Togo-Dialogue/Les corollaires politiques de l’appel de Gil à Faure à renoncer à un 4ème mandat

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Depuis la signature de l’Accord de Gouvernement «RPT-UFC» du 26 mai 2010 à Lomé (une entente qui a scellé en partie une décrispation du climat politique intertogolais), l’octogénaire opposant Gilchrist Olympio n’avait plus abordé les maux de son pays sans gants, comme il l’a fait ce 28 novembre 2017, à la faveur d’un point de presse…
En «assumant le bilan décevant de l’Accord RPT-UFC de mai 2010», Gil Olympio et son parti n’ont pas manqué de rappeler à la formation au pouvoir au Togo que l’entente politique d’il y a sept ans «demandait déjà au RPT les mêmes concessions qui sont aujourd’hui une fois encore réclamées par le peuple dans la rue». Une constatation sur la base de laquelle le parti du «Détia» soutient avoir «observé avec tristesse et consternation la profonde détérioration de la situation politique du Togo depuis le début des manifestations d’août 2017».
«Chercher à établir un rapport de force utilisant violence de masse ou persécutions individuelles comme moyens de coercition, pour forcer un ennemi politique à capituler dans le chaos ou l’humiliation ne mène qu’à des situations fragiles et instables», a prévenu le vieux opposant dans son point de presse de ce mardi. Une position sans fards loin de ses sorties ‘’politiquement correctes’’ sur les faits et gestes du régime de Faure Gnassingbé depuis la réélection contestée de ce dernier en mars 2010.
Certes, le Président national du parti aux couleurs ‘’jaune et rouge’’ ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, en décryptant le bilan politique et économique de Faure Gnassingbé de ces dix dernières années. Il a, à ce titre, la phrase précautionneuse suivante : «Nous souhaitons tous qu’une alternance politique voit enfin le jour au Togo». Et d’insister: «Cette aspiration authentique et juste du peuple togolais ne doit pas nécessairement se présenter comme une répudiation aveugle du Président Faure Gnassingbé, qui est arrivé au pouvoir dans des conditions difficiles, mais a depuis contribué à une certaine ouverture et à un certain progrès économique, même s’ils sont largement insuffisants pour endiguer les problèmes que connaissent actuellement les Togolais» ! Cependant, nécessairement, cette sortie inattendue de Gil Olympio à la veille de l’ouverture du 27 dialogue intertogolais va laisser des traces politiques !!
Le dialogue prend une autre dimension avec un Gil Olympio lucide et objectif
Grand ami et presque intime des Présidents ADO et Nana Akufo-Addo (acteurs phares de la médiation qui va chapeauter le prochain dialogue intertogolais), Gil Olympio a indirectement lancé une grosse pierre dans le jardin de son partenaire politique Faure Gnassingbé, en opérant sa sortie politique de ce 28 novembre 2017. Il en rajoute aux interprétations faites de la petite phrase lâchée par le Président ADO durant ce second semestre 2017, à la faveur du Congrès de son parti, quand il a appelé «ses pairs ouest-africains à quitter le pouvoir comme lui, au terme de leurs mandats légaux».
D’autant plus que lui, Gil, a expressément demandé à F. Gnassingbé de ne pas briguer un 4ème mandat consécutif en 2020 et lui suggère d’accepter «un retour aux fondamentaux de la Constitution de 1992». Une dernière requête qui rejoint l’une des revendications phares de l’opposition togolaise depuis le début de ses marches synchronisées dans plusieurs villes togolaises et dans la diaspora ! Une donne qui met tacitement de la pression sur le pouvoir togolais pour lâcher du lest. Même si le parti présidentiel togolais, UNIR, n’accède pas aux principales revendications de l’opposition durant le prochain dialogue, il éprouvera beaucoup de difficultés pour tourner le dos aux deux principales propositions de l’UFC formulées dans les lignes antérieures. Car, la décision controversée (en interne, dans sa formation politique) de Gil Olympio de fumer le calumet de la réconciliation en mai 2010, a, pendant un certain moment, aidé le pouvoir togolais à convaincre certains de ses partenaires au sujet du retour de l’apaisement politique au Togo, après la mise au ban de ce pays par la communauté internationale, entre 1993 et 2007.
Depuis les législatives de 2013, le titre de «Chef de file de l’opposition» échoit à Jean-Pierre Fabre. Mais, durant la plupart des manifestations officielles, c’est toujours Gil Olympio qui endossait ce rôle. En décriant publiquement les lacunes et les insuffisances de l’Accord de Gouvernement «RPT-UFC», le leader de l’UFC a subrepticement tourné définitivement le dos à cette ère. «Le temps des postures et des déclarations fracassantes est éculé. A ce temps doit succéder celui de la vérité et du courage. Celui de reconnaître les limites de certaines stratégies et celui de travailler fermement vers un compromis acceptable par tous».
Car, souligne, le quasi retraité Gil Olympio, «je suis reconnaissant d’avoir pu apercevoir de mon vivant le haut de la colline d’où brillera la génération» à venir. Des mots, des postures, des faits qui attestent que l’ancien haut fonctionnaire du FMI a battu sa coulpe au sujet des limites de l’Accord du 26 mai 2010, et a surtout hâte de voir ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire politique de son pays. Quitte à jeter ses dernières forces, avec objectivité, dans le combat politique, surtout à l’heure où il n’a plus rien à y perdre.
E. G.
 
source : alome
 

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