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Togo / Dialogue : La suspension avant le fiasco

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Le second round des travaux du fameux dialogue inter-togolais tant vanté par certains acteurs a tourné court en présence du facilitateur le président Nana Akufo-Addo du Ghana. L’absence de Faure Gnassingbé à la cérémonie d’ouverture interprétée comme une « discourtoisie protocolaire » présageait déjà de l’issue des discussions. Les dialogues au Togo depuis 1990 finissent toujours de la même manière et le 27è qui s’est ouvert le 19 février, après plus de 6 mois de manifestations-répressions, ne déroge pas à la règle. Il fallait naturellement être bien naïf pour s’attendre à autre chose.
« Le Président de la République du Ghana, Nana Addo DankwaAkufo-Addo, a présidé le 23 février 2018 la deuxième séance du dialogue avec les parties togolaises préoccupées par la situation au Togo. ( ….). Au cours de cette réunion, les discussions ont été sincères, les deux parties ont librement exprimé leur point de vue concernant les questions constitutionnelles, ils ont également évalué les mesures d’apaisement et du renforcement d’un climat de confiance. Les parties ont convenu de se retrouver à une date ultérieure décidée ultérieurement ». Cet extrait du communiqué diplomatique de la facilitation dissimule en réalité les grandes divergences et les positions tranchées entre le parti au pouvoir et la Coalition des 14 partis. Les efforts de la facilitation n’ont pas permis de faire bouger les lignes.
Conséquences, compte tenu de l’agenda chargé du président ghanéen qui devrait entamer une visite aux USA le samedi 24 février, les discussions ont été renvoyées à une date ultérieure, sans autre précision. De l’avis de certains membres de la Coalition, les discussions ont achoppé sur le reste des mesures d’apaisement et la question du retour de la Constitution de 1992 et ses implications.
Faure Gnassingbé : moi ou le chaos
Feu Gnassingbé avait sa rhétorique guerrière à chaque fois qu’il était en difficulté. « Guerre civile », « le Togo va reculer cent ans en arrière » étaient, entre autres, les expressions surréalistes dont il se servait pour s’opposer au processus démocratique et instrumentaliser certains togolais contre d’autres. Le fils qui, dans sa profession de foi, disait être différent du père « lui c’est lui, moi c’est moi » peine au fil du temps à se démarquer de son père et à tracer ses propres sillons. Les interlocuteurs trouvent un homme dans le même état d’esprit que son défunt père qui a fait main basse sur le pays durant 38 ans. Faure Gnassingbé espère en faire autant, et peut-être même dépasser le record de son père. Pour ce faire, il est réfractaire à toute idée de départ du pouvoir en 2020 au terme de son troisième mandat, dans une région où la plupart des chefs d’Etat font deux mandats et s’en vont. Et l’armée est devenue un épouvantail brandi pour justifier cette position.
A y voir de près, ce n’est plus le peuple togolais qui élit le Président de la République, mais bien l’armée. Dans ce cas, continuer à dire sur tous les toits que le Togo est un pays démocratique est une pure hypocrisie. En définitive, l’armée togolaise n’est pas disposée à accepter une autre personne à la présidence en dehors de Faure Gnassingbé. C’est la stratégie du moi ou le chaos qui rejoint exactement la menace de guerre civile longtemps brandie par le Général Gnassingbé Eyadema pour confisquer à vie le pouvoir. Ceux qui ont encore la naïveté de croire au bon sens de l’oppresseur au point de faire confiance à la nouvelle comédie de dialogue sont bien servis. Il n’est pas exclu que faute de terrain d’entente, le facilitateur qui a plus à faire dans son pays jette l’éponge dans les prochains jours. Le Togo est décidément un cas unique dans la région et la complexité de ce régime longtemps toléré risque de créer une instabilité à l’échelle de toute la CEDEAO.
Envisager des sanctions contre les officiers qui s’opposent à l’alternance
« S’il est vraiment certifié que l’armée togolaise devient un obstacle à l’alternance, il faudra alors identifier les responsables et les sanctionner individuellement, comme ce fut le cas en Birmanie et actuellement en RDC », a déclaré sous couvert de l’anonymat un diplomate très introduit au Togo avant d’ajouter : « Le Togo à la tête de la CEDEAO a pris des sanctions contre les acteurs de la Guinée Bissau pour non-respect des accords et cette jurisprudence pourrait s’appliquer à votre pays si c’est nécessaire. » Identifier et envisager des sanctions contre des hauts gradés togolais, l’idée commence par faire son petit chemin dans certains milieux. Il est de notoriété publique que pour un système pareil, il n’existe qu’une minorité qui instrumentalise l’armée pour la conservation des intérêts personnels.
En brandissant l’épouvantail de l’armée pour refuser un départ en 2020, Faure Gnassingbé expose ses fameux « sécurocrates » qui risquent de se retrouver dans la ligne de mire de la communauté internationale. Dans des situations pareilles, les sanctions peuvent aller du refus des visas aux intéressés, à leurs familles et proches, au gel de leurs avoirs, etc. Une telle éventualité serait une catastrophe pour certains hauts gradés togolais dont les enfants et épouses se trouvent en occident où eux-mêmes, souvent malades, se rendent pour se soigner. Si les efforts de médiation en cours pour faire entendre raison à Faure Gnassingbé se soldent par un échec, la résolution définitive de la situation togolaise par les CEDEAO va prendre une tournure radicale pour les tenants du régime. Les défis auxquels la sous-région est actuellement confrontée nécessitent une certaine stabilité de l’espace communautaire, et il n’est plus tolérable que des zones de non droit deviennent des goulots d’étranglement de ces défis qui sont de l’ordre du sécuritaire comme la lutte contre le terrorisme, le développement et le bien-être des populations et enfin la question de la monnaie unique.
Chercher à gagner du temps dans un environnement pareil serait une fuite en avant suicidaire au régime de Faure Gnassingbé. Il est encore temps pour ceux qui bombent le torse de le comprendre.
 
source : L’ALTERNATIVE
 

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