Tentative de caporalisation des organisations culturelles : Les artistes infligent un cuisant revers au ministre Egbetegnon

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Le ministre Kossivi Agbetognon
Le ministre Kossivi Agbetognon

Décidemment, Egbetognon Kossivi a maille à partir avec les acteurs culturels togolais. En panne d’inspiration et faute de projet viable pour le développement du secteur, le ministre de la Culture, du Tourisme et des Loisirs vient d’essuyer de la part des artistes et musiciens, deux revers en moins d’un mois.

Le 16 juillet, six (06) organisations représentatives des artistes, interprètes, auteurs compositeurs et musiciens ont annoncé à l’issue d’un congrès constitutif, la naissance de la Fédération nationale des artistes et musiciens du Togo (FENASAM-Togo). Parmi elles, figuraient l’Union nationale des artistes et musiciens (UNAM) présidée par Lonlon Loko et le Syndicat des artistes, interprètes et auteurs compositeurs (SARIAC-Togo) créé par feu Adéwoussi Basile et désormais dirigé par Laurence Montcho. Les responsables des deux organisations se sont toujours rivalisés pour prendre le leadership, ce qui ne favorisait pas la défense des intérêts des acteurs culturels. C’est donc en soi une grande avancée de voir aujourd’hui les deux plus anciennes organisations, l’UNAM et le SARIAC fédérer avec quatre autres dont l’Union des chantres de l’Eternel-Dieu du Togo (UCET) qui est aussi l’une des plus anciennes et représentatives du milieu.

Une semaine plus tard, le 24 juillet 2020, ce fut le tour de quatre autres organisations (FAACI, AMIAP, ATAB, UNTS) de mettre en place la Fédération Togolaise de Musique (FTM). Ces organisations ont été créées récemment à la demande du ministre Egbetonyon Kossivi et regroupent chacune en son sein un corps spécifique d’acteurs culturels. Si la naissance de cette fédération est à saluer, elle pèche par contre par son historique et ses desseins inavoués qui méritent d’être relevés en vue d’assainir les relations entre les membres des deux fédérations et parvenir à créer un climat propice à la défense de leurs intérêts communs, pour la promotion des arts et de la culture togolaise. 

L’historique des deux fédérations

Le 04 février 2020, au bout d’un long processus de concertations, UNAM, SARIAC, UCET AHANTA, Christ Ayité And The Hosset, Black Figthers organisent une journée de réflexion autour d’un thème assez évocateur : «S’unir pour relever les défis communs ». Une journée à l’issue de laquelle deux principales résolutions ont été prises : « Mettre en synergie les différentes organisations pour la promotion du bien-être des artistes togolais ; promouvoir l’unité d’action entre toutes les organisations d’artistes ». C’est la mise en œuvre de ces résolutions qui a abouti à la naissance de la FENASAM-Togo. Cette fédération est dirigée par un bureau de 13 membres, avec une présidence tournante chaque année. Une démarche claire et qui prouve la prise de conscience et la participation volontaire de chacune des parties prenantes. Ceux qui connaissent le milieu associatif des acteurs culturels ont salué cette démarche, mais c’est sans compter sur  la volonté du ministre de tutelle de se doter d’une fédération à sa solde, sous prétexte qu’il y a trop d’associations d’artistes.

En effet, dès son arrivée à la tête du département, le Ministre Egbetognon Kossivi s’est engagé dans une entreprise peu honorable qui est de faire disparaitre les associations et syndicats des artistes au profit de fédérations regroupant des associations de chacun des secteurs (Artistes, musiciens, techniciens de son et manager culturels). L’initiative en soi semble louable. Sauf que le ministre est resté sourd à toutes les observations des responsables d’organisations qui existaient et a cru devoir imposer Agboti Yao, comme devant présider le processus. Un leadership contesté par les autres responsables des organisations. Mais le ministre, décidé à parvenir à ses fins, confie la mission au Directeur de la Promotion des Arts et de la Culture, Arouna Madehona. Dès lors, il affiche un mépris vis-à-vis des anciennes organisations qui refusent son diktat.

Egbetognon Kossivi multiplie alors des rencontres et conciliabules exclusifs avec les responsables des nouvelles organisations qu’il a fait créer. Il en profite pour prendre de nouvelles réorientations du Fonds d’aide à la culture (FAC), désormais géré en toute opacité avec l’assentiment de ces nouveaux responsables cooptés. Il poursuit sur cette voie jusqu’à sa rocambolesque offre de « reconversion » faite aux artistes en guise de solution à la crise de pandémie à la Covid-19, entrainant la paralysie des activités. Cette offre a suscité une vague d’indignation au-delà du milieu des acteurs culturels.  La Secrétaire Générale du SARIAC-Togo rompt pour sa part le silence et fait appel au Président de la République pour une main secourable en faveur des acteurs culturels. Dans ce climat de contestation généralisée de son offre, Egbetognon Kossivi se montre frileux. La perspective de la formation d’un nouveau gouvernement après la présidentielle de 2020, en rajoute à ses hantises.

Le ministre tente alors de calmer le front et feint de s’ouvrir à nouveau à toutes les organisations. Parallèlement, lui et son homme de main  Arouna Madehona essaient d’endormir les promoteurs de la FENASAM-Togo. La manœuvre ayant lamentablement échoué, Egbetognon Kossivi refuse non seulement de répondre à l’invitation qui lui a été adressée pour l’ouverture du congrès constitutif, mais ne se fait pas non plus représenter. Une semaine plus tard, il envoie le Directeur de la Promotion des Arts et de la Culture au Congrès constitutif de la FTM. « Egbetognon Kossivi inaugure l’ère d’un fonctionnement partisan de son administration qui tente de nier la liberté d’association pourtant reconnue par la Constitution togolaise », commente un artiste qui a pris part aux travaux du congrès constitutif de la FTM à la Direction de la Culture.

Les artistes se jouent du ministre

Dans la foulée, les limites du leadership auquel s’accroche le ministre de la Culture à la tête de sa fédération, se révèlent au grand jour. Deux jours avant la tenue de leur congrès constitutif, de jeunes artistes et musiciens décident finalement d’aller contre le diktat du ministre qui voulait imposer un leader qui s’était associé à l’offre de la « reconversion » qui leur a été faite ainsi qu’au travestissement du Fonds d’aide à la Culture de l’année 2020. Très vite, un consensus s’est dégagé autour de la personne de Dassanou Ariel, ingénieur de son de son état. Ce dernier sera élu, écrasant au passage ses adversaires à la présidence de la FTM. Après avoir échoué un an plus tôt à prendre la tête du SARIAC-Togo, Agboti Yao est une fois encore recalé pour cause d’incertitudes sur ses capacités à défendre les intérêts des artistes.

Désormais les regards sont tournés vers le ministre Egbetignon Kossivi que les artistes taxent de hautain. « En plus de trente ans de carrière, je n’ai jamais vu un ministre prendre d’aussi haut les artistes », fustige un des doyens de la musique togolaise.  

Nous y reviendrons !

P.C / Liberté Togo

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