Togo : Interview/ Le député Jean Kissi propose d’aller vers une réforme de l’administration parlementaire


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Le député de la circonscription électorale de Vo, Jean Kissi préconise une révision des textes régissant le fonctionnement de l’Assemblée nationale togolaise. Il a réaffirmé cette position à l’Agence de presse Afreepress au cours d’une interview dans laquelle il porte des critiques sur les conditions de travail qui sont celles des élus au sein de l’hémicycle. « Je trouve qu’il faut réorganiser tout le travail de l’Assemblée nationale, il faut réorganiser les commissions, il faut réorganiser les sessions et enfin, mettre les députés dans les bonnes conditions de travail parce que nous n’avons pas de salles pour les réunions, nous n’avons pas de bureaux pour les présidents de commission », propose-t-il.
 
Il n’élude pas non plus des questions purement politiques et estime que l’opposition togolaise n’a aucunement besoin d’un statut particulier. « Lorsque cette affaire a circulé dans les médias, dans l’opinion publique, j’étais le premier à dire que c’était un os qui est jeté aux chiens pour se bagarrer autour. Ne nous demandez pas à nous au CAR, de nous battre ensemble dans la meute sur cet os parce que nous ne sommes pas des chiens », dégaine-t-il.
 
Lire l’intégralité de l’entretien.
 
Bonjour honorable Jean Kissi. Vous êtres député de la nation depuis 2013 et président de la commission affaires étrangères. Comment le travail se déroule-t-il à l’Assemblée depuis votre entrée en fonction ?
 
Honorable Jean Kissi : Les conditions de travail à l’Assemblée sont assez difficiles. Je crois qu’avoir deux sessions de trois mois par an, ne convient pas. Nous avons l’impression que nous sommes en vacances pendant six mois alors que depuis que nous avons eu les vacances parlementaires, nous sommes un certain nombre de parlementaires à ne pas pouvoir bouger parce que nos commissions ont continué à travailler. Certaines commissions ont continué à travailler pendant que d’autres n’ont rien à faire. Je pense que nous devons revoir notre règlement intérieur parce qu’il y a beaucoup de choses à corriger dans ce règlement intérieur.
 
Nous ne sommes pas obligés d’aller à la fin d’une législature avant de les corriger. Je crois que notre règlement intérieur a besoin d’être révisé parce que les commissions doivent être reparties de façon équilibrée. Je l’ai même demandé au début de la mandature, j’ai même pondu une résolution pour améliorer tout ça mais tous les plans ont été fignolés par le parti au pouvoir pour empêcher cela. Voilà qu’ils ont créé des commissions dont certains n’ont même pas travaillé sur cinq textes depuis le début de la législature alors que d’autres, dont ma commission, ont eu déjà plus de quarante textes à étudier. Voilà les conditions dans lesquelles nous travaillons et il faut réviser tout cela.
 
Et puis, moi je dis qu’il est bien qu’on ait trois sessions dans l’année. Une session de trois mois avec un mois de congé qui nous permet d’aller au contact de nos populations et trois autres mois avec un arrêt d’un mois jusqu’à la fin de l’année. Donc nous aurons neuf mois de travail au siège et trois mois de travail auprès des populations et ça va permettre de travailler en un temps plus long et d’être plus efficace. Contrairement à ce qui se fait aujourd’hui où certains sont en vacances tandis que d’autres sont retenus à travailler plus.
 
En quoi certains doivent être retenus au siège à Lomé pendant que d’autres se retrouvent tout le temps auprès de leurs électeurs ? Si même à l’Assemblée il n’y a pas de l’équité dans le traitement, ne trouvez-vous pas que c’est grave ? Une République c’est d’abord de l’équité dans le traitement. Vous êtes tous deux recruter pour le même travail dans un bureau et il y en a un qui tout le temps se retrouve en congé chez ses parents pendant que l’autres croule sous le poids du travail, pensez-vous que c’est équitable ça ?
 
C’est de cela qu’il est question. Je trouve qu’il faut réorganiser tout le travail de l’Assemblée nationale, il faut réorganiser les commissions, il faut réorganiser les sessions et enfin, mettre les députés dans les bonnes conditions de travail parce que nous n’avons pas de bonnes conditions de travail. Nous n’avons pas de salles pour les réunions, nous n’avons pas de bureaux pour les présidents de commissions. Nous voulons recevoir les ministres et discuter avec eux des textes, comprendre nous-mêmes ces textes avant de les ramener en commission pour étude. Tout cela n’existe pas encore et c’est difficile de travailler dans ces conditions.
 
C’est difficile de travailler dans les conditions où nous avons des empilements de textes que nous sommes obligés de transporter sur la tête, dans nos véhicules ou de les disposer sur nos lits à la maison tout simplement parce que nous n’avons pas de bureaux où les ranger.
 
Les députés n’ont pas d’assistants contrairement à ce que les textes exigent. Les ministres, ils sont une trentaine mais ils ont tous des conseillers et une équipe de plus de cinq personnes à leur service exclusif. Mais que les députés n’aient même pas chacun un seul assistant, c’est inadmissible. Le travail est fait dans des conditions difficiles, c’est sûr que le député sera médiocre et le député ne pourra pas s’occuper de tous ses dossiers. Les gens ont dit que les députés ne font pas leur travail mais le travail du député ce n’est pas pour une seule personne. Il a besoin d’aller faire des enquêtes dans les administrations, d’aller écouter les populations, d’aller sur les sites de conflits, de venir pondre des rapports et aussi de faire des interventions sur les médias. Ce n’est pas évident que le travail soit bien fait. Je crois que c’est un passage obligé que d’aller vers la réforme de l’administration parlementaire. Tout cela fait partie des réformes car la République ne fonctionne pas correctement et l’Exécutif doit aider pour que ça aille mieux.
 
Sur un plan purement politique, les populations vous critiquent beaucoup. Elles trouvent que l’opposition est stérile au Togo. Qu’avez-vous à répondre à cela ?
 
Oui c’est vrai que les populations nous font le reproche souvent que c’est à la veille des élections que nous lançons la bataille autour des réformes, des textes à revoir, des revendications pour la transparence des élections…
 
Il est donc important qu’au lendemain des élections présidentielles, que nous avons d’ailleurs condamnées et à laquelle nous n’avons pas participé, que nous reprenions notre bâton de pèlerin pour actionner les leviers de la discussion et obtenir ce qui est essentiel pour l’organisation des prochaines avant qu’il ne soit trop tard encore. Moi je considère que nous avons eu le courage de déposer une proposition de loi portant réformes constitutionnelles à la veille des élections présidentielles dernières avec l’ADDI.
 
Au lendemain de ces élections, au troisième trimestre de 2015 précisément, nous étions encore les premiers à envoyer un courrier au gouvernement à travers le ministre de l’Administration territoriale, pour demander à ce qu’on nous convoque pour qu’ensemble, nous étudions la feuille de route qui a été élaborée par le comité technique pour l’organisation des élections locales et nous avons été heureux de voir que d’autres nous ont emboîté le pas en envoyant à leur tour des courriers. Alors, il y a besoin qu’il y est une synergie en notre sein, je ne parle plus de seulement l’opposition. Je parle des forces vives de la nation, des forces démocratiques pour que nous puissions obtenir l’essentiel aujourd’hui afin que demain soit plus claire, afin qu’il n’y est pas d’embrouilles demain, afin qu’il n’y est pas de nuages à l’approche des élections. Nous considérons qu’il y a un certain nombre d’actions qui doivent être menées en ce sens, nous considérons qu’il doit y avoir une réflexion profonde sur le sujet.
 
Je crois que c’est la synergie à créer au sein des forces de l’opposition qui pourra lancer la dynamique qui permettra de contraindre le pouvoir à faire les réformes demandées.
 
L’opposition aujourd’hui est incarnée par un chef. Ne croyez-vous pas que c’est une réelle chance étant donné que le pouvoir en place a désormais un interlocuteur valable en face de lui ?
 
Ce n’est pas une question de personne. A chaque étape de la vie de la nation, le pouvoir en place instrumentalise quelque chose qui envenime la situation. Ce qui se passe aujourd’hui fait partie du plan du pouvoir pour envenimer la situation. Lorsque cette affaire a circulé dans les médias, dans l’opinion publique, j’étais le premier à dire que c’était un os qui est jeté aux chiens pour se bagarrer autour. Ne nous demandez pas à nous au CAR, de nous battre ensemble dans la meute sur cet os parce que nous ne sommes pas des chiens. Et donc à partir de ce moment-là, revenons à l’essentiel.
 
Il s’agit d’un mouvement citoyen regroupant toutes les forces vives de cette nation et non un petit groupe de personne. Naturellement, dans ces réformes préconisées, la loi portant statut de chef de file de l’opposition, est une loi essentielle parce qu’elle est la colonne vertébrale de toute la réforme. Cette loi doit être révisée, notamment en son article 2. En ce qui concerne le CAR dans ce débat de statut de chef de file de l’opposition, le président Apévon l’a assez dit.
 
On parle aujourd’hui d’une CENI technique, ce qui est à mon sens une aberration parce que la CENI est une institution de la République et les institutions de la république ont une composition politique. Vous allez aux Etats-Unis, même la commission anticorruption, la plus haute des Etats-Unis, est composée de cinq démocrates et de cinq Républicains.
 
Les institutions sont donc nécessairement politiques. Et donc pour composer ces institutions de manière équitable, que ce soit la Cour constitutionnelle, que ce soit la HAAC, que ce soit la CENI, que ce soit l’Autorité de régulation des marchés publics, il faut que la loi portant statut de l’opposition mette en place une colonne vertébrale qui permet à ce que les choses soient reparties de manière équitable entre le parti au pouvoir et l’opposition. Voilà l’essentiel des recommandations vers lesquelles il faut aller. Je crois qu’il faut que nous allions vers des sujets intelligents. Il faut quitter les sujets polémiques, il faut quitter les pièges que le pouvoir en place nous pose pour nous diviser au sein de l’opposition.
 
L’opposition existe et n’a pas besoin que ce soit le pouvoir qui l’a reconnaisse. Pourquoi c’est le pouvoir que nous combattons qui doit nous reconnaître. Je dis que cette loi est mauvaise. A partir du moment où une loi est mauvaise, inique et scélérate, nous n’avons pas besoin de la reconnaître. Aujourd’hui c’est la question des réformes qui est importante.
 
Interview réalisée par A.G.
 
source : afreepress
 

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