Photo : DR/FK/FB

Le 28 juillet 2010, l’AG des Nations Unies adopte une résolution, sans aucune voix contre, précisant : « Reconnaît que le droit à l’eau potable et à l’assainissement est un droit de l’Homme, essentiel à la pleine jouissance de la vie et à l’exercice de tous les droits de l’homme ; Demande aux États et aux organisations internationales d’apporter des ressources financières, de renforcer les capacités et de procéder à des transferts de technologies, grâce à l’aide et à la coopération internationales, en particulier en faveur des pays en développement, afin d’intensifier les efforts faits pour fournir une eau potable et des services d’assainissement qui soient accessibles et abordables pour tous ».

L’accès à l’eau potable est un défi majeur auquel font face les décideurs de la planète. Selon l’UNICEF, l’OMS, l’UNESCO et la FAO, 2,1 milliards de personnes n’ont pas accès à des services d’eau potable, 4,5 milliards de personnes manquent de services d’assainissement gérés de manière sure, 340 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année de maladies diarrhéiques, la pénurie d’eau affecte quatre personnes sur dix, l’agriculture représente 70% du prélèvement d’eau mondial.

1er janvier 2016, les 17 Objectifs de développement durable du Programme de développement durable à l’horizon 2030 – adopté par les dirigeants du monde en septembre 2015 lors d’un Sommet historique des Nations Unies – sont entrés en vigueur. L’objectif 6 vise à garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau. Les cibles de cet Objectif couvrent tous les aspects du cycle de l’eau et des systèmes d’assainissement, et leur réalisation est conçue pour contribuer à la réalisation d’autres ODD, notamment en matière de santé, d’éducation, d’économie et d’environnement.

Il appert donc que le défi de l’accès à l’eau potable est immense. Mais lorsque plusieurs décennies après les indépendances et sous la gouvernance d’un seul régime depuis 52 ans, les dirigeants ne sont pas capables de réaliser un projet d’adduction d’eau potable dans une ville qui jouxte la capitale, et qui plus, se trouve être le chef-lieu de la région maritime, nous sommes en face d’une faillite générale d’un système de gouvernance.

Tsévie : l’eau, c’est la mort

Avant la ville de Tsévié, faisons un tour dans la canton de Pya, dans la préfecture de la Kozah. Pya c’est la localité d’origine de la famille Gnassingbé, celle qui règne d’une main de fer sur le Togo depuis 52 ans et a amassé une fortune inestimable. Tous les milliardaires du régime qui ont fait leur fortune en détournant les fonds publics sont de cette localité. Mais à Pya, il manque cruellement de l’eau potable. C’est l’aveu fait par Mme Essoham Samah-Sizing, chef canton de Pya, à un confrère en ligne. « Notre premier besoin dans le canton, c’est l’eau. Dans la montagne, les forages n’arrivent pas à percer les roches pour trouver de l’eau et dans la plaine aussi, le problème persiste dans les zones d’extension aussi bien que dans les anciennes agglomérations où les gens sont obligés d’utiliser les anciens puits. Donc, ce sont presque tous les villages qui sont touchés par ce problème » a déclaré dame Essoham Samah-Sizing. Lorsqu’en 52 ans de règne d’une seule famille, on n’est pas capable de fournir de l’eau potable à son propre village, on ne peut pas faire mieux ailleurs sur le territoire national. Le scandale de manque d’eau qui secoue actuellement Tsévié, à 15 km de Lomé, est une preuve suffisante, si besoin en est encore, de la faillite de la gouvernance du pays.

La ville a un signe distinctif, les bidons jaunes. Quiconque la traverse peut observer des jeunes, des femmes et des hommes avec des bidons jaunes sur des vélos, des charrettes ou sur la tête, à la recherche d’eau potable, une denrée de plus en plus rare.

A plusieurs endroits de la localité, les humains s’approvisionnent à la même source que les animaux, c’est-à-dire dans les bassins de rétention ou dans le lit des rivières. La ville de Tsévié pompeusement appelée chef-lieu de la région maritime est une bourgade perdue, sans aucune infrastructure digne de ce nom. Jouxtant la capitale, elle n’a même pas pu profiter d’un aménagement décent. Les rues ressemblent à des pistes champêtres qui serpentent entre les maisons. Les services déconcentrés de l’administration sont dans un état piteux. La ville ne dispose d’aucun hôtel digne de ce nom. Ses installations d’adduction d’eau remontent au lendemain des indépendances. C’est donc une localité perdue dont les populations sont régulièrement confrontées à la pénurie d’eau depuis des décennies. Les cris d’alarme, les dénonciations des médias n’ont jamais poussé, les gouvernants à sortir de leur indifférence.

Depuis dix jours, la situation est totalement catastrophique. Plus aucune goutte d’eau dans les rares installations vétustes qui existent. S’il y en a, elle est d’une couleur de terre. Les images de cette situation font le tour de la toile et sont l’objet des débats sur les médias de la place. Et depuis, le problème n’est toujours pas réglé. La ville de Tsévié, c’est la plus grande agglomération qu’on traverse avant Lomé, une position similaire à Tema avant Accra ou Ouidah avant Cotonou. Il n’y a aucune comparaison à faire entre ces deux villes et Tsévié.

Et pourtant dans ce pays, pendant que les populations sur l’ensemble du territoire peinent à trouver de l’eau potable, un droit précieux car l’eau, c’est la vie, comme on le dit souvent, le régime RPT/UNIR dilapide des milliards dans les conférences, les sommets, les lancements des projets bidon, comme ce fut le cas quelques jours du fameux Plan National de Développement (PND), les voyages et prodigalités inutiles. Il en est de même des milliards engloutis dans la commande chaque année des caisses de champagne pour la minorité.

Noël Isidore Thomas Sankara disait : « Il faut de l’eau potable pour tout le monde, plutôt que du champagne pour quelques- uns». Au Togo sous le règne du RPT/UNIR, en dehors du champagne et des vins de qualité, la minorité se permet même d’aller commander de l’eau en bouteille réservée aux stars dans les pays occidentaux. Pendant ce temps, dans les villes et villages d’origine de ces barons et leurs sous-fifres, il n’existe aucune trace d’eau potable. Le cas de la ville de Tsévié n’est en réalité que la partie visible de l’iceberg. C’est l’ensemble du pays qui se trouve dans cette situation dramatique. Il suffit de faire un tour sur le territoire national et surtout dans les villages et hameaux pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts et se faire une idée de la gouvernance calamiteuse du régime cinquantenaire. C’est ceux qui sont incapables de fournir l’eau potable dans leurs villages et à tous les Togolais, malgré les milliards amassés, qui viennent aujourd’hui vendre aux populations un prétendu PND qui va faire du Togo le Singapour de l’Afrique. Que des comédiens !

Quelle destination pour les fonds alloués à l’eau ?

Où sont les milliards destinés aux différents projets d’adduction d’eau ? Où sont passés les financements des partenaires destinés à ce secteur ? Nos recherches ont permis de mettre la main sur la Déclaration de politique générale du Premier ministre Arthème Séléagodji Ahoumey-Zunu du 18 septembre 2013. On peut y lire : « Pour atteindre pleinement notre objectif principal qui est d’améliorer les conditions de vie de nos concitoyens, nous nous devons de réduire davantage, dans toutes les localités du Togo, la pénibilité d’accès à l’eau. Il est indispensable que chaque famille togolaise puisse disposer d’un point d’alimentation en eau potable.

Des ressources plus importantes ont, du reste, déjà été consacrées au secteur de l’eau et de l’assainissement. De 2009 à ce jour ( NDLR septembre 2013) , ce sont au total plus de 75 milliards francs CFA qui ont été investis pour le secteur de l’eau. Ces investissements sont intervenus dans le cadre du Plan d’action national pour le secteur de l’eau et de l’assainissement». Que de belles paroles et des déclarations mensongères! Ces milliards ont été investis où et Lomé et presque toutes les villes du Togo ont des soucis en eau potable sans compter les petites localités?

Même les fonds accordés par les partenaires pour réaliser des projets dans le secteur de l’eau et de l’assainissement prennent une autre destination. Conséquence, les togolais doivent non seulement souffrir du manque d’eau, mais faire face à des inondations monstres avec morts d’enfants, faute d’assainissement dans les villes. Lorsqu’on n’arrive pas à fournir à sa population une denrée de base comme l’eau alors qu’on est à la tête d’un système qui dure 52 ans, il faut tirer les leçons de cet échec patent et libérer le plancher.

Source : L’Alternance No.784 du 19 mars 2019

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