Scandale de Wirecard en Allemagne et malversations financières sous Faure Des responsables arrêtés, des ministres auditionnés ; les pilleurs protégés au Togo

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En cette période de Coronavirus, le vice-chancelier et ministre des Finances allemand, Olaf Scholz et le ministre de l’Economie, Peter Altmeier ont eu chaud au Bundestag (parlement allemand) mercredi 29 juillet dernier. Pendant plus de quatre heures, les deux émissaires du gouvernement ont répondu aux questions des députés sur le scandale Wirecard, cette société de paiement en ligne qui a frauduleusement gonflé son bilan de 1,9 milliard d’euros. Un bon exemple pour le Togo de Faure Gnassingbé et ses institutions qui contemplent ou se rendent complices de nombreuses magouilles financières.

            Le 18 juin dernier, le scandale éclate. C’est la déconfiture de Wirecard, une ex-start-up spécialiste des opérations de paiement, créée en 1999, cotée à l’indice Dax à la Bourse de Francfort depuis 2018. Bref, un succès de la fintech allemande. Wirecard a annoncé reporter l’arrêté de ses comptes pour l’année 2019, admettant qu’une somme de 1,9 milliard d’euros inscrite à son bilan « n’existe très probablement pas ». Les fonds étaient supposés se trouver sur des comptes sous séquestres censés appartenir à Wirecard aux Philippines. Sauf que les deux banques concernées ont assuré ne pas travailler avec l’entreprise allemande, et que la banque centrale des Philippines, qui a ouvert une enquête, a confirmé à leur suite qu’aucune somme liée à Wirecard n’était entrée dans le pays.

            Le PDG de Wirecard, Markus Braun, qui a « gonflé » artificiellement le bilan de la société, en vue de « le rendre plus attractif pour les investisseurs et les clients », a été incarcéré, pour la deuxième fois en un mois, le 22 juillet. Son ancien bras droit, Jan Marsalek, le suspect N° 1, a refusé de se livrer aux autorités judiciaires et a pris la poudre d’escampette. Jan Marsalek est entré au directoire de Wirecard au début des années 2000, à seulement 30 ans et sans posséder de diplôme d’études secondaires, mais muni d’un grand charisme, relate le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung qui ajoute que « Des proches de Jan Marsalek avancent maintenant qu’il a détourné une somme qui se chiffre en « centaines de millions d’euros » des coffres de Wirecard et qu’il entretient des « contacts étroits avec des agents du renseignement de divers pays ». Quant au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, il évoque une vie privée remplie de fêtes luxueuses organisées entre Kitzbühel et Moscou, ayant pour décor « des femmes nues, du champagne et des gros paquets d’argent ».

            Ce scandale qui intervient cinq ans après celui de la Deutsche Bank, le 1er établissement financier allemand, qui avait versé par erreur 6 milliards d’euros à un client qui n’en demandait pas tant, agite toute l’Allemagne présentée comme une place financière solide et transparente. Au point que le vice-chancelier et ministre des Finances, Olaf Scholz et le ministre de l’économie, Peter Altmeier, ont été auditionnés à huis clos pendant plus de quatre heures par la commission des finances du Bundestag. Les membres de la commission parlementaire ont cherché les réponses à plusieurs questions : quelle est la part de responsabilité du ministre des finances ? Depuis quand était-il au courant des soupçons de manipulation de bilan et qu’a-t-il entrepris pour éviter une telle déconfiture aux lourdes conséquences sur l’emploi, le portefeuille des actionnaires et l’image de la place financière allemande ?

            « Alors qu’un récent rapport de son ministère affirme qu’il était informé, dès février 2019, de l’ouverture d’une enquête sur les comptes de Wirecard par la BaFin, l’autorité allemande de surveillance des marchés financiers, M. Scholz a préféré insister sur les réformes qu’il entend engager afin d’empêcher qu’un tel scandale ne puisse se produire à nouveau. Comme il l’avait déjà déclaré à l’hebdomadaire Die Zeit, le 24 juillet, le vice­-chancelier estime en effet que c’est d’abord la BaFin, dans cette affaire, qui a failli. Et que c’est donc elle, avant tout, qui doit être réformée, en se voyant notamment doter de pouvoirs accrus et de moyens supplémentaires. Dans son viseur, le ministre des finances a également les sociétés d’audit, dont il souhaite accroître la responsabilité. Dans l’affaire Wirecard, plusieurs d’entre elles sont en effet accusées d’avoir fermé les yeux, pendant de longues années, sur des comptes manifestement truqués. Afin d’éviter de telles collusions à l’avenir, M. Scholz souhaite qu’une société d’audit ne puisse plus contrôler pendant plus de dix ans une même entreprise », rapporte Le Monde N°23501 du vendredi 31 juillet 2020.

            Des réponses qui n’ont pas satisfait tous les parlementaires. Pendant que certains députés de la coalition gouvernementale semblent apprécier la disponibilité de Scholz à coopérer, à l’extrême gauche, les commentaires ont été plus sévères. « Des questions importantes sont restées sans réponse », a déploré le député Fabio De Masi, membre du parti Die Linke. Idem à l’extrême droite. « Beaucoup de questions continuent de se poser sur un des plus grands scandales financiers de l’histoire de la République fédérale », a ainsi déclaré Alice Weidel, coprésidente du groupe Alternative pour l’Allemagne (AfD). « Il faut réagir à ce désastre mais aussi rendre des comptes sur ce qui s’est passé », a jugé Hans Michelbach, du parti conservateur CSU, allié du parti de la chancelière. Bref, l’opposition n’exclut pas une commission d’enquête parlementaire estimant que « les déclarations des ministres des finances et de l’économie, mercredi, n’ont pas fait la lumière sur une question soulevée ».

            L’incarcération du patron de Wirecad et l’audition des ministres des finances et de l’économie par le Bundestag sont la preuve de la vitalité de la démocratie allemande et de la volonté affichée de lutter contre les malversations financières. Un bon exemple pour le Togo de Faure Gnassingbé où les scandales financiers se succèdent et semblent avoir sa bénédiction. En 2008, le ministre des Mines d’alors, Noupokou Dammipi, avait fait un exposé sur la gestion pour le moins opaque qui avait prévalu à l’Office togolais des phosphates (OTP) pendant des années (pas de comptabilité, pas de rapport d’activités, des contrats complaisants, etc.). Une situation qui, selon lui, avait contribué à faire sombrer ce qui fut le fleuron de l’économie au Togo. Et la mode au Togo quand une société est en déconfiture, c’est qu’on la dissout et on en crée une autre. Quant aux auteurs du pillage, ils sont connus mais ne sont jamais inquiétés. La Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) qui a vu le jour en 2008, est en train de connaître le même sort que l’OTP avec Raphy Edery et fils, les amis juifs du chef de l’Etat. Selon le rapport 2012 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), « près de cinq milliards F CFA ont disparu des caisses de la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) en 2012 ».

            A ce scandale s’ajoutent ceux de la Société togolais du coton (SOTOCO) devenue la Nouvelle société cotonnière du Togo (NSCT), le Fonds d’entretien routier (FER), asphyxié par Ferdinand Tchamsi, transformé en Fonds routier (FR) puis en Société autonome de financement de l’entretien routier (SAFER), la société Togotélécom, usée par Sam Bikassa et ses soutiens, fondue depuis lors dans le fameux conglomérat Togocom. En outre, les pontes du régime qui ont mis à genou l’Union togolaise des banques (UTB) et la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI) continuent de jouir paisiblement des biens mal acquis. Ces deux banques ont tellement laissé de trou que des repreneurs traînent le pas dans le cadre du processus de la privatisation.

            Beaucoup de milliards ont été détournés à la CEET pendant que ceux mobilisés pour la réhabilitation de la route Lomé-Vogan-Aného se sont volatilisés. Dans ce dernier cas, la lumière n’a jamais été faite quoique que l’Etat ait dû recourir à d’autres prêts afin de pouvoir continuer les travaux. Aucune suite n’a été aussi donnée aux nombreuses malversations révélées par les rapports de la participation des Eperviers aux CAN 2013 et 2017.

            Que dire de l’affaire Adjakly et complices ? Depuis que cette affaire a éclaté, aucune institution de la République ne s’en est saisie. Pis encore un député, du nom de Séna Alipui, s’est escrimé à voler au secours de ceux qui ont gagné plusieurs centaines de milliards dans la commande et la fixation des prix du carburant.

            Certains nous rétorqueront que le Togo n’est pas l’Allemagne. Certes. Mais on peut aussi apprendre les bonnes choses de ce pays. Surtout que des intellectuels à la ménopause avaient surfé sur la longévité de la Chancelière Angel Merkel pour justifier celle du « fils de la nation » !

Géraud A. / Liberté Togo

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