Togo, Affaire de tilapias contaminés : La poursuite judiciaire des auteurs et complices s’impose !


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Mise en danger volontaire de la santé publique, cupidité, menace de mort…
 
L’affaire de tilapias contaminés importés au Togo a connu, mercredi dernier, un rebondissement que certains présentent à tort ou à raison comme un dénouement. Il s’agit de l’incinération d’une bonne cargaison de ce poisson à risque. Mais est-ce pour autant la clôture du dossier ? L’acte posé par l’importateur chinois est si grave que les responsabilités doivent être situées. L’auteur et ses complices présumés doivent répondre de leurs actes, car il y a une volonté délibérée de mise en danger de la santé publique, au nom de la cupidité.
 
Destruction salutaire des tilapias contaminés
 
Il fallait en arriver à la destruction des cargaisons concernées, et c’est la localité d’Adétikopé qui a accueilli le mercredi 18 novembre dernier la cérémonie. Placée sous la conduite du ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Hydraulique, la cérémonie a vu incinérer, conformément aux dispositions de la Loi 98-012 du 11 juin 1998 portant règlementation de la pêche au Togo et au code sanitaire pour les animaux aquatiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OIE) en son article 2.1.4, 24,5 tonnes de ce poisson contaminé importé par la société chinoise Andaman et déclaré impropre à la consommation. Il s’agit en tout de 2495 cartons de tilapias contaminés par des résidus de produits vétérinaires et dont le coût est estimé à au moins 28 millions de FCFA.
 
« (…) Nous avons soumis un échantillon des poissons à l’analyse à l’Université de Lomé et le laboratoire a certifié que le produit est impropre à la consommation parce que le taux de résidus des produits vétérinaires était supérieur à la moyenne. Cela veut dire que le produit est cancérigène. Donc ne vous aventurez pas à consommer ces poissons », a déclaré Ouro-Koura Agadazi qui a, par la même occasion, appelé la population à signaler tout produit suspect sur le marché et annoncé un contrôle sur tous les produits alimentaires importés.
 
« Des instructions ont été données aux services techniques de procéder au contrôle de tous les produits alimentaires sur l’ensemble du territoire national. Quand je parle de contrôle, ça concerne tous les produits alimentaires. Nous veillerons à ce que les produits qui seront livrés sur nos marchés soient des produits de bonne qualité. Il y va de l’intérêt de nos populations, il y va aussi de l’engagement que le gouvernement a pris d’assurer la santé publique au niveau du Togo. Nous allons appliquer les dispositions qui sont contenues dans les lois qui sont votées au niveau du parlement », a-t-il martelé.
 
Mise en danger délibérée de la santé publique, des poissons contaminés vendus
 
Cette opération d’incinération est sans doute la bienvenue. Mais, on le relevait tantôt, ce sont (seulement) 2495 cartons de ces poissons contaminés, soit 24,5 tonnes de toute la cargaison incriminée, qui ont été incinérés. Le reste a été malheureusement écoulé sur le marché.
 
A en croire le confrère « L’Alternative » qui a révélé pour la première fois l’affaire dans sa parution N°474 du 13 novembre 2015, ce sont deux conteneurs qui ont été importés en septembre par la fameuse société chinoise Andaman et dont l’analyse des poissons a permis de découvrir la dangerosité. « J’ai l’honneur de vous informer que les résultats d’analyses chimiques effectuées par le laboratoire de recherche de l’Université de Lomé sur les tilapias que vous avez importés illégalement de la Chine au Togo révèlent que la chair de ces tilapias contient des résidus de médicaments vétérinaires constituant un danger pour la santé publique », a écrit le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Hydraulique au Directeur de la société en question, Ou Yunhze, dans un courrier daté du 16 septembre 2015, l’informant que « ces produits sont impropres à la consommation humaine », font l’objet d’une saisie et seront détruits.
 
Et d’ajouter justement, concernant la destruction : « Je vous saurai gré des dispositions que vous voudriez bien faire prendre pour la destruction desdits produits à la date et au lieu que vous me communiquerez dans un délai d’une semaine ». Mais jamais, le Chinois importateur ne va s’exécuter jusqu’au 13 novembre dernier où le scandale a été ébruité par le confrère L’Alternative, soit deux mois après la saisie. Et en plus, l’un des conteneurs a miraculeusement disparu, sans doute écoulé sur le marché. Le second était sous scellé au niveau du frigo Etonam.
 
Selon toujours les indiscrétions rapportées par le confrère, deux autres conteneurs ont été par la suite importés au Togo. Mais contrairement aux deux premiers, ces derniers ont échappé (sic) au contrôle des services phytosanitaires. « Un des deux conteneurs a été acheté, aussi curieux que cela paraisse, par le frigo Etonam qui vend ces tilapias en ce moment, et le second, selon les aveux des importateurs, serait vendu à un Béninois. Mais une source assez crédible croit savoir que la marchandise de ce dernier conteneur est aussi en vente dans le pays », rapporte L’Alternative qui signale aussi que les membres du complot, « appuyés par les soutiens dont ils disposent au sein du pouvoir », s’activaient pour récupérer la cargaison du premier conteneur sous scellé.
 
Il est clair qu’il y a une volonté délibérée de mise en danger de la santé publique, au nom de la recherche inconsidérée de profit, que l’incinération des 24,5 tonnes ne règle aucunement. C’est un délit grave qui mérite poursuite judiciaire. Et Dieu sait que l’incinération n’aurait jamais eu lieu et peut-être que ces tilapias continueraient à être vendus sur le marché – qu’en sait-on d’ailleurs ?- sans la révélation du confrère et le tollé général suscité.
 
Les risques encourus par les consommateurs
 
«Les analyses ont révélé qu’ils (Ndlr, les tilapias) contiennent un taux de 28% alors que le taux normal est de 10%. Donc c’est clair qu’ils sont dangereux pour la santé humaine. C’est pourquoi il fallait procéder à l’incinération des produits », a indiqué le Col Ouro-Koura Agadazi ce mercredi en marge de l’incinération. Il est clair que la consommation de ces poissons avec ce fort taux de produits vétérinaires dans la chair serait source de dommages sur la santé humaine pouvant même aller au cancer, aux hépatites et autres maladies, raison pour laquelle les voix se multiplient pour appeler la population à éviter ces produits contaminés.
 
Plus concrètement, les défenseurs des droits de l’Homme, notamment la Ligue togolaise des droits de l’Homme (Ltdh) et la Ligue des consommateurs du Togo (Lct) sont allés aux sources pour avoir une idée des ennuis sanitaires que la consommation de ces tilapias contaminés peut causer.
 
« Dans nos investigations, la consommation de ces tilapias contaminés fait courir à la population d’énormes risques, notamment :
 

  • la création dans l’organisme des zones de résistances des antibiotiques contenus dans les tilapias et dont l’utilisation d’autres produits pharmaceutiques sous prescription d’un médecin se révélerait inefficace ;
    une possible propagation si la maladie dont le consommateur souffre est contagieuse ;
    de graves allergies peuvent surgir à la suite de la consommation du fait que ces poissons contiennent des antibiotiques ;
    l’affaiblissement du foie et de ses fonctions (or on sait le rôle capital que joue cet organe) ;
    difficile élimination par les reins des résidus de produits vétérinaires que contiennent ces tilapias avec la possibilité de causer des maladies rénales »
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    C’est ce qu’ont relevé les deux organisations, dans une déclaration rendue publique le mardi 17 novembre dernier et dans laquelle elles appellent, en toute responsabilité, « les consommateurs et l’ensemble des citoyens à boycotter tout produit de type tilapia de toutes sources jusqu’à ce que la lumière soit faite sur cette affaire et à rester vigilants en ces périodes où les opérateurs économiques véreux s’activent à s’enrichir sans tenir compte de la santé des consommateurs ».
     
    De l’urgence de poursuivre les auteurs et complices de ce crime crapuleux
     
    C’en est vraiment un. Même si la cargaison du conteneur scellé a été incinérée, ces tilapias ont été vendus sur le marché et des gens en ont consommé, courant ainsi les risques susmentionnés.
     
    C’est la faute d’abord à l’importateur chinois, Directeur de la société Andaman qui n’aurait pas d’agrément au Togo, mais qui est passé par des relations pour amener ces tilapias contaminés au Togo.
     
    Ensuite à tous ceux qui l’ont aidé d’une façon ou d’une autre dans son entreprise funeste, notamment les Gagou qui ont joué des rôles d’intermédiaires :
     

  • C’est Donné Gagou principalement, transitaire et député RPT/Unir qui aurait aidé le Chinois à importer ces produits au Togo et son rôle a été bien explicité par le confrère L’Alternative ;
    un autre, Youri Gagou serait descendu spécialement de Dakar à Lomé pour régler cette affaire.
    Il y a aussi et surtout Raphaël Tomegah, l’époux de la propriétaire du fameux frigo Etonam et frère de la ministre Victoire Tomegah-Dogbé, qui aurait activement participé pour sortir le Chinois de la Direction centrale de la police judiciaire où il était détenu en septembre après la découverte du pot aux roses.
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    Tout ce beau monde, d’une manière ou d’une autre, aura concouru à la réussite de cette entreprise lugubre dans laquelle il a été usé du faux, trafic d’influences, etc. A certains niveaux, la chose parait même comme une complicité de certains individus pour se faire de l’argent, jouant ainsi avec la santé de tout un peuple.
     
    Comme rassurés de soutiens forts, certains se permettent même de menacer de mort non seulement le Directeur de L’Alternative, Ferdinand Ayité, mais aussi le Directeur de l’Elevage. « S’agissant du Directeur de l’Elevage, Dr K. Batawui dont la vie serait menacée, le ministre Agadazi a rassuré que toutes les mesures étaient prises pour garantir la sécurité de ce dernier et de sa famille. Il a fustigé les personnes qui, tapies dans l’ombre, veulent décourager les structures du ministère à accomplir leurs tâches », a écrit Togo Presse dans sa parution N°9668 du vendredi 20 novembre 2015.
     
    L’incinération de la cargaison de 24,5 tonnes est, certes, un acte louable. Mais est-ce vraiment « la seule alternative possible par la loi », comme le laisse entendre le quotidien national dans cette parution ?
     
    Il urge, au demeurant, que le ministère public ouvre une enquête dans cette affaire de tilapias contaminés hautement dangereux pour la santé des consommateurs, que toute la lumière y soit faite, les responsabilités situées et que chacun réponde de ses actes.
     
    On a vu enlever l’immunité à un député dans ce pays, dans une prétendue affaire de coup d’Etat ( Kpatcha Gnassingbé); cela doit pouvoir se répéter, au besoin, dans un dossier de mise en danger de la santé publique…Il y va aussi de la crédibilité du pouvoir de Faure Gnassingbé. Sinon le contraire convaincrait les Togolais qu’il y a des gens qui peuvent commettre des crimes sans devoir y répondre. Mais déjà, il faut qu’il n’y ait jamais de poursuite judiciaire à écouter Ouro-Koura Agadazi ce dimanche sur la TVT, qui parle juste d’une amande d’un million d’un million de FCFA infligé à l’importateur chinois.
     
    Source : [23/11/2015] Tino Kossi, Liberté / 27avril.com
     
    Caricature : Donisen Donald / Liberté

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