Togo : A moins d’une pression, un usurpateur ne restitue pas son butin

« Impossibles reformes, seul l’idiot du village croit que tout le village est idiot » – Abi-Alfa

 
Il n’y a point de hasard en politique, tout est préméditations et calculs. Certes, le Togolais a une patience maladive, à la limite de la lâcheté, bref, il est tout, sauf un peuple idiot. Mais le comportement des premières autorités au sommet de la République, donne à croire qu’ils se croient en face d’un peuple idiot dont ils peuvent abuser comme on abuserait d’un âne chargé.
 
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Fort heureusement, l’opposition, la vraie, celle qui refuse d’être assujettie, commence par comprendre qu’il ne faut plus s’associer à la mauvaise foi du régime en place. De sa prise de pouvoir à nos jours, toutes les démarches du prince démontrent que, à moins que le pouvoir ne le quitte, il n’a pas l’intention de quitter un jour ce qu’il considère, à tort, comme un héritage familial.
 
Avant de postuler pour son dernier mandat, feu Eyadema savait, sur information médicale, qu’il ne le finissait pas. Il a décidé de foncer avec pour objectif de mourir sur le fauteuil présidentiel, son objectif est atteint. Dans le débat qui a précédé ce fameux mandat, feu Mandela, lors d’un voyage d’Eyadema en Afrique du Sud, disait à ce dernier que « le drame des dirigeants africains, est qu’ils ne savent pas partir à temps ». Le vieux Mandela ne croyait pas résumer dans cette demi-phrase, l’un des cancers qui rongent l’Afrique.
 
Si Kadhafi avait su partir à temps, il ne serait pas abattu comme un chien enragé dans le désert de Syrtes alors que beaucoup de pays attendaient pour lui offrir le toit. Et pourtant, ce monsieur avait un armement capable d’équiper la moitié des pays africains, de sources militaires bien renseignées. Ce n’est pas un hasard si à son départ la Lybie est devenue une foire aux armes pour les terroristes et bandes armées. S’il s’était débarrassé de son ego, pour revenir à terre, devant le chaos actuel, il est certain que les puissances qui ont provoqué sa chute lui feraient appel de son exil doré, Kérékou en est un cas d’école.
 
Un peu plus loin dans l’histoire, si Mobutu avait su partir à temps, il ne serait pas rongé par une maladie incurable avant que son armée, une des plus redoutables en Afrique, l’abandonne au point qu’il soit forcé de quitter le pays qu’il a incarné comme un dieu, alors qu’il ne pesait plus que quelques kilogrammes, vers une destination incertaine pour finir à être enterré par une poignée d’individus dans un coin oublié du Maroc.
 
Si les dirigeants africains savaient quitter à temps, tout récemment et près de nous, Campaoré Blaise, médiateur attitré de la sous-région, l’œil et l’oreille de la France-Afrique, celui qui avait le droit de vie ou de mort sur les burkinabé, ne quitterait pas le pays des hommes intègres, son pays, comme un cambrioleur pressé de quitter le lieu de son crime avant les premières lueurs du jour. Ils sont nombreux, ces dirigeants africains dont les chutes ont commencé le jour où ils ont affiché la volonté de s’éterniser au pouvoir.
 
Aujourd’hui, c’est Faure Gnassingbé qui joue à l’indispensable leader Africain. S’il est vrai qu’il nait une nouvelle génération de dirigeants africains, il n’est pas moins vrai que rien ne guérit les réflexes transmis de façon chromosomiques. Oui, « la pomme ne tombe pas loin du pommier », dit un adage. Avant Faure Gnassingbé, Eyadema Gnassingbé, son géniteur, se présentait pour le seul rempart au chao, à l’anarchie et à la guerre civile au Togo. Faure se prend aujourd’hui pour l’unique alternative et que sans lui le ciel s’écroulerait sur son pays et le continent entier prendrait un coup. D’où il estime qu’on doit le laisser gérer son pays à l’aune des réalités héritées de son père.
 
La plus belle femme ne peut donner que ce qu’elle a de commun avec les autres femmes
 
Parvenu au pouvoir à défaut du mieux, les actes et faits qui ont construit et guident l’agenda politique de Faure se recoupent tellement qu’il n’y a pas place au hasard. A cheval entre son cursus scolaire et la belle vie alors qu’il est déjà sollicité par l’apprentissage de la politique aux côtés d’un père en panne de dauphin, les derniers séjours américains du prince étaient mouvementés. Toujours entre deux avions, il n’était pas rare qu’il arrive par un vol Air France pour recevoir des consignes et qu’il reparte par le même vol. Au finish, il se sédentarise dans l’ombre d’un père soucieux de garder à ses enfants un héritage politique. Partout où le père a envoyé le prince en essai de la gestion de la chose publique, il n’a récolté que scandale. L’épisode le plus criard sera son aventure à la SNPT où il devait être l’œil du père dans ce que celui-ci considérait comme une fierté familiale.
 
Eyadema était conscient de sa fin imminente, inutile de rappeler que ses visites médicales répétées en Israël lui ont permis d’avoir son pronostic vital. Face à son envie de garder le pouvoir en famille, le défunt président était aussi conscient des embuches que contenait la constitution de 1992. Son fils Faure, entre-temps ministre, et député par après, les Natchaba, toiletteurs invétérés de la République, intellectuels asservis par les billets de banques et les privilèges, les Agbéyomé Kodjo, tous étaient au plus haut de leur assujettissement aux côtés du vieux. Toutes ces énergies conjuguées, Eyadema parvient en décembre 2002, à tripatouiller la constitution de 1992 en prévision des années à venir. Faure Gnassingbé y avait joué un rôle.
 
Une fois au pouvoir, il est conscient que cette constitution est charançonnée et l’opposition souhaite l’assainir
 
Les 22 engagements signés en 2006, l’APG et la CVJR aussi ont pointé du doigt les aspects hémiplégiques de cette constitution. Bref, dans tous les discours et dispositions de ces engagements, l’on réclamait le retour à la constitution de 1992. S’il est vrai que c’est Grâce au coup de force militaire que Faure a succédé à son père, il est autant vrai que c’est grâce à la constitution tripatouillée en 2002 qu’il a pu obtenir son troisième mandat. Et ce n’est pas un hasard quand, interrogé au Ghana lors d’une visite, alors que le débat était très chaud sur l’obligation pour lui de ne plus se présenter pour un troisième mandat en 2015, il a tout simplement répondu « tout ce que je peux vous dire, c’est que la constitution sera rigoureusement respectée». Oui, la même constitution toilettée à dessein. En 2014, un projet de loi tombe à l’Assemblée nationale par les soins du gouvernement. Il sera rejeté par la majorité qui conditionnait le vote de la loi à une nouvelle candidature de Faure Gnassingbé. L’opposition a entrepris d’introduire une proposition sur les mêmes réformes afin qu’elles soient faites avant l’élection présidentielle de 2015, que nenni.
 
Voici enfin le prince avec son troisième mandat à bras le corps, les reformes ne sont toujours pas faites. Au-delà de la pression politique interne, même sur le plan sous-régional, le débat s’enfle de nouveaux à propos des présidents à vie, la Gambie et le Togo étant restés les deux mauvais élèves des pays de l’Afrique occidentale. Devant les exigences de l’opposition, le régime, qui avait dit « les élections d’abord, les reformes après » en quête d’une troisième mandature, cherche encore maintenant une autre porte de sortie. Une fois les élections obtenues, Faure Gnassingbé, en bon roublard est à la commande. Il remet tout à plus tard dans tous ses discours. Et il a adopté cette attitude même un an avant la présidentiel de 2015 quand il disait : « …face aux enjeux majeurs liés au reliquat des réformes politiques en cours, je voudrais inviter toute la classe politique à dépasser les calculs partisans et les préoccupations électoralistes immédiates ». Les concessions répétées de l’opposition et le temps ont effectivement joué en sa faveur et désormais, il parle d’intellectuels, estimant que les politiques ont échoué.
 
Les réformes politiques, la limitation de mandat présidentiel à deux quinquennats, le rétablissement d’un scrutin majoritaire à deux tours, le prince en fait le cadet de ses soucis. D’ailleurs, si rien ne change à la situation actuelle, c’est à son crédit. Il y a de quoi continuer par jouer sur le temps. Et pourtant, les observateurs avisés s’attendent à des positions sans équivoques par rapport aux réformes réclamées par les différents engagements signés, l’opposition, la société civile, l’église et même la communauté internationale. C’est sans compter avec, Faure Gnassingbé, celui-là même qui citait son défunt père en ces termes : « Notre père nous a dit de ne jamais laisser tomber le pouvoir au risque de ne plus jamais le retrouver », fin de ‘’testament’’, si testament il y a eu.
 
Après cinquante années de règne, tout régime politique est atteint de virus, le système se plante, toutes les cartouches s’épuisent, le régime n’a plus rien à offrir pour s’attirer l’admiration de sa population si ce n’est la roublardise, le mensonge, l’achat des consciences, la manière forte, car tout tombe en désuétude. Au Togo la situation est plus grave quand on sait qu’une seule famille a géré le pays cinquante ans durant. Faure Gnassingbé est donc dans son rôle, celui des prolongations, et il le joue si bien. Il le joue si bien quand il s’arrange toujours à sortir par la mauvaise porte, là où les Togolais l’attendent le moins. Et c’est toujours lui qui a l’initiative, plante le décor et ouvre souvent un débat au goût acidulé: « …il faut dépasser les contingences immédiates pour ouvrir un vaste champ de réformes politiques en profondeur, dans le but de consolider l’ancrage démocratique et le processus de réconciliation nationale » Ceci, à la lumière de Monsieur Faure, passe par la création d’un cadre de « …réflexion approfondie sur l’adaptation du modèle en vigueur au Togo à ses réalités sociologiques conformément à la huitième recommandation du Rapport de la Commission Vérité Justice et Réconciliation qui souligne la nécessité de régler la question des réformes institutionnelles dans le cadre d’une réflexion ». Voici une disposition tirée par les cheveux quand on sait que les mêmes textes et la même CVJR parlent, sans équivoque, du retour à la constitution de 1992.
 
La énième commission, il annonce ses couleurs : «Cette commission sera composée d’historiens, de personnalités politiques, de juristes, de sociologues et de représentants de la société civile. Sa mission consistera à proposer dans les meilleurs délais et conformément à l’approche préconisée par la CVJR, un texte de réforme politique, de réforme institutionnelle et constitutionnelle qui tient compte de notre histoire, reflète nos réalités et répond aux aspirations les plus profondes des Togolaises et des Togolais. Je souhaite vivement que cette incitative contribue à nourrir le débat et à restaurer davantage de sérénité dans ce débat politique».
 
Intellectuels dites-vous, monsieur le président !
 
Pour vous rafraichir la mémoire, utilisons vos propres outils de travail. Barry Moussa Barqué avec qui, dans une totale mauvaise foi, vous avez gérer de façon villageoise le phosphate togolais est un intellectuel et pas n’importe lequel. Il a laissé son nom au fronton de Sorbonne. Vous-même, monsieur le Président, on nous a dit que vous êtes sortie des meilleures universités des USA, que du rejeton d’Eyadema vous êtes celui qui a le plus fréquenté l’école du blanc et que vous avez des diplômes de haut niveau. A quel groupe appartenez-vous désormais? Vous appartenez à celui des intellectuels ou des politiques aveuglés? Les Natchaba, ce sont des matières grises de renom, une fois mis au service de votre régime, que sont-ils devenus ? Une des races les plus nuisibles pour le pays, nous ne vous apprenons riens. SVP, avec votre père, ce ne sont pas les intellectuels qui ont manqué, mais quelle référence ont-ils pu laisser ? Mieux, si les intellectuels avaient pu faire parler leur matière grise dans les arcanes de feu votre père, vous-même, nous doutons que vous soyez le dauphin choisi.
 
Monsieur le président, même parmi les amis de classes avec qui vous gérez, ce ne sont pas des intellectuels qui font défaut. Les Bawara étaient de grandes références dans les milieux onusiens avant de se retrouver avec vous. Lors d’une visite de l’un de nos Rédacteurs en Belgique, une dame, fonctionnaire à l’ONU, a envoyé une commission à M. Bawara émettant des interrogations sur « ce qu’il fera de son intelligence une fois au service d’une dictature ». A quoi Bawara est réduit, d’abords un griot inconditionnel avant de devenir l’ombre de lui-même. Qu’est-ce que G. F. Houngbo, Ex-Premier Ministre, a pu changer ? Il n’était pas obligé de démissionner devant une mission impossible ? Qu’est-ce que Nubukpo a pu changer ? N’est-il pas actuellement entre le Canada et les USA ? Quand vous avez captez votre pouvoir, vous avez tentez et réussi à ramener beaucoup de génies togolais vivant à l’étranger, les uns on refusé mais vous avez cooptez d’autres. Qu’est-ce que ça donne d’après vous ? Tous récemment même les DSK, éminences grises du FMI, n’ont pas fini de vous porter coup de mains, cela n’empêche pas au Togo de continuer avec le cycle des endettements. A quelques exceptions près, existe-il un éminent intellectuel universitaire actuellement au Togo qui n’est pas assujetti à votre régime ? Donnez-nous des exemples en dehors des quelques exceptions qui sont connues de tous.
 
Après le BAC, l’on fait 10 à 15 ans d’études universitaires, de sacrifices et de recherches pour devenir professeur en tel ou tel ou agrégé. Une fois au pays, soit, il s’aligne et il a une place, soit, il est un non-aligné et il devient une matière grise inutile à sa famille et au mieux des cas, il s’exile en quête du mieux vivre. A cinquante ans, on a commencé la seconde moitié de sa vie, on a une famille sous la main, certains enfants cherchent déjà à faire. C’est à ce moment que, malgré votre compétence, on conditionne votre réussite professionnelle, donc sociale, à la couleur bleu-claire, UNIR, le choix est clair, si vous ne voulez pas faire faillite de votre vie. Il n’y a que des têtes brûlées et ceux qui tiennent à une certaine dignité pour résister à la tentation. Sur quelle planète irez-vous chercher vos fameux intellectuels qui pourront parler de notre pays et de ses reformes à la lumière des recherches universitaires objectives. De grâce, la carotte a rendu beaucoup ivres de vos états d’âme, mais tout le monde n’est pas idiot, les Togolais sont encore lucides, s’il existe un qui pense le contraire, c’est que lui-même l’idiotie est à chercher dans sa sphère. Statistiquement parlant, plus de la moitié des médecins que le Togo a formés travaillent en France, vous savez pourquoi ? Oui, comme vous savez si bien le faire, le débat est encore ouvert, de quoi perdre du temps à la République et jouer avec les Togolais.
 
A défaut d’un admirateur sincère, le prince joue, danse et s’admire à la fois
 
C’est ainsi que dans un discours, il se félicite de ce qu’il a appelé «progrès» du pays avec les efforts de lutte contre la précarité. Il parle d’un Togo où il est possible que les plus démunis se sentent de plus en plus soutenus et épaulés dans leur quête légitime d’une existence plus décente et d’un meilleur avenir. Au même moment, les Togolais n’ont plus d’argent pour enterrer leurs morts et certaines familles sont forcées de laisser ce dernier hommage à leur parent aux soins de l’Etat. Tout récemment, on parlait de 100 corps qui n’ont pas trouvé preneurs à la morgue de Lomé à causes que légères dépenses funèbres et la préfecture est obligée de les enterrer.
 
Oui, le prince qui confond la vitesse et la précipitation, a de quoi se féliciter quand il n’a jamais payer une facture d’électricité ou d’eau, il n’a jamais connue une coupure d’électricité faute de n’avoir pu payer sa facture, ni lui-même moins encore un de ses enfants n’ont jamais été renvoyé de l’école faute d’écolage, il n’est jamais revenu de l’école un midi et se contenter de quelques poignets du »gari » comme déjeuner, il ne s’est jamais réveillé un matin avec 1000 FCFA en poche pendant qu’un enfant est soufrant et la femme à terme qui peut accoucher à tout moment. Beaucoup de Togolais ont grandit dans cette atmosphère, mais Faure lui, il est né de Crésus, fourchette à la main depuis le berceau. Un tel monsieur ne peut pas savoir que dans ses nombreux projets bidon qu’il considère comme viviers de la promotion sociale, ses hommes et femmes qui l’entourent se gardent la plus grande partie du budget. Il ne sait pas que les projets sociaux au Togo, s’invitent souvent dans le bas peuple sans étude d’impacts. S’ils ont la chance de commencer, soit, ils s’arrêtent à mis chemin ou ils n’atteignent pas souvent leur cible. Du coup, les résultats de ces projets tant ventés sont en deçà des attentes.
 
Donc la crise au Togo, elle n’est pas seulement politique, elle est aussi sociale. Pire, quand au-delà de l’échec des projets sociaux, l’une des politiques du régime est d’affaiblir financièrement tous les potentiels adversaires afin de les garder sous contrôle, l’addition est salée. C’est ainsi que si tu n’es pas, par exemple, un avocat aligné tu n’as pas de chance dans ta carrière, à quelques exceptions près. Un avocat de renom a déclaré n’avoir jamais gagné un procès pour cause de son engagement politique. Il y a seulement un an, on se rappelle un témoignage poignant d’un autre avocat de la place. Il déclarait, lors de la première sortie médiatique du PNP, Parti National Panafricain, à l’hôtel Eda Oba, qu’il lui arrive de garder sa carte d’identité à une station service le matin afin de se faire servir le carburant pour les courses dans la journée. Histoire d’avoir quelque chose et revenir payer le soir avant de récupérer la carte.
 
Dans tous les corps de métiers, si vous êtes un non-aligné, vous devez faire preuve de la plus grande neutralité possible, un petit engagement contre les dérives du régime suffit pour que votre carrière soit hypothéquée, votre vie et celle de votre famille avec. C’est ça le bien-vivre en démocratie, monsieur le président ? Et cette politique d’ « appauvrir pour régner » vous l’encourager sous prétexte que vous n’allez pas donner les outils de combat à l’adversaire. C’est vrai, bien réfléchit, sauf que il n y a que les poltrons et les lâches qui désarment l’adversaire avant de l’accepter sur le ring.
 
Aujourd’hui, Monsieur Faure parle de l’action politique comme une formule qui a échoué car les hommes politiques sont en même temps acteurs des crises et alors, il faut privilégier le débat intellectuel : « Mon souhait en tant qu’Africain, c’est que ce débat soit mené par nos intellectuels, les universitaires qui puissent nous donner des pistes de réflexion (…) Ce qui est dangereux, c’est d’instrumentaliser cette question d’une manière ou d’une autre, mais le débat ne peut pas être fait par nous les politiques parce que quelque part, nous sommes des acteurs. L’Afrique regorge aujourd’hui d’intellectuels, d’universitaires et de sociétés civiles assez dynamiques qui peuvent mener ce débat ».
 
Et pourtant on se rappelle, l’Accord politique global (APG) signé en 2006, c’était le fruit d’un dialogue entre politiques et non entre intellectuels ou chercheurs. La seule chose qui fait échouer ces engagements n’est pas la présence des politiques mais la propension de Faure à remettre toujours à demain les engagements afin de végéter au pouvoir, la mauvaise foi politique.
 
Interrogée sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles, il répondait il y a quelques années : « pour le débat sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles dans mon pays le Togo, je voudrais rappeler qu’il y a un principe qui ne varie pas, c’est celui du respect des dispositions constitutionnelles qui sont aujourd’hui en vigueur ». Il parlait de la constitution qui l’arrange, c’était le fruit des acteurs politiques acquis à son père, dont lui-même.
 
« L’intellectuel togolais, c’est celui-là qui n’a pas le courage de mettre son intellect au service du peuple, pour l’éveil des consciences, comme dans d’autres pays. Il se fout éperdument de comment se porte son pays, de son devoir d’éclaireur. Il préfère se taire, par peur de perdre son gagne-pain ou de subir les châtiments du pouvoir » pour reprendre les colonnes d’un confrère. Mieux, c’est une constance, la plupart des intellectuels qui se sont ralliés au pouvoir sont au service de la mauvaise cause. L’APG est clair, et la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) est venue insister là-dessus, il faut retourner aux fondamentaux de la Constitution de 1992, et Faure Gnassingbé n’a nullement besoin de formalités pour y aller. C’est simplement la volonté qui manque. Les réformes politiques et la volonté de garder le plus longtemps possible un pouvoir public, devenu un héritage familial, ne font pas bon ménage.
 
La volonté politique ne peut que manquer quand le pays est aux mains d’un engoulevent
 
Oiseau des savanes herbeuses et des clairières, au repos, il a d’abords un regard maladif. Dans sa somnolence attentionnée, il est le premier à sentir le danger et à prendre l’envol et quel envol. Quand il prend les airs, le chasseur ne vend pas cher sa peau. Il zigzag comme s’il tombait à deux mètres près. Mais, non, il tient sa route et se pose, un peu plus devant. Quand le chasseur approche, il reprend l’envol, ainsi de suite. Au sol, les chasseurs lui attribuent les qualités de bon coureur. Mais devant l’ennemi, l’oiseau ne court pas, il fait le malade, il s’envole, retombe ici et là, de quoi faire croire à l’ennemi qu’il est un oiseau fatigué qu’on peut prendre avec facilité, faux. Le temps de se rendre compte, l’ennemi est déjà perdu dans la forêt et ne sait plus par où retourner au bercail. C’est un peu ça l’opposition togolaise derrière Faure Gnassingbé. Celui qu’on disait malade, incapable d’aller loin, susceptible de tomber au premier tournant, est en train de narguer toute la classe politique voire ses collègues chefs d’Etat. La fin n’est pas pour demain à moins que l’opposition décide et se donne enfin les moyens d’opposer à la ruse, une thérapie des chocs.
A moins d’un changement de stratégie, le monsieur est devenu un problème aussi bien pour les adversaires politiques que pour sa famille politique. Il se nourrit des plaintes de sa classe et des jérémiades de l’adversaire. Comme un fétiche dans un coin d’une concession, tout le monde a peur de lui dans sa famille politique. Il est suffisamment habillé de mythes qui ne tombent pas. Sa volonté est loi, quand il passe, tout le monde se prosterne, quand il a maille à partie avec quelqu’un, celui-ci devient le sorcier de la maison, une paria, un infréquentable qu’on évite avec la dernière énergie pour ne pas réveiller la colère du fétiche, « l’ennemi de mon ami est mon ennemi » dit-on souvent. Comme un fétiche éclaireur, protecteur, pourvoyeur, même quand il a tort, c’est le point de vue de monsieur Faure qui a le dessus. C’est ainsi qu’il frustre tout le monde aussi bien dans toutes les classes politiques que dans le peuple. La crise politique s’envenime aussi bien dans son camp qu’avec l’adversaire.
 
La crise sociale cohabite avec la crise politique, l’atmosphère est lourde. Mais les prêtres du couvent font croire au fétiche qu’il y a pas ‘’drap’’, l’avenir est certain, ce n’est pas l’occasion de faire des concessions, moins encore de lâcher prises face au pouvoir. Le prince continue par être un esprit adulé jusqu’au jour où, lui qui souffle le vent contre qui il veut, soit emporter par un vent plus fort. Les fins nées des longs règnes et des frustrations ne sont souvent pas aisées.
 
Source : [22/07/2016] Abi-Alfa, Le Rendez-Vous N° 284 / 27avril.com