Togo-Incendies / Interviews de Brigitte Améganvie : « le pouvoir dynastique est monté d’un cran dans l’Etat de terreur »

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Togo – En réalité, avec ces incendies de marché, le pouvoir dynastique qui régente le Togo depuis 1963 est monté d’un cran dans l’Etat de terreur et doit se réjouir d’avoir réussi non seulement à affamer des centaines de milliers de personnes, mais surtout d’avoir mis ce crime odieux sur le dos de l’opposition dont il embastille les leaders. Si les auteurs et commanditaires de ces crimes abominables pensaient ainsi faire table rase des générations de commerçantes qui travaillent dans ces marchés pour les remplacer par des proches, s’ils espéraient faire aussi table rase de l’opposition politique qui se met en travers de leur route pour ne garder que celle qu’ils tiennent en laisse avec os à ronger et baballe pour jouer aux élections, eh bien ces gens ont fait de mauvais calculs.
 

Interview de Brigitte Améganvi (Vice-présidente de Synergie-Togo)
Propos recueillis le 24 février 2013 par Vénavino DALVES

 
LETOGOLAIS.COM : Des incendies ont détruit récemment les grands marchés de Kara et de Lomé.
 
Brigitte Améganvi : Vous oubliez les marchés d’Aklakou et de Gboto, et ceux où les départs de feu ont pu être circonscrits à temps. Aussi bien sur le territoire national qu’au sein de la diaspora, les togolais sont passés de l’état de choc, à la colère et à l’indignation. Ces incendies des marchés sont des actes terroristes et mériteraient d’être qualifiés de crime contre l’humanité.
 
LTG : Quels en sont les impacts économiques et sociaux ?
 
Brigitte Améganvi : Au sujet des impacts économiques, la structure en charge de l’évaluation des sinistres a évalué les dommages à environ 6 milliards de FCFA soit 9 millions d’€uros. Nous espérons que ce montant intègre également les dommages subis par les commerçantes qui ont refusé de se plier à la condition imposée pour l’enregistrement de leur déclaration, à savoir l’adhésion au nouveau parti présidentiel en mal de recrutement.
 
Au-delà des chiffres cités ici ou là, ce qui me préoccupe le plus, et c’est en cela que je parle de crime contre l’humanité (1), ce sont les centaines de milliers de personnes qui vivent de l’activité de ces marchés. Vous savez que ces marchés, surtout ceux des grandes villes, abritent toute la chaîne de commercialisation des productions nationales et des produits importés, depuis le commerce de gros jusqu’à la vente au détail, fractionnée pour s’adapter aux faibles revenus de la population.
 
LTG : Le gouvernement dit avoir pris des initiatives et annonce que la situation est sous contrôle….
 
Brigitte Améganvi : Aujourd’hui, que deviennent les commerçantes qui exerçaient leurs activités dans ces marchés et les dizaines de personnes qui dépendent d’elles pour leur survie quotidienne ? Combien sont-elles à avoir repris une activité et à quelles conditions ? Je pense aux jeunes portefaix qui sont déjà soutiens de famille, je pense aux vendeuses d’eau glacée et autres boissons rafraichissantes, aux vendeuses d’arachides, aux cantinières ambulantes qui prélèvent en fin de journée sur les maigres revenus de leurs activités de quoi acheter les vivres pour préparer ce qui, dans bien de cas, constitue l’unique repas de la journée des époux, enfants, neveux ou nièces, voire ascendants. Je me demande quel est le sort des petites revendeuses au détail qui, tôt le matin, munies de leur plateau vide, s’approvisionnaient directement sur les marchés, afin de revendre leurs marchandises aux abords, activité qui est leur seul moyen de subsistance.
 
LTG : A qui attribuez-vous la responsabilité de ces incendies ?
 
Brigitte Améganvi : Si nous faisons dans un premier temps l’hypothèse que les autorités en charge de la sécurité de ces marchés n’ont aucune responsabilité ni directe ni indirecte dans ces feux dévastateurs, des sanctions seraient tombées dès le lendemain, au titre de la responsabilité administrative ou professionnelle de l’EPAM, des autorités en charge de la sécurité, ministre compris et même du commandement des brigades de sapeurs-pompiers qui se sont avérés aussi incompétents qu’inopérants dans la maîtrise des incendies. Or aucune sanction n’est tombée à ce jour.
 
En réalité, avec ces incendies de marché, le pouvoir dynastique qui régente le Togo depuis 1963 est monté d’un cran dans l’Etat de terreur et doit se réjouir d’avoir réussi non seulement à affamer des centaines de milliers de personnes, mais surtout d’avoir mis ce crime odieux sur le dos de l’opposition dont il embastille les leaders. Si les auteurs et commanditaires de ces crimes abominables pensaient ainsi faire table rase des générations de commerçantes qui travaillent dans ces marchés pour les remplacer par des proches, s’ils espéraient faire aussi table rase de l’opposition politique qui se met en travers de leur route pour ne garder que celle qu’ils tiennent en laisse avec os à ronger et baballe pour jouer aux élections, eh bien ces gens ont fait de mauvais calculs.
 
LTG : Insinuez-vous des manœuvres politiciennes des autorités togolaises…?
 
Brigitte Améganvi : Le régime RPT/UNIR est en train de montrer son vrai visage y compris à ceux qui s’étaient faits les VRP de l’ordre nouveau, du fils qui n’est pas le père etc… Aux dernières nouvelles, l’indemnisation des victimes des incendies démarrera très prochainement. Nous ne nous faisons guère d’illusions sur l’identité des personnes qui seront dédommagées et le montant des indemnisations par rapport aux pertes réelles de chaque victime. Le régime en place essayera de détourner l’indemnisation en vaste opération d’achat de consciences en vue des élections à venir, attestant par la même occasion que c’est bien là un des mobiles de ces crimes odieux. C’est cette nouvelle tentative d’escroquerie qui, contre toute attente, redynamisera les marchés car elle incitera les femmes à se mobiliser et à se battre pour mettre fin à l’arbitraire et à l’oppression.
 
LTG : Quelles sont les solutions envisageables pour compenser les pertes et redynamiser ces marchés et comment le Togo peut-il sortir de cette impasse ?
 
Brigitte Améganvi : Rien ne peut compenser les pertes de ces commerces car ce qui est parti en fumée, c’est l’ingéniosité, le dynamisme et l’audace de trois voire quatre générations de commerçantes qui ont bâti leur activité à la force du poignet.
 
Ma conviction profonde est que le commerce et l’économie togolais ne se relèveront vraiment du choc provoqué par ces incendies que lorsqu’une commission d’enquête internationale crédible aura établi les faits, le mode opératoire et situé les responsabilités. Une bonne partie de l’activité commerciale du Togo étant une activité sous-régionale désenclavant les pays sans façade maritime, comment voulez-vous que les partenaires retrouvent la confiance en ce pays ? Quel crédit peut-on accorder à un hub aérien putatif qui n’a pas de brigade de sapeurs-pompiers fonctionnelle alors que des avions vont atterrir et décoller avec leur réservoir plein de kérosène ?
 
Il est dans l’intérêt de l’Etat togolais que la lumière soit faite, de manière transparente et crédible sur ces évènements dramatiques afin qu’ils ne se reproduisent plus. Il est dans l’intérêt de l’Etat de veiller à ce que des incendies criminels ne deviennent au Togo une composante de l’arsenal de conservation du pouvoir politique. Et si la police et la justice nationales n’ont pas les moyens de gérer les éléments incontrôlés comme on les appelle au Togo, il convient de ratifier la convention de Rome, comme l’ont fait tous les pays de la CEDEAO à l’exception du Togo
 
La rédaction Letogolais.com
 
Propos recueillis le 24 février 2013 par Vénavino DALVES
 
 

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