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Tikpi Atchadam : Brouiller le 4ème mandat de Faure Gnassingbé

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Tikpi Atchadam
Tikpi Atchadam

Après plusieurs mois de silence, l’homme sort une fois de plus de son silence. Tikpi Atchadam, le leader du Parti National Panafricain et instigateur de la marche du 19 Aout 2019 s’adresse une nouvelle fois aux togolais. Plus convaincu que jamais, toujours aussi convaincant, resté constant et cohérent, Ceci à travers un discours vocal. Quoi que l’opinion pense et dise du président du parti au cheval, il est resté intransigeant dans ses propos. Après avoir fait un bref résumé des 57 ans de règne des Gnassingbé à la tête du Togo, en passant par la misère de la majorité des populations devant l’opulence de la minorité, le sociologue de formation Salifou Tikpi Atchadam arrive à une conclusion : empêcher coûte que coûte Faure Gnassingbé à briguer un second mandat. Et pour y arriver, il fait appelle à tout le monde. Jeunes comme aînés. Lisez plutôt l’intégralité du discours historique…

Chers compatriotes,

À la suite du régime dictatorial que nous avons subi depuis le coup d’état du 13 Janvier 1963, et sous le parti unique, nous assistons depuis 1990 à une résistance de la dictature par tous les moyens à l’alternance au sommet de l’état, passage obligé vers la démocratie.

Au bout de 42 ans de pouvoir, né du rejet d’un pouvoir élu et 15 ans d’imposition d’un pouvoir non élu, la politique de conservation du pouvoir au sein d’une seule famille entourée de courtisans n’est pas prête de s’arrêter.

Pourtant le bilan de 57 ans de pouvoir du point de vue de la gouvernance politique, économique et sociale est sans appel. Le fiasco est total. Une véritable catastrophe.

Le Togo n’est toujours pas réconcilié avec lui même. L’âme errante du Président Sylvanus Olympio, faute de deuil digne de son rang, faute de reconnaissance historique à la hauteur du sacrifice consenti pour son bien aimé pays reste humilié et frustré.

Avec lui, nombreux sont les filles et fils reniés par leur propre pays.

Jusqu’au jour d’aujourd’hui, malgré les nombreuses victimes directes et indirectes, individuelles et collectives, décédées et vivantes, connues et anonymes qui jalonnent le règne des Gnassingbé, aucune excuse publique, aucune initiative sincère pour réconcilier le Togo avec lui même.

Gnassingbé Eyadema a célébré publiquement le 13 Janvier durant toute sa vie. Il n’a jamais présenté d’excuses à personne. L’histoire nous enseigne qu’un peuple bâillonné est un livre. Si vous ne l’ouvrez pas, il ne parle pas.

Et ce n’est pas parce qu’il ne parle pas qu’il ne contient rien. Mais il vaut mieux l’ouvrir que d’attendre qu’il s’ouvre de lui même, car c’est un livre sous le soleil.

Un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre, son contenu finira par être dévoilé. Pendant ce temps, la pauvreté extrême dans laquelle vivent les togolais au quotidien contraste avec les ressources dont le pays est doté.

L’opulence insolente dans laquelle vit la minorité pilleuse qui s’est accaparée des ressources du pays en est une preuve irréfragable. Notre époque ressemble à s’y méprendre à une école en situation d’urgence.

Pour hôpitaux, ils ont aménagé pour nous des espaces de transit vers l’au – delà.

Si par chance vous revenez, sachez que c’est un sursis.

Nous ne parlons pas de l’alimentation de nos enfants. La justice sociale est un simple slogan. La croissance est juste des lignes écrites dans les rapports de ministères adressés aux institutions financières internationales. Dans ces conditions, la jeunesse, privée de perspectives est condamnée sans appel à l’immigration.

Or comme le dirait l’autre, la route n’est pas bonne, mais que faire? C’est une question de survie.

Le peuple togolais est placé par la minorité dans les conditions d’une créature qui se nourrit de son propre sang. Oui. Le peuple togolais est plongé dans un système où il est obligé de se nourrir du sang de ses propres filles et fils.

En effet, quel togolais n’a pas à courir régulièrement entre l’école et un bureau de western union afin de pouvoir régler les frais de scolarité?

Qui n’a jamais connu la navette entre le marché et un bureau de money Gram? Qui n’a pas eu cette frayeur la veille d’une fête que les bureaux de Nagode transfert ferment avant la réception de l’ordre d’envoi?

Trouvez- moi un togolais non habitué à cette course parfois en larmes entre l’hôpital, un service de transfert d’argent et la pharmacie.

Les plus heureux passent d’abord par l’agence avant d’aller à l’hôpital. En tout cas, les togolais de la majorité connaissent parfaitement le circuit: hôpital – bureau de transfert d’argent – pharmacie – hôpital.

Les médecins sont tenus d’attendre et la famille se recueille en prière selon la foi afin qu’il ne soit pas trop tard. Parfois, c’est trop tard.

Le pouvoir, au lieu de décerner une décoration ne serait-ce que symbolique à cette diaspora, lui prive du droit de vote et à la place, il lui est proposé ce qu’elle n’a jamais demandé: Un haut conseil de la diaspora.

Pourtant, la demande de la diaspora est claire et nette: alternance pour la démocratisation et le développement du Togo. Voilà le terrain sur lequel la diaspora attend une réponse d’égale clarté et netteté. Nous vivons toujours une pratique de gouvernance atypique inversant totalement les fonctions des pouvoirs et des institutions, telle une contre indication médicale. Prenez n’importe quel pouvoir, n’importe quelle institution, cela se confirme. Les membres du gouvernement, les directeurs et chefs de service qui doivent comprendre leur nomination comme une faveur de la part du chef de l’état, s’emploient à museler et à terroriser les citoyens et les chefs traditionnels des localités dont ils sont originaires.

Pendant ce temps, la promotion n’est pas basée sur le mérite. Mais sur l’appartenance au parti-Etat. L’assemblée nationale et la cour constitutionnelle se chargent de tout mettre en œuvre pour garantir un pouvoir à vie au profit de la famille Gnassingbé.

La justice quant à elle, est une machine à broyer les opposants. L’armée nationale est formée et dressée contre le peuple qu’elle considère comme un ennemi sur un champ de bataille.

La gendarmerie et la police nationale sont orientées vers la traque permanente de tout citoyen s’écartant de la pensée unique imposée par le régime.

L’attache primordiale mobilisant toutes les ressources est le renseignement focalisé sur le champ politique. La sécurité des citoyens peut toujours attendre. En fait, dans une telle situation, chacun est à la fois opposé à lui-même et opposé à autrui.

Ce n’est pas si simple. Par exemple, l’armée dans l’armée s’oppose à l’armée tandis que l’armée s’oppose à la police qu’elle considère comme un corps constitué de femmes.

C’est pour cela que lors des manifestations pacifiques, l’armée est fière d’intervenir à la place des femmes. Les forces de sécurité au cœur sensible.

Ainsi se justifie le siège militaire des villes de Mango, Bafilo, Sokodé et des quartiers ciblés de la capitale Lomé.

En soutenant partout à l’extérieur que les manifestants au Togo sont armés en brandissant le terrorisme, le président cherche à légitimer une guerre qu’il négocie pour l’armée togolaise contre les civils sur le sol national.

Il participe ainsi à l’expertise des laboratoires de montages. Parlant de recherche d’investisseurs, tout le monde sait qu’au Togo, les investisseurs étrangers sont financés par le pays d’accueil. Ce sont des amateurs recrutés pour représenter les intérêts de la minorité en imposant à nos concitoyens des conditions de travail inhumaines.

Le trophée record pour la conservation du pouvoir ne correspond pas à notre conception de la finalité du pouvoir.

Êtes-vous fiers du résultat des 57 années de pouvoir? Je n’en suis pas si sûr. Quelle fierté pour un trophée que l’on ne peut brandir en public? Alors pourquoi ne pas s’arrêter? Le moment n’est-il pas venu de songer à abréger votre propre souffrance et celle des millions de togolais?

Ouvrez ce livre par vous mêmes pour ne pas qu’il s’ouvre contre vous. Céder à tout un peuple n’est pas faiblesse mais intelligence et sagesse.

Si le peuple s’accroche avec une détermination inflexible, si le peuple répond toujours présent sous le soleil et sous la pluie, malgré la tempête de bâtons, de cordelettes, de trombes d’eau extrêmement violentes, de fers, de feux, de balles en caoutchouc, de balles réelles, de tortures, d’emprisonnements et que sais-je encore, c’est parce qu’avant tout, ce qui est en jeu, c’est la liberté et la justice.

Prions les détenus des manifestations pacifiques et tous les détenus politiques de recevoir le soutien de tout un peuple en lutte pour la liberté et la justice.

Reposez en paix comme patriotes fauchés de nos rangs.

Aussi vrai que l’emprisonnement s’analyse comme une privation de liberté, le Togo est une prison à ciel ouvert. À l’intérieur comme à l’extérieur des prisons, nous sommes tous des détenus de la minorité.

Quel togolais de l’opposition et même du pouvoir peut-il aujourd’hui lever la main et dire: je suis libre? Voilà le pays que nous sommes résolus à quitter. Nous voulons quitter un pays dans lequel la souveraineté appartient à une minorité au dessus de la loi. Un pays où les libertés individuelles et collectives les plus élémentaires sont bafouées, un pays où les ressources ne profitent qu’à une minorité insatiable, un pays gangrené par le mensonge, la corruption et le détournement de deniers publics, un pays où l’état confisqué ne parle que le langage de la violence. Nous refusons de continuer de vivre dans le plus profond abaissement et dans la plus grande misère dans un pays qui ne manque pourtant pas de ressources. Le pays vers lequel nous allons, et nous y arriverons par la grâce du créateur, est un pays de liberté, de justice et de prospérité pour tous. Un pays par tous et pour tous.

Dans ce nouveau pays que nous conjuguons déjà au présent, il n’est plus question de légitimité par simple filiation. La souveraineté appartient au peuple qui l’exerce en toute liberté.

Dans ce nouveau pays résonnera à l’éternité l’écho de cette phrase célèbre d’ Entenor Firmin : *l’homme est toujours égale à l’homme dans la mystérieuse équation de la nature.* Ici, en cohérence avec l’Afrique ancienne et paraphrasant Mbome Bassong, la loi rend les gouvernants captifs de l’ordre.

Au même titre que le pharaon à l’égard de Rah, le président de la république est un serviteur du peuple. Il est back, choisi en toute liberté par le peuple.

Dans ce Togo, à l’image d’une dinde qui va jusqu’à s’offrir héroïquement aux flammes pour protéger ses œufs, l’armée est prête à protéger le peuple.

Chers compatriotes,

Le défi qui s’impose à nous est évident. Passer d’un pays à un autre. De la dictature à la démocratie, de la misère à la prospérité. Il s’agit donc de rupture. Pendant que nous nous battons, voici l’horizon 2020.

Pour y arriver, une tâche capitale: déraciner la dictature. Afin de nous maintenir sous sa domination, la minorité met tout en œuvre pour que notre voyage de la dictature vers la démocratie se passe exactement comme la grande migration des gnous entre Massai Marra et le Serengueti, à la recherche de pâturages.

Seulement la minorité a oublié que rien n’arrête un peuple décidé, un peuple assoiffé de liberté, condition vitale par essence, accroché à l’instinct de survie, les gnous, malgré tous les risques n’abandonnent jamais. Ne nous trompons pas. Malgré les évidences, Faure ne renoncera pas de gré à son 4ème mandat.

Il y tient comme une tortue à sa carapace. Comme le zèbre à ses zébrures. Ne vous fiez pas à ses rumeurs créées et entretenues du genre: de sources sûres, d’après un officier, d’après je ne sais qui encore, Faure ne se représentera pas.

Il attend le dernier moment pour choisir lui-même le candidat du RPT/UNIR. La démocratie commence par la peur du peuple. Elle se consolide le maintien renforcé de cette peur imposant par le peuple aux gouvernants. En clair, le renoncement de Faure à son 4ème mandat ne viendra pas nous trouver dans nos maisons. C’est dans la rue que nous devons l’obtenir. C’est dans la rue que nous devons aller chercher notre liberté en tant que peuple. N’est-ce pas là que le corps sans vie de Sylvanus Olympio fut jeté ce 13 Janvier 1963?

Si nous attendons que quelqu’un d’autre exige de Faure qu’il renonce à son 4ème mandat, nous nous trompons éperdument.

Eh bien, personne ne dira à Faure de renoncer à son 4ème mandat. Cependant, nous ne devons accuser personne.

Accuser un tiers serait lâcheté. Nous sommes sur un terrain où le rapport de force règne en maître. Tout est rapport de force. D’ailleurs, pourquoi tout un peuple attendrait-il un magnanime pour dire à Faure de renoncer à son 4ème mandat?

À supposer même que cette personne imaginaire existe, pour agir, elle a indubitablement besoin des rapports de force en faveur du peuple.

Ainsi que l’a soutenu Entenor Firmin en son temps, notre destin dépend de nous et de nous seuls.

Après une assemblée nationale imposée au peuple, par à peine 5% de la population, 12 % de la même population vient de décider de qui va gouverner le peuple à la base.

La tendance maintenue, nul doute, 1% de la population du pays nous imposera Faure comme président en 2020.

Souvenons nous que des barons d’Éyadema en campagne soutenaient devant les populations l’aberration suivante: vous votez ou vous ne votez pas, Eyadema gagne.

Pour la dernière ligne droite de la lutte, à genoux je vous en supplie: ne vous laisser pas diviser ou opposer entre ceux qui sont allés aux élections locales et ceux qui ne sont pas allés aux élections locales. Une fois passée, c’est oublié.

Allons-y en tant que peuple conscient. Regardons haut et devant, le regard fixé sur le pays vers lequel nous allons.

Désormais, nous avons un grand parti politique auquel nous appartenons tous. Ce parti est T-O-G-O. Togo. Chacun des partis politiques, la société civile, les chefs traditionnels, les religieux, les leaders d’opinion, la diaspora, les artistes de la chanson, devrons penser à travailler dans un esprit de convergence d’actions, visant à déraciner la dictature.

En remontant les différentes pentes de la pyramide, nous retrouverons sûrement au sommet afin de célébrer notre victoire en tant que peuple prêt à se réconcilier avec lui-même et avec son histoire. Le moment est venu de faire comprendre définitivement à la minorité que le Togo appartient à nous tous.

Même s’il faut rendre le pays ingouvernable, le peuple doit se tenir prêt pour des mots d’ordre à venir car même toilettée, notre constitution nous en donne le droit.

Nous sommes légalistes et le pouvoir le sait. La lutte ne fait que commencer. Restez donc debout pour toute éventualité de descente dans la rue.

À l’étape actuelle de la lutte, le retour au pays de tous les togolais de l’extérieur à commencer par ceux de toute l’Afrique de l’ouest en vue de sauver le pays en danger de monarchisation n’est plus à exclure.

S’ils ont vidé le pays pour mieux le cerner et le dominer, nous devons créer un trop plein pour les chasser. Cette approche pourrait faire école ailleurs. Et de quel nom baptiser un tel retour? *PATRIOTIQUE*. À vous, mais ne le perdons jamais de vue. Notre lutte reste pacifique et le nombre est notre force.

En toute humilité et avec le respect du à leurs rangs, nous voudrions solliciter ici des personnalités parmi lesquelles des grands acteurs du terrain sur lequel nous nous trouvons aujourd’hui face au même pouvoir. Chacune des hautes personnalités ont une voix qui porte loin.

Ainsi, nous leur demandons humblement d’emboiter le pas à Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro en se prononçant clairement contre le 4ème mandat de Faure Gnassingbé en 2020. La liste est loin d’être exhaustive. Nous avons nommé entre autres des aînés : Gilchrist Olympio, Edem Kodjo, prof. Léopold Gnininvi, Zarifou Ayéva, Me Yawovi Agboyibor.

Chacune de ses déclarations constituera à coup sûr un appui de taille au peuple en lutte. Non au 4ème mandat de Faure, non au 4ème mandat de Faure, non au 4ème mandat de Faure.

Je vous remercie.

Discours transcrit par Richard Aziagué et Kligue Cardberry

Source : L »Indépendant Express No.472 du 16 juillet 2019

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