Togo : Le gouvernement togolais semble mesurer l’urgence de la réalisation de la décentralisation et de l’organisation des élections locales

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Pourquoi « Golfe », avec plus de 1,5 million d’âmes, a 6 communes comme Tône qui ne compte que 186 029 âmes ?
 
« Dis-moi qui tu choisis, je te dirai qui tu es ». Le gouvernement togolais semble mesurer l’urgence de la réalisation de la décentralisation et de l’organisation des élections locales. Depuis juin 2015, le rapport du Comité technique a été finalisé. Sans entrer dans les détails, il importe que ceux qui se sont chargés de ce travail soient connus, histoire de déterminer si vraiment c’est une équipe technique qui a été mise à contribution, ou si c’est sur des bases identiques à celles qui ont conduit à la mise sur pied de la dernière Commission électorale nationale indépendante (Ceni), que les membres ont été choisis.
 
Le rapport général du Comité technique d’élaboration d’une feuille de route de la décentralisation et des élections locales subira-t-il les mêmes critiques que ceux formulés par les partis politiques lors de l’élection présidentielle d’avril 2015 à l’endroit de la CENI? Lorsqu’on jette un coup d’œil diagonal sur son contenu, on est tenté de le croire. En avril 2015, bien que minoritaire à la Céni lorsqu’on prend en compte les tendances de la société civile, l’opposition avait créé de l’indigestion dans le camp du pouvoir le jour de la proclamation des résultats. Le monde entier avait alors vu le président de la Céni, Taffa Tabiou faire un coup d’œil assassin vers des êtres invisibles afin que ceux-ci fassent taire Francis Amouzun Pedro, Vice-président de l’institution. La suite, tout le monde la connaît.
 
Mais ce coup d’éclat a eu le mérite de remettre en question la composition de la Céni. A ce propos, voici ce que le site du gouvernement avait écrit : « Le caractère trop politique de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est la cause principale des difficultés rencontrées depuis sa création avec un impact négatif sur le processus de démocratisation au Togo. Ce jugement n’émane pas d’un opposant, mais du gouvernement lui-même. Cette politisation de l’organe est souvent source de conflits avant, pendant et après le scrutin. C’est la raison pour laquelle il est envisagé une révision de la composition et du fonctionnement de la CENI. Réagissant mardi, Eric Dupuy, l’un des responsables de l’ANC, a indiqué sur une radio privée qu’un dialogue préalable était nécessaire avant toute réforme de cet organe. « Le chef de l’Etat et le gouvernement n’ont pas oublié que la Céni actuelle est le fruit d’un accord. On ne peut pas accepter que cet accord soit foulé au pied. Pour modifier la composition, il faut obligatoirement une discussion entre les parties prenantes », a-t-il déclaré. L’accord mentionné par M. Dupuy est l’APG (Accord politique global) signé en 2006 entre les partis de l’opposition et de la majorité. Les modalités de la révision, de la recomposition et du fonctionnement de la Commission électorale n’ont pas été détaillées pour le moment ». C’était le 15 décembre 2015.
 
Les élections locales constituent un enjeu véritable pour le régime qui ne tient pas à voir ses prébendes remises en cause. Et tout comme pour la Céni qu’il a tout fait pour la rallier à sa cause, les équipes chargées de mettre sur pied la feuille de route de la décentralisation et de l’organisation des élections locales ne devraient pas échapper à la règle ; surtout que l’arrêté pris dans ce sens est postérieur à l’élection présidentielle et à l’acte de bravoure posé par le Vice-président de la Céni. Dans le rapport général, on lit : «C’est dans cette optique qu’un Comité technique de neuf (09) membres (annexe n°2), a été mis en place par arrêté n°0074/MATDCL du 31 mars 2014. Il est assisté par une Cellule d’appui technique et de suivi de treize (13) membres (annexe n°3) et appuyé par une équipe de deux experts nationaux recrutés par le PNUD (annexe n°4). Le Comité technique a pour mission d’élaborer une feuille de route de la décentralisation et des élections locales. Le Comité doit proposer un nouveau grand dessein en matière d’organisation de l’administration territoriale du Togo ». Mais que remarque-t-on ?
 
Les annexes censées renfermer la liste des membres du Comité technique et celle de la Cellule d’appui technique, de même que celle des experts du PNUD, sont introuvables dans le rapport. Seule l’annexe n°1 qui parle de la cartographie des communes du Togo s’y trouve. Ce qui est dérangeant, c’est que le rapport n’indique pas les critères sur la base desquels le choix des membres du Comité technique et celui de la Cellule d’appui technique, a été fait. Que répondront les autorités lorsque ce rapport susciterait du rejet de la part des partis d’opposition ? Ces partis ont-ils été associés ? On en doute, surtout que la question avait été soulevée lors des questions orales adressées aux membres du gouvernement, peu avant le vote de la loi de finances exercice 2016.
 
Dans les découpages des communes, on remarque des disparités qui méritent des explications saines qui puissent contenter les citoyens. Autrement, beaucoup de Togolais auront du mal à comprendre les raisons qui poussent le comité technique par exemple à attribuer 6 communes à Blitta qui compte moins de 138.000 âmes alors que Tchamba qui compte moins de 132.000, se voit attribuer 4 communes et que Tchaoudjo, avec ses 190.114 âmes, se voit décerner 5 communes. Si aucun travail d’explication n’est fait en amont, et que les membres de ce Comité technique ne sont pas connus, histoire de dissiper les supputations quant à leur appartenance politique, il est à craindre que le feuilleton de la décentralisation ne connaisse des mouvements de résistance. Quand la préfecture d’Agou, avec ses moins de 85.000 âmes compte 5 communes, que Vo en compte aussi 5 avec 210.075 habitants et que Golfe qui héberge plus de 1,5 million d’habitants, se voit attribuer seulement 6 communes, on se demande pourquoi.
 
La décentralisation et l’organisation des élections locales constituent un enjeu majeur pour les partis en présence. Les autorités ont concédé, après la « tripatouillite aiguë » dont l’élection présidentielle a souffert, que la Céni politique ne faisait plus l’affaire. Va-t-on aussi assister à un forcing du pouvoir pour l’entendre dire après qu’il aura forcé sur le verrou électoral, que la Comité technique et la Cellule d’appui ne sont pas adaptés au contexte togolais ? Dans l’affirmative, il est encore temps pour que les dés pipés soient revus et changés. Car tout comme le pouvoir, l’opposition attend beaucoup probablement des élections locales propres, gages d’une future élection présidentielle à fraude minimaliste.
 
source : Liberté Togo
 

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