Togo, Candidatures RPT-UNIR aux Législatives: Purge et grincements de dents dans les rangs des députés carriéristes

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@ Photo : DR


Le pouvoir RPT/UNIR a enclenché une course contre la montre, pour l’organisation des élections législatives le 20 décembre prochain. Malgré les cris de l’opposition, il fonce droit dans les préparatifs, déterminé, et le processus est dans sa vitesse de croisière. Mais la sérénité n’est visiblement que de façade au sein du parti cinquantenaire au pouvoir. Devant le choix de ses candidats à ce scrutin, ça grogne dans les rangs des députés carriéristes, et pour cause…
Forcing pour les élections et sérénité de façade
Le pouvoir a enclenché une course folle vers l’organisation des élections législatives annoncées pour le 20 décembre 2018. En violation de l’esprit et de la lettre de la feuille de route de la CEDEAO qui prescrit une participation inclusive. La Coalition de l’opposition a beau rappeler ce principe et réclamer la recomposition de la Commission électorale nationale prétendument indépendante (CENI), la mise en œuvre des réformes nécessaires, rien n’arrête le pouvoir dans son élan. Pas même l’imminence de la venue de la mission de recadrage des Facilitateurs.
Solidarité dans le mal, c’est un principe sacro-saint du parti au pouvoir. Et dans cette dynamique décriée, les cadres du pouvoir font preuve d’une cohésion sans faille et défendent cette dynamique, se permettant même de narguer l’opposition. C’est notamment l’exemple du ministre de l’administration territoriale Payadowa Boukpessi qui darde que rien ne peut arrêter le processus. Dans les rangs de leurs caisses de résonance, on s’emploie au quotidien à défendre cette logique. Le parti au pouvoir file droit vers les élections législatives et fait preuve d’une certaine sérénité. Comme preuve ultime, Faure Gnassingbé semble peinard et est en Chine depuis ce week-end.
On le relevait dans un article la semaine écoulée, les dépôts de candidatures au poste de députés au sein du RPT/UNIR sont ouverts et la date limite serait fixée au 7 septembre prochain, selon les indiscrétions. Manifestement, on est prêt ici. Mais au sein du sérail, l’heure n’est pas au sourire partout. Et pour cause, un tri sélectif serait opéré dans les rangs des députés carriéristes pour le choix des candidats devant représenter le parti aux prochaines législatives.
Purge au sein des députés carriéristes…
Pour les législatives à venir, selon les informations de bonnes sources, il est procédé à un tri sélectif dans les candidatures du parti au pouvoir. Les députés carriéristes, ces cadres de l’ancêtre de l’UNIR qui postulent, se font élire à chaque fois et représentent le parti depuis plusieurs mandatures, n’ont plus toute la liberté de candidater ou toutes les cartes en main pour décider. En tout cas, tout ne dépend plus d’eux. Ils peuvent nourrir des ambitions, mais ce n’est pas évident qu’ils aient l’aval du parti. L’ordre serait venu « d’en haut» de procéder à une sorte de purge dans leurs rangs. L’idée, nous revient-on, serait de « créer les conditions d’un renouvellement de la classe représentative du parti au Parlement ». Et à défaut de se débarrasser complètement des anciens, l’idée est de faire ce renouvellement dans une large proportion.
« On peut tout reprocher au Président, mais cette fois-ci, si on est vraiment honnête, on ne peut pas lui tenir grief de vouloir un renouvellement manifeste de la représentativité du parti à l’Assemblée nationale. Le parti n’est pas seulement pour ces anciens intermittents du spectacle et qui pensent devoir en profiter pour toujours. Notre Président est dans une dynamique de renouvellement ou de rajeunissement de la classe dirigeante du parti depuis un moment », a justifié un jeune cadre militant du RPT/UNIR, et de jouer le conseiller de l’opposition : « Je pense que sincèrement, ce n’est pas une mauvaise chose en soi, ce principe prôné par notre Président. Tout le monde est d’avis qu’il faut un renouvellement de la classe politique en général pour insuffler un souffle nouveau à la politique en général. Autant il y a dans nos rangs ces carriéristes qui ne veulent pas laisser le flambeau aux jeunes, autant il en existe dans l’opposition, avec ces mêmes acteurs ou presque depuis les années 90. L’opposition devrait plutôt remercier le Chef de l’Etat d’avoir donné le ton à cette dynamique et aussi s’en inspirer pour renouveler sa représentativité. J’en appelle surtout à la jeunesse de l’opposition à le réclamer, et pour ça, on peut leur prêter mains fortes (rires) ».
…grincements de dents
Comme on devrait s’y attendre, cet ordre de renouvellement ne serait pas pour plaire aux concernés, et une certaine grogne est en train de sourdre. Il nous revient qu’à cause de ces grincements de dents, des réunions se multiplieraient sous la tente de Lomé 2 et dans des cercles fermés, pour gérer la situation…
La chose est vécue par ces anciens députés, à tort ou à raison, comme une façon de les « remercier en monnaie de singe », eux qui ont mis leur vie au service du parti et investi beaucoup pour la pérennité du régime, et les remplacer par ces jeunes voraces militants de la dernière heure. En effet, l’ossature de ces éternels députés concernés est formée par ces anciens cadres du RPT qui militent depuis des décennies et ont fait du chemin avec Eyadema.
On se rappelle, Faure Gnassingbé qui veut résolument, du moins en apparence et dans ses discours, tourner à jamais la page du RPT qui semble lui faire honte – il a déjà réussi à l’enterrer et à créer UNIR sur ses cendres -, avait essayé de se défaire de ces transfuges pour les législatives de juillet 2013. Mais la fronde de ces derniers avait eu raison de lui et il avait dû composer avec eux. Une analyse de la composition des députés du parti au pouvoir devrait permettre en effet de noter qu’il s’agit d’un bon panaché de ces vieux cadres du RPT et des nouveau-venus avec UNIR. Manifestement, les prochaines législatives sont une sorte de rattrapage pour le Prince pour se débarrasser une fois pour toutes de ces « ronces humaines ».
Selon les indiscrétions, à défaut de réussir à écarter complètement ces députés carriéristes qui refusent de laisser la place, il est envisagé d’y procéder par le biais des primaires, comme dans les démocraties traditionnelles occidentales en France ou aux Etats-Unis, pour choisir les porte-flambeau du parti aux élections législatives à venir. Des consignes données en amont aux cadres votants à ces primaires, et le sort de ces carriéristes serait scellé en douce. Il s’agit d’une stratégie bien huilée pour se débarrasser de ces vieux acteurs…
Faure Gnassingbé réussira-t-il son pari ? Il s’agit d’un véritable défi. Les jours, semaines ou mois à venir situeront davantage…
Tino Kossi
Source : Liberté No.2746 du 03 septembre 2018
 

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