’autres griefs militent en sa défaveur puisqu’il est accusé de violer les us et coutumes de la localité, sans oublier le fait qu’il s’est fait une réputation d’un « hors la loi ». « Ce responsable installé depuis plus de 10 ans s’est fait une fortune à travers ses boutiques, bars, stocks de carburants et son grand magasin où viennent s’approvisionner les Ghanéens. Ce monsieur, avant les faits, ne respectait plus rien, foule aux pieds les tabous et les coutumes du milieu. Il a même fait emprisonner le catéchiste de Bangeli qu’il avait engagé pour gérer sa quincaillerie. Il l’accuse d’avoir détourné 6 millions de francs CFA. Le catéchiste a été libéré après jugement », raconte le témoin.

Et le risque de résurgence des violences à caractère communautaire est réel. « Dans les mois de mai et juin, une quarantaine de convocations sont envoyées à certaines personnes de Bangeli. Après des interrogatoires, 07 personnes ont été arrêtées et gardées à la prison civile de Bassar, le mercredi 24 juin 2020. Aujourd’hui, la population est en colère et se dit prête à passer par tous les moyens afin de libérer ces 7 personnes », assure la source.

Elle rappelle qu’à ce jour, le jeune tailleur, le couple et la jeune femme, enceinte au moment des faits, sont toujours en détention à la prison civile de Bassar.

G.A.   / Liberté Togo

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