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Togo, Création des Communes : De vives tensions dans le Wawa et le Zio.

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Depuis que la nouvelle loi «controversée» sur la décentralisation a été votée par la majorité parlementaire RPT/UNIR, la tension monte dans les communautés. Des cadres véreux (appartenant au parti au pouvoir, ndlr) de ces localités font usage de cette loi selon leurs desiderata, créant ainsi des frustrations au sein des populations. Lorsque dans la préfecture de Wawa, les populations de Klabe-Efoukpa et d’Okou sont à couteaux tirés, le ton monte et se durcit entre Mission Tové et Kovié. Aux manoeuvres, des pontes du pouvoir sont cités.
Lorsqu’il lançait unilatéralement le processus de décentralisation et de création fantaisiste des communes, le pouvoir aveuglé par une vision électoraliste n’a pas vu le danger venir. Malgré les alertes, le régime a refusé d’entendre raison. Le gouvernement a procédé à un charcutage des collectivités existantes engendrant notamment. « La dissolution des villes chefs-lieux des préfectures dans une nébuleuse de communes créées à des fins électoralistes ». « Par ailleurs, la communalisation intégrale dont se prévaut le pouvoir génère des communes qui ne sont ni urbaines, ni rurales, et surtout pas viables. Ce qui entrave le développement urbain, perturbe la solidarité de proximité en milieu rural et compromet le développement harmonieux et l’épanouissement des collectivités locales ainsi que la coexistence pacifique de nos populations. Il y a enfin une ambiguïté frappante dans la démarche de délimitation des périmètres des nouvelles communes », dénonçait à l’époque le CAP 2015 dans un communiqué.
Zio : tension entre Mission-Tové et Kovié
Aujourd’hui, la réalité se vit tragiquement dans les localités. Partout, la tension, couve ou est ouverte. Dans les préfectures de Wawa et de Zio, elle monte et fragilise le vivre-ensemble harmonieux des populations de même identité. Mission Tové et Kovié, ce sont là deux localités qui partagent les mêmes réalités historiques. Selon l’histoire, ces deux villages ont été fondés par deux frères de mêmes parents. Depuis longtemps, les deux populations menaient une coexistence pacifique. Avant que chaque localité n’ait son établissement scolaire, leurs enfants fréquentaient le même CEG.
Mais depuis vendredi, la belle âme qui unit les deux localités se déchire. En cause, une histoire de commune. Kovié abrite la Gendarmerie. Et du coup, Mission Tové prend le Commissariat. Pour se faire établir les pièces d’identité, les voisins doivent se rendre au village frère. Dans la dernière loi sur les communes, le canton de Tové qui abrite le Commissariat est choisi chef-lieu de la Commune de Zio II. Mais en complicité avec le Commissaire de Tové qui serait proche de certains hauts cadres de l’Unir de Kovié pour détourner la commune au profit de ce dernier. Mais pour ne pas laisser leur « voler » le privilège, les habitants ont exprimé vendredi dernier leur courroux. A les en croire, c’est le Commissaire général de l’OTR Kodzo Adédzé, membre influent de l’Unir, qui serait au cœur de cette magouille. Les populations du canton de Tové se disent prêtes, « advienne que pourra », à manifester jusqu’à ce que leur privilège leur revienne de droit. C’est dire que l’histoire ne fait que commencer.
En effet, selon les analystes, le fait de détourner la commune au canton de Kovié s’expliquerait par des facteurs politiques et sociologiques. D’abord, la grand-mère de Faure Gnassingbé est de Kovié. Ensuite, il y a des raisons électoralistes. Mission Tové est considéré comme une zone acquise à l’opposition, alors que Kovié est supposé être à plus de 60% Unir.
Cette création risquée des communes est visiblement une bombe à retardement pour le pays qui est sur le fil du raseoir. Et c’est à juste raison. Ici et là, la situation semble pareille. Tout récemment, les populations du canton de Klabè-Efoukpa, situé à 58 Km d’Atakpamé et à 28 Km de Badou protestaient contre ce qu’elles appellent « la tentative de spoliation en cours du Chef-lieu de commune de Wawa III » attribuée à leur village et confirmé par la répartition de l’Administration territoriale.
Wawa, la tension persiste
Cette affaire a été abordée dans notre parution N° 678 du 6 février 2018. « Loi controversée sur la décentralisation : Le ministre Sessenou accusé de semer la division dans le Wawa », avons-nous titré, et de révéler qu’ « au matin du 5 février dernier, les populations de Klabe-Efoukpa, canton situé à 58 km d’Atakpamé, ont bloqué la route Atakpamé-Badou parce qu’elles sont remontées contre la tentative de la spoliation du chef-lieu de la commune de Wawa3 attribué à leur village par le ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales. Selon les protestataires, c’est le ministre Fiatuwo Sessenou de l’Urbanisme et de l’Habitat, cadre du milieu, qui est en train d’œuvrer activement pour que Klabe-Efoukpa soit dépossédé de ce titre en faveur d’Okou ». Malgré cette contestation, le ministre Sessenou compte aller jusqu’au bout de son projet. L’argument qui sous-tend son projet est que la situation géographique du canton d’Okou milite en sa faveur. A ce sujet, le Regent de Klabe-Efoukpa, s’appuyant sur le chef-lieu de Wawa2, Gbadi N’kougna, a rejeté ce critère taillé pour Wawa3 seul.
Des sources révèlent cependant que Klabe-Efoukpa est plus nanti en termes d’habitants et d’infrastructures administratives qu’Okou. En effet, il ressort du quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH4) que Klabe-Efoukpa a 15.311 habitants alors qu’Okou est peuplé seulement de 5432 habitants; et lors des élections de 2015, Okou a eu 2352 électeurs contre 8547 à Klabe-Efoukpa qui se révèle être le plus grand canton de la préfecture de Wawa avec plus de 30 villages et fermes, 7 CEG, un lycée, un commissariat, une gendarmerie, deux marchés et beaucoup d’autres infrastructures administratives que ne possède pas Okou.
De plus un Rapport Général du Comité Technique d’Elaboration de la feuille de route de la décentralisation et des élections locales a coopte le canton de Klabe-Efoukpa, tout comme les autres agglomérations du Togo, pour jouir du statut de chef-lieu de commune. Des documents précisant les ressorts territoriaux ont confirmé le choix de Klabe-Efoukpa, chef-lieu de Wawa3. Mais, depuis juin 2017, des informations font état de tentative de délocalisation de ce chef-lieu vers une autre localité. « De rumeur en rumeur, cette spoliation s’est avérée. Les efforts des populations de Klabe-Efoukpa pour la récupération de leur bien semble voué à l’échec, puisque la force a primé », a indiqué une source qui a précisé que pour savoir les tenants et les aboutissants de cette magouille, une délégation des cadres du canton de Klabe-Efoukpa s’est rendue, le dimanche 11 juin 2017, au domicile du ministre Sessenou.
Ce dernier leur a dit : « Ma réflexion actuelle est d’ordre général…Si vous pouvez arriver à ce niveau de réflexion, là, je peux discuter avec vous…..Sachez du moins que les voies électorales du canton de Klabe-Efoukpa n’ont aucune influence sur le parti UNIR », a ajouté la même source. M. Sessenou aurait soutenu son argument en citant l’exemple de la Préfecture des Lacs où les gens ne votent pas pour le parti au pouvoir, mais ne cesse de bénéficier de 2 ou 3 ministres à chaque formation du gouvernement.
Dilatoire et intimidation
Chez certains cadres du régime en place, le dilatoire et l’intimidation sont les choses les mieux partagées. Lorsqu’ils veulent violer le droit des honnêtes citoyens, ils brandissent leur titre ou leur statut social pour les impressionner. Ils vont jusqu’à trouver des complices qui puissent les aider à réaliser leur volonté. Le cas du ministre Sessenou se révèle au grand jour. Des informations ont révélé qu’apres les manifestations des populations de Klabe-Efoukpa pour réclamer leur droit, le Régent et les responsables du Comité Villageois de Développement (CVD) ont été convoqués, le 9 février 2018, par le Préfet de Wawa pour une réunion. A la grande surprise de ceux-ci, le ministre Sessenou, les deux députés de Wawa ainsi que le Directeur de la Décentralisation les y attendaient. A cette rencontre, le Directeur de la Décentralisation a souligné que les trois communes de Wawa et leurs chefs-lieux, notamment la commune de Wawa1 avec chef-lieu Badou, la commune de Wawa2 avec chef-lieu Gbadi N’kugna et la commune de Wawa3 avec chef-lieu Okou, ont été proclamés par décret au Conseil des Ministres du 20 décembre 2017. « Ce décret a été signé par le Chef de l’Etat », a-t-il annoncé. Le ministre a alors pris la parole pour indiquer que le choix d’Okou est définitif et que personne ne reviendra là-dessus. Cette déclaration, loin de calmer la situation, a plutôt renforcé la méfiance née entre les populations de Klabe-Efoukpa et celles d’Okou suite à cette affaire. Des sources concordantes ont révélé qu’avant cette déclaration du Directeur de la Décentralisation, des militaires ont envahi Klabe-Efoukpa en vue d’intimider ses populations et les forcer à accepter cette décision. Pour les responsables du CVD de cette localité, c’est le ministre Sessenou, qui tire les ficèlles.
Des déclarations qui ne reflètent pas la réalité
Il est curieux que M. Sessenou, natif d’Eketo et cadre de la Préfecture de Wawa n’œuvre pas pour le bonheur des populations, mais sème la division dans cette localité. On lui reproche d’être le véritable artisan de cette crise qui prévaut actuellement dans cette communauté. Au moment où la tension est encore vive entre les populations de Klabe-Efoukpa et celles d’Okou et que l’on craint qu’elle n’aboutisse à un affrontement, le ministre Sessenou se pointe, le 11 février 2018, à la Télévision Togolaise (TVT), pour déclarer que le calme est revenu dans cette localité parce que les populations ont décidé de se conformer à ce décret pris au Conseil des ministres. « Choses curieuses et étonnantes ont été les informations au journal de 20h à la TVT où le monde est mis au courant de la réunion de Badou avec toutes ces allégations. M. Sessenou est allé jusqu’affirmer que les deux côtes se sont entendus. Ce sont des faussetés dans la mesure où il n’y a jamais eu d’entente entre nous sur cette affaire », a confié une source.
Source : L’Alternative No.682 du 20 février 2018
 

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