Togo : Enrôlements Nocturne, de Mineurs, des Fous et Autres. Quelle crédibilité pour le fichier électoral en vue ?

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Le recensement « Kadangais » au Togo avec enrôlement nocturne des enfants, des fous, etc… | Photo : Fraternité


Depuis quelques jours, des images d’enrôlement de mineurs, des fous et autres circulent abondamment sur les réseaux sociaux au titre du recensement dans la Zone 2. Déjà objet de débats du fait de son boycott par les militants de l’opposition, la question sur la crédibilité du fichier électoral en cours d’élaboration se pose plus que jamais.
Aujourd’hui prend fin, dans la Zone2, le recensement des électeurs. Il se souvient que pour le compte de la zone 1, il a été enregistré nombres de balbutiements comme des problèmes techniques, la très faible mobilisation des populations dans beaucoup de localités, l’incompétence de la majorité des opérateurs de saisi, le renvoi de nombres de citoyens pour manque de document, la chasse des équipes de recensement, etc. Dans la Zone 2, le bilan s’est révélé beaucoup plus corsé mais dans un nouveau registre. Ainsi, dans plusieurs localités, les agents recenseurs « sous la pression des autorités locales » ont été obligés d’enrôler des mineurs, des fous , des mendiants etc. Des enrôlements ont été faits en pleine nuit. Tout ceci en violation du code électoral.
Le week-end dernier, en tournée dans quelques centres de recensement et de vote de la zone, notamment dans l’Ogou, Anié, Kara, et Doufelgou, la question a été posée au président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Pour toute réponse, le président de la CENI a indiqué que cet état de choses sera corrigé si ces informations étaient vérifiées. «L’enrôlement des mineurs je n’ai pas encore eu vent. Si j’ai eu vent ce sont des rumeurs. C’est ce que je peux vous dire à cette étape. Je vous rassure qu’une fois les opérations d’enregistrement achevées le 24 octobre, nous allons lancer l’apurement du fichier électoral pour le rendre transparent, crédible et répondant aux standards internationaux », a affirmé Kodjona KADANGA. « En tout état de cause, et je peux vous rassurer, pour pouvoir arriver à un fichier fiable, il y a des étapes qui répondent aux standards internationaux. Cela passe par les apurements du fichier originel et on peut aller jusqu’aux contentieux pour avoir un fichier fiable. Et donc, si ces cas sont avérés, je peux vous assurer que ces cas ne seront pas pris en compte, d’autant plus qu’il y a tout un processus pour pouvoir les détecter et pour pouvoir les sortir du fichier définitif », a-t-il expliqué.
Des explications qui n’ont pas du tout convaincu les membres de la Coalition de l’opposition. «Ce qui se passe à la CENI est clair. Le pouvoir, après le 31 juillet, a examiné la feuille de route et s’est dit que si ces recommandations sont mises en œuvre, il perdra les législatives et le pouvoir. Ils sont en train de mijoter des stratégies pour mettre le pays dans tous les sens et de frauder les élections », a laissé entendre Jean Kissi, secrétaire du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), parti membre de la coalition des 14.
L’enrôlement des mineurs est l’un des défauts du fichier électoral depuis plusieurs années. En 2015, une mission de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a souligné ce problème en ces termes : « Le nombre élevé de personnes inscrites par témoignage sur le fichier électoral (2643397, soit plus de 75%), induit une incapacité de vérification formelle de l’identité des personnes, ainsi que de leur âge et de leur nationalité. Ceci peut constituer une source d’enregistrement indu pouvant affecter l’exactitude des données collectées. Dans 873 cas, le justificatif d’inscription n’a pas été renseigné, il est recommandé que ce champ soit rendu obligatoire dans le logiciel». Et de recommander : « il est impératif de moderniserl’état civil, et que l’inscription sur les listes électorales soit basée exclusivement sur la présentation d’une pièce d’identité nationale».
Mais depuis lors, rien n’est fait pour encourager les citoyens à se procurer les pièces d’identité pour éviter ce genre de situation. Aujourd’hui, le même problème se pose et même si les responsables de la CENI assurent que le fichier électoral sera dépouillé de toutes ces anomalies, la question qui se pose est de savoir pourquoi alors attendre que ces irrégularités arrivent avant de les corriger. Qu’à cela ne tienne, l’enrôlement d’un citoyen qui a potentiellement le droit de vote suit un processus où il passe consécutivement devant les membres des Commission électorale nationale indépendante (Celi), des membres de la Commission des Listes et Cartes (Clc) assistés là d’un représentant de l’autorité locale pour confirmer ou infirmer à défaut de documents le droit du citoyen en face à être enrôlé comme électeur. Et c’est en cela que les propos du président Kadanga qui affirme que les faits d’enrôlement des mineurs qui ont fait le tour des réseaux sociaux ont été purement orchestrés, laissent perplexe. Comment ces faits peuvent-ils être facilement orchestrés avec un tel dispositif prévu par le Code électoral avant enrôlement de tout électeur ? Le président voudrait-il dire que tous les membres des Clc, des Celi, les Ops et les représentants de l’autorité coutumière dans un Crv ont tous le cœur anti-recensement? Il faut donc en déduire qu’en voulant se défendre, M. Katanga reconnait plutôt que la crédibilité de son recensement a des problèmes. La parole revient maintenant aux experts électoraux de la Cedeao vers qui se tournent désormais les citoyens qui sont restés en marge de l’opération, justement pour problème de crédibilité unilatérale.
Koffi Miboussomékpo
Source : Fraternité No.290 du 24 octobre 2018
 

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