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Togo, Fixation ethnique et religieuse : Bafilo-Sokodé-Mango, vers un génocide à huis clos ?

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La soldatesque de Faure Gnassingbé qui terrorise lâchement les populations à bout de souffle dans le Tchaoudjo et l’Assoli dans le centre-nord du Togo | Photo : DR

« Il faudra élever la voix pour éviter qu’on lève les mains», c’est par ces mots de Gene Sharp, l’un des célèbres analystes des dictatures, que nous reprenons la plume.

Depuis plusieurs années, un peuple en lutte construit son histoire. Le peuple Togolais peut s’en vouloir de n’avoir pas évité l’installation, sinon l’enracinement de l’une des dictatures les plus féroces du continent noir, certes. Cependant, croiser les bras par fatalisme sera encore un crime que l’histoire lui fera porter. Si le Togolais, comme beaucoup de ses compatriotes d’Afrique, n’a pas pu éviter que ça commence, il peut tout du moins empêcher que ça s’éternise.

Le long règne a construit un monstre que le peuple s’échine à détruire avec les moyens de bord. En toute connaissance de cause, le peuple en lutte a choisi l’arme de la non-violence qui met la dictature mal à l’aise. Les dictateurs ont presque toujours la supériorité en équipements militaires, en munitions, en moyens de transport et en forces disponibles. La Résistance togolaise a choisi de ne pas affronter la dictature sur son terrain de prédilection. Mais celle-ci, comme par déformation professionnelle, semble ne pouvoir répondre à la non-violence que par une violence insurmontable. Sauf que, pour le moment, cette violence est axée sur un peuple. Mais tel un candidat décide d’affronter une épreuve en commençant par les sujets les plus difficiles, la dictature Togolaise n’a fait que décider d’abord une élimination systématique des zones qu’elles jugent les plus remontées contre sa survie, la région tem en l’occurrence. Et, au-delà, la religion musulmane. De ce fait, les autres ethnies qui sont aussi les portes flambeaux de l’islam comme les Tchokossi et les Tchamba sont les bienvenus dans la zone rouge.

Devant la lassitude, on peut être tenté de dire que malgré la bravoure dont elle peut faire preuve, un peuple démocrate en lutte contre une dictature n’est quasiment jamais un adversaire à la hauteur. Évidemment, avec les longs règnes, les dures réalités militaires sont inévitables aussi longtemps qu’elles existent. Nonobstant, le Togolais reste toujours non violent, mais monsieur Faure Gnassingbé et ses sbires affichent toujours leurs dures réalités, le comble est qu’un groupe ethnique est pris pour cible de prédilection.

Le bourreau a catégorisé les sources de son mal- être

Depuis les années 90, la principale préoccupation du citoyen togolais est cette lutte de libération pendant que les autres pays ont fini la construction et pensent à un développement social exponentiel. Tout peuple qui ne prend pas vite conscience d’une dictature ne finit pas dominé, mais détruit par celle-ci. Cette analyse est renforcée par la réponse que la dictature en place à l’heure H au Togo, apporte à la soif poussée de liberté du Togolais d’une certaine région ou obédience. Il a alors fait de la destruction d’une catégorie de résistants une priorité pour sa survie. Ce n’est encore pas, peut-être, le moment de publier les témoignages, ou les récits à couper le souffle. Le temps, comme il sait bien le recenser et d’en faire usage au moment opportun, sera le meilleur témoin de l’histoire de notre peuple togolais encore en lutte.

Mieux, on ne demande pas à un esclave de faire des témoignages contre un maître dont il porte encore les chaînes. Ce n’est pas tout de même une raison pour se taire. Autant il est plus objectif d’écrire l’histoire de la chasse après la battu, autant il faut marquer le territoire au fur et à mesure des évènements pour ne pas se perdre à l’heure du bilan.

De Sokodé, Bafilo à Mango, il faut aller à la rencontre des gens qui ont résisté, des contacts personnels pour rejouer les cassettes, ceux qui résistent, ceux qui ont survécu, les familles des victimes, l’histoire de ceux qui ont péri, ceux qui sont en exil, qui sont en prison, le mythe des disparus que personne ne saura tracer ou ce beau monde des sans domicile fixe après avoir échappés des griffes des soldats de Faure Gnassingbé: voilà un chantier. Pour le moment, on ne conte pas une série qui n’est pas finie. Avec le père, c’était l’instrumentalisation du Nord contre le Sud et du Kabyè contre le reste des Togolais; avec le fils, celle de l’armée contre les Tem et les musulmans.

Mais les peuples ont tout compris, la mayonnaise a refusé de prendre. Là où une guerre inter-ethnique n’a pas trouvé ingrédients pour commencer parce que des peuples liés par un sort commun ne se font naturellement pas la guerre, il faut bien que l’armée fasse quelque chose. Et elle joue bien le rôle présentement à visage découvert. Elle est de pleins pieds dans une politique de la terreur institutionnalisée, la vertu du crime à grande échelle, l’extermination, le génocide contre un groupe ethnique, ‘’le Tem’’ s’est installé.

Les séances de bastonnades d’une race de Togolais sont érigées en méthodes de travail, on dirait qu’il existe désormais un corps de l’armée formé à la bastonnade. Mieux, pour être sûr que les exécutants sont sans pitiés sur les victimes, les séances de travail sont filmées par d’autres corps habillés. C’est ainsi que, au temps fort de la contestation, nos investigations nous ont permis de remonter à deux individus ramassés dans une brousse de la périphérie-Est de Lomé. Ils y étaient laissés pour morts : « Quand ils nous ont amené en brousse, nous sommes restés dans leur camion et ils nous amènent un à un dans une petite forêt pour bastonner. Tu te couches et ils se mettent trois-trois des deux côtes puis ils te frappent et un septième filme. « Vous les Kotokoli vous n’avez encore rien vu » scandent-ils entre deux coups. Nous, on « nous a laissé pour morts et des riverains nous ont sauvé », c’était les à côté d’une marche qui a dégénéré a Agoè.

En attendant que l’histoire fasse le récit des bourreaux, il faut du moins porter loin leurs faits d’armes : le barreau d’honneur d’une dictature qui n’a trouvé que le génocide à huis clos avec les moyens d’Etat en réponse à une soif de liberté d’une population en exil au pays natal. Journalistes, notre silence devant ce qui est en cours en milieux tem et musulman portera une lourde responsabilité, car les indices ressemblent assez trop à ce qui a précédé le génocide rwandais.

Tout récemment, des jeunes dans l’emblématique quartier rebelle Bè ont cru voler au secours d’un zemidjan man qui se débattait avec un policier pour infraction. Un renfort militaire est alors venu ratisser toute la zone puis les jeunes audacieux sont repérés et emportés. Après les interrogatoires, il se révèle que le conducteur de la moto était effectivement en infraction. On interroge l’un après l’autre les 11 jeunes arrêtés, chacun devait se justifier en déclinant son identité. A la fin de la séance, ils sont libérés après avoir reçu des leçons de morale, naturellement. Ceci est une bonne chose. Sauf qu’ils sont libérés en ces termes, « vous avez chance que vous n’êtes pas Kotokoli ».

Un peu plus au nord, il y a deux semaines, un bus de transport en commun en provenance de Lomé est vidé de ses passagers pour le contrôle de routine à l’entrée de la ville de Sokodé. Le contrôle fait, on demande à tous ceux qui ne sont pas tem de remonter, quant aux tem, ils devaient marcher sur les quelques kilomètres qui les séparent de leur destination finale, Sokodé. Ils se sont exécutés, les témoins de toutes ces scènes précitées sont encore vivants.

Plus on vit au Togo, plus on s’intéresse à la lutte de libération et plus on est en phase avec les victimes pour toucher du doigt les mille et une réalités quotidiennes prégnantes que le silence de la communauté internationale, si elle existe, banalise. Si présentement, il existe en Afrique, un pays qui doit servir de cas d’école pour étudier et comprendre les fonctionnements et les troublantes réalités des exterminations ethnico-religieuses et la nature insidieuse des dictatures, c’est bien le Togo. Mais la communauté internationale ne fait qu’observer. Ses représentants, de véritables hommes et femmes d’affaires, pourtant les plus informés au point d’être les premiers qui sauvent souvent les dictatures des coups d’Etat en préparation. Néanmoins, ils vous diront d’apporter des preuves devant ces scènes bien réelles qu’ils touchent du doigt.

Qui mérite d’être informé de ces situations ?

Le peuple qui vit l’outrage, les tenants de la dictature qui ne sont pas forcément sur le terrain, la communauté nationale et internationale, les spectateurs qui, dans leur calme de cimetière, pensent que ça n’arrive qu’aux autres. Nous disions plus haut que cet épisode n’est pour la dictature qu’une façon à un candidat de commencer par les questions difficiles. Donc tout le Togo est une épreuve à résoudre pour le candidat Faure Gnassingbé. Le danger n’est pas encore aboli, il n’est pas encore délocalisé de Tchaoudjo, Assoli, Mango ou Tchamba, ces contrées nord de la capitale. Jusqu’à l’heure où on met sous presse cette analyse, quand on s’est fait connaître comme contestataire, il faut être audacieux, capable de défier de grands dangers, pour y vivre. Ces zones abritent un peuple qui ose dire ‘’non’’ et qu’on a pris pour cible.

Si on était dans le contexte d’une guerre conventionnelle, on dirait que le camp envahi attend l’entrée des premiers blindés pour réagir. Les blindés y sont de jour comme de nuit à chaque fois qu’un quartier exprime un mécontentement. Il y a quelques jours, à Gandè par exemple, une localité à l’extrême Nord-Est de Bafilo dans le canton de Soudou, les militaires y ont commencé par ériger des tentes pour un poste permanent. Juste parce que dans cette localité estimée rebelle, des jeunes y ont brûlés quelques pneus sur la route. L’un de ces jeunes qui croyaient ainsi exprimer un mécontentement a été poursuivi dans la brousse comme un gibier avec des coups de feu réels. Il n’a eu la vie sauve qu’en traversant la frontière. Les militaires y étaient presque installés sous les soins de monsieur le préfet et une race de petits individus arrivistes zélés soi-disant cadres de Soudou. C’est dans ces conditions que l’imam adjoint du village de Tchalimdè, dans le canton de Soudou, le nommé Traoré Fousseni est arrêté et présentement détenu, pour aucun motif, à la prison civile de Lomé. Mais ils ont levé le camp par un ordre contraire. Bref, dans ces milieux tem, partout où la dictature sent une contestation contre elle, elle installe un petit camp où les militaires se relaient. Les faits sont là et peuvent être touchés du doigt.

En milieu tem, c’est une consigne, au gré des évènements, armées jusqu’aux dents, ils passent de maison en maison pour imposer la discipline par le bâton, les crosses, les gaz lacrymogènes au pire des cas, les balles réelles. On ne peut pas passer sous silence cette autre humiliation d’une femme, cadre du RPT-UNIR, à Assoli. Élue de sa localité, la dame était en visite chez elle quand elle tombe fortuitement sur une séance de correction corporelle des populations de son quartier. Quand elle a osé demander aux militaires de ne pas agir ainsi, il lui a été poliment demandé de rentrer chez elle au risque de se voir rouer de coups. Pendant ce temps, l’expédition continuait. Ceci nous ramène à Sokodé où les militants du RPT-UNIR, à travers des audio qui circulent encore, ont exprimé leur ras le bol. En effet, le jour où il plaît aux militaires de faire une descente punitives, ils ne distinguent pas qui est du PNP ou qui est d’UNIR; on ne voit qu’un territoire tem. Toutes les maisons sont passées au peigne fin, tout le monde est passé au tabac sans distinction; bras cassés par ici, pieds fracturés par-là, même dans les rangs des adeptes du régime qui n’ont pas hésité à se plaindre publiquement.

Les militaires jusqu’à présent peuvent circonscrire un quartier donné, rentrer dans les maisons par effraction, y molester tout le monde, casser tout, fouiller dans les coins et recoins emportant avec eux pièces d’identité tels que les naissances des enfants, les diplômes, les sous, sans que personne ne lève un doigt. Les jeunes et vieux, tout le monde cherche refuge dans les brousses périphériques et les montagnes le temps que la furie militaire se vide de la ville. Pour les militaires, l’essentiel est que tu sois tem, peu importe si tu es de leur bord politique, on te traite de la même manière. Et c’est ici des signes qui ne trompent que ceux qui refusent de regarder.

Depuis le vent de l’Est, la lutte de libération au Togo a connu des épisodes. On a connu des peuples qui, à la moindre trouble politique souvent consécutifs aux élections truquées, se préparent à élire domicile dans le pays voisin le plus proche du lieu de résidence le temps que ça se calme. On a vu des familles quitter une ville pour une autre par rapport au degré de contestation ou de répression ici ou là. On a aussi vu des peuples s’exiler le temps que le pays se calme et soit capable d’opportunités. On a aussi connu des Togolais qui sont admis dans des camps pour réfugiés momentanément. Mais ce qui arrive au peuple Tem sort de l’entendement. Quand des populations après chaque mouvement de contestation, pourtant pacifique, doivent quitter leurs maisons pour dormir deux ou trois jours en montagne entre les serpents, en forêt, sur les rives parce qu’une armée nationale a pris d’assaut la ville, il y a problème. Quand, après de telles sorties pour sauver leur vie, on ramasse des cadavres en putréfaction avancée dans un état difficile à identifier dans les périphéries de Sokodé, il y a problème. Quand les militaires circulent d’une ferme agricole à une autre pour passer les fermiers à tabac parce qu’en temps difficiles, ils osent accueillir les populations fugitives, il y a problème.

Depuis le 19 août 2017, il nous serait difficile de compter le nombre de fois que les populations de Sokodé et de Bafilo sont allées dormir à la belle étoile en brousse. Actuellement, presque tous ceux qu’on arrête, qu’on enlève de la façon la plus sauvage, après avoir tout cassé chez eux et exercé toutes formes de violence sur leur domicile, s’ils ne sont pas tem, ils sont musulmansIl est triste de réaliser qu’après 50 ans de règne sans partage, c’est le souvenir d’un nouveau Rwanda que la gouvernance des Gnassingbé veut laisser aux Togolais.

Le Togo n’est pas dans la logique de deux camps qui s’opposent pour que nous vous décrivions les armes utilisées par les deux camps. Ici c’est la tragédie du maître et son esclave. La quiétude de l’esclave dépend de l’humeur du jour de celui qui le tient par les chaînes. Le jour où l’esclave est trop triste, on le frappe pour le réveiller, s’il est trop content, on le frappe pour le calmer, s’il exprime un besoin, soit-il naturel, on le réprime, s’il néglige un besoin, il en fait les frais. Sclérosé, atteint d’un cancer politique en phase irréversible, le règne des Gnassingbé refuse de surmonter l’inertie et s’obstine à vouloir résoudre les défis présents avec des formules valables hier. Mais le plus grand crime est qu’ils ont pu taire tout le monde. A quelques exceptions près, de la presse locale aux médias occidentaux, c’est la ration du silence. Il y a pourtant plusieurs solutions disponibles au Togo, mais un avenir respectueux des Droits de l’Homme n’est pas le souci des dictatures. Après avoir échoué à construire une démocratie, après avoir raté la construction du pays, le minimum aurait été de pouvoir inventer le futur pour qu’un jour, l’histoire juge. Mais hélas, leur plus grand héritage est ‘’la paix’’.

Laquelle paix donc ?

Les dictateurs et les démocrates n’ont pas la même explication de ce mot. Au Togo, même un officier qui tue de sang froid dans la rue au vu et au su des citoyens peut se révéler un apôtre de la paix. Il faut donc garder les idées claires, il y a amalgame. Tous ceux qui se servent du mot « paix » ne sont pas forcément ceux qui militent pour les libertés publiques et la justice. La paix pour Faure Gnassingbé et ses troupes, c’est le fruit d’une soumission passive à l’oppression cruelle, le béni oui-oui à un despote ayant fait subir des atrocités à des centaines de milliers de personnes qui sont obligés de proclamer la paix là où la mort est absente. Dans ses discours, quand Hitler abondait sur la paix, il évoquait « soumission à sa volonté ». La paix d’un monarque en train de mourir d’une famine politique faute d’alternative socio-économique crédible comme Faure Gnassigné, n’est rien de plus que la paix de la prison, la paix des camps de concentration, la paix du cimetière.

Jusqu’où de telles méthodes peuvent-elles aller ?

Comme le notait Karl W. Deutsch, le spécialiste allemand en sciences politiques: « Le pouvoir totalitaire n’est fort que s’il ne doit pas être utilisé trop souvent. S’il doit être constamment exercé sur l’ensemble de la population, il est vraisemblable qu’il ne durera pas longtemps.…. ». Du 19 août à nos jours, l’expérience vécue par les Togolais doit pouvoir permettre d’avoir un cas d’école, de tirer des enseignements des dictatures, des mouvements de résistance, de la pensée politique, des systèmes de gouvernement et porter une grande attention aux luttes non-violentes réalistes. Défier une dictature n’est pas une entreprise aisée et cela n’est pas sans risque, moins encore sans coûts. Toute lutte de libération a un coût et des complications ; elle revendique de ce fait des victimes. Mais quelle qu’elle soit, considérer une dictature comme trop ancrée pour être vulnérable est une lâcheté. Elles sont nombreuses celles qui se sont déjà montrées incapables de résister aux premiers mécontentements, à la défiance sociale et politique.

Grâce à des défis populaires principalement non-violents, depuis 1980 des effondrements ont eu lieu : Mali, Burkina Faso, la Libye… C’est en période de lutte de libération que le totalitarisme montre son instinct de conservation et l’instinct de conservation est ce qui, en l’homme, permet de le connaître le mieux. Les Togolais ont eu l’occasion de connaître leurs dirigeants. Après le vent des années 90, l’on a cru qu’il a été possible à la démocratie de s’installer au Togo, mais le 19 août a montré qu’il n’en est rien. Les Togolais luttent, certes, pour se libérer. Le mal Togolais est tellement profond. Qu’il ait lieu aujourd’hui ou demain, l’effondrement de notre dictature n’éradique pas tous les autres problèmes. La misère, la criminalité, l’inefficacité bureaucratique et la destruction de l’environnement, bref une telle gouvernance a un héritage. Tout de même, la chute met fin à la traversée du désert, à la souffrance des victimes et permet de jeter les bases d’une reconstruction, de rentrer dans un Etat de transition. A la lumière des études menées, « en janvier 2009, 34% des 6,7 milliards d’êtres humains vivaient dans des pays et des territoires indiqués « non libres », c’est-à-dire des régions où les droits politiques et les libertés civiques sont limités à l’extrême ». Les 42 pays de la catégorie ainsi désignés « non libres » sont dirigés par une série de dictatures militaires.

Au Togo, la dictature espère que plus ça dure, plus la population s’affaiblira, elle n’aura plus confiance en elle-même et se trouvera incapable de résister. L’objectif visé est que le togolais ait trop peur de partager sa haine de la dictature et sa soif de liberté même en famille et entre amis. Si les populations sont terrifiées à l’idée même de résistance publique, l’avenir s’envisagera en pointillés pour elles et la dictature peut prospérer. Le Togo est une République où les lois constitutionnelles et l’opinion publique sont ignorées du dictateur. Tout a été essayé et certains croient à la va vite que seule la violence pouvait abattre une telle dictature. Les raisons qu’ils avancent, quelle qu’elles soient montrent des limites. Car, si de guerre lasse, on place la confiance dans les moyens violents, l’on choisit le type même de lutte dans lequel les oppresseurs ont presque toujours la supériorité. Le champ de prédilection d’une telle dictature est d’inventer des coups d’Etat qui n’existent pas afin de liquider les indésirables comme c’est le cas actuellement avec l’épisode Tiger.

Arrestations arbitraires sans mandat d’amener.

On peut escalader les murs d’un domicile pour tirer un père de famille de son lit.

  • On a vu des cas où le toit en tuile a été percé par des outils militaires pour extirper un transporteur du nom de Tchédré Tadjoudine alias ‘’Nous vaincrons’’.
  • Le samedi 25 Janvier dernier, monsieur Yacoubou Moutawakilou, le SG du PNP section Kpalimé est enlevé à son domicile par toute une horde de corps habillés. Gardé au SRI, il est entre temps porté disparu de là avant que les bourreaux le ramènent au SRI. Dans la foulée, sa maman ayant appris la nouvelle a fait une crise dont elle en est morte au Ghana il y a quelques jours. De sources informées, l’objectif de la cabale contre lui est que les sbires ont eu des informations selon lesquelles Tikpi Atchadam serait en maquis dans sa maison à Kpalimé. N’ayant pas pu mettre la main sur Tikpi dans cette maison, ils verront s’il est possible de coudre un chemise ‘’Tiger’’ pour l’habiller.
  • Le nommé Aboubakar Tchatikpi dit Janvion, est enlevé à son domicile à Agoè le lendemain 26 janvier. Lui aussi est amené à un lieu tenu secret loin de sa famille avant d’être récemment déposé à la prison civile de Lomé.
  • Ouro-Kofia Alilou, venu d’Allemagne, il a vu son domicile saccagé et lui-même arrêté avant d’être libéré parce qu’on l’avait pris pour un autre Alilou actuellement recherché.
  • Akimou Abdoul-Wahid, un responsable du PNP section Nigéria en visite dans la préfecture de Blitta est arrêté le mercredi 15 janvier 2020 dans son village natal à Agbandi Tchallo et toujours détenu.
  • Amah Daouda, arrêté le Samédi 1er Février à Agoè-Demakpoè à son domicile.
  • Ouro-Tagba Rabiou est arrêté à Dapaong le 30 janvier et déféré à Lomé.
  • Abevi Abdou-Razak, machiniste au 3e quai au port de Lomé est arrêté lui aussi le 5 décembre.
  • Tchabana Mounirou, employé au garage central également arrêté le 3 janvier 2020.

La liste est longue, ces deux derniers mois, pour un oui ou pour un non, des citoyens ont été enlevés sans motifs valables si ce n’est une appartenance politique ou ethnique indésirée. Ils sont des dizaines détenus présentement le temps qu’un chef d’accusation leur soit trouvé, mais le chef d’accusation à la mode, qui peut permettre aux officiers de Faure d’être à l’aise, est l’accointance avec l’affaire Tiger.

Elections ?

Les élections sont pour le régime comme le nôtre, un instrument efficace de légitimation de règne grâce aux parodies d’élections pour paraître démocratiques. Elles ne sont que des plébiscites rigoureusement contrôlés pour faire entériner par le public des choix de candidats déjà tranchés par les despotes. Des dictateurs sous pression acceptent parfois des élections. Les dictateurs comme ceux du Togo ne vont pas se permettre d’organiser des élections qui pourraient les chasser de leur trône qu’ils considèrent comme un héritage de la famille. A une période d’une lutte, les uns s’installent dans une attitude de soumission passive, les autres ne voyant aucune possibilité d’aller vers la démocratie, concluent qu’ils doivent composer avec cette dictature apparemment indestructible. Ceci, en espérant que, grâce à la « conciliation », aux « compromis » et aux « négociations », il sera possible de sauver quelques éléments positifs et de mettre fin aux brutalités.

Une lutte sérieuse contre une dictature brutale n’est pas une perspective agréable. Pourquoi alors on l’envisage ? N’est-il pas possible de trouver des moyens de discuter, de négocier des solutions pour supprimer graduellement la dictature ? Est-il possible de faire appel à l’humanisme des dictateurs? Y a-t-il possibilité de proposer aux dictateurs des solutions gagnant-gagnant? L’opposition démocratique s’est contentée d’apaiser le conflit par des négociations au Togo. Le pouvoir du dictateur s’éteindra, lentement ou rapidement, par « famine politique ». Pendant ce temps, un acharnement aux allures d’un génocide s’installe contre une ethnie, une confession religieuse et personne ne dit rien. Jusqu’où ira ce silence ?

Abi-Alfa

Source : Le Rendez-vous N° 345 du jeudi 06 février 2020

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