Togo : Kpogan, une plage aux multiples facettes

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Située à 20 km de Lomé (Sud-Est du Togo, en allant vers Aného), Kpogan est une banlieue disposant d’une plage appelée communément Boboloè Kopé. Des activités diverses s’y déroulent. Cependant, certaines mettent à mal l’environnement.

Il est 9 heures le samedi 20 octobre 2018. A la plage de Kpogan, des pêcheurs avec leur filet en main, d’autres préparent leurs bagages constitués pour la plupart des vivres pour se nourrir durant des jours en haute mer. Des maraîchers aussi présents sur la côte arrosent leurs plants.

La pêche est la principale source de revenus de la population riveraine. Elle lui permet de subvenir à ses besoins. « C’est grâce à cette activité que nous survivons. Nous avons des enfants à l’école; avec ça, nous payons leur scolarité, on les nourrit », affirme le pêcheur Assou. Mais cette activité est rythmée par les saisons. En ce moment de l’année, c’est visiblement le bon temps pour les pêcheurs de Boboloè Kopé. « Il y a des saisons, à savoir octobre, novembre et décembre où la mer est calme et ça nous facilite le travail », explique Kouma, un autre pêcheur. Toutefois, craint-il, ce moment propice est en train de céder aux mauvais temps. « A partir du mois de mars, nous allons faire face aux difficultés. Et nous sommes obligés, sinon qu’est-ce que nous allons manger? Pendant ces périodes, nous faisons des jours en mer, voir un mois avant de revenir et quand il pleut, on fait avec. Le vent fait parfois chavirer nos pirogues et on s’en sort souvent grâce au secret du métier », explique Kouma très anxieux.

La population est confrontée aussi à un autre problème. Celui de l’avancée de la mer qui porte un coup à l’écosystème. « Ici sur la côte, nous sommes face à beaucoup de difficultés. Nous souffrons de l’avancée de la mer », se plaint Assou. Pour lui, leurs sorts n’émeuvent pas les autorités. « Le gouvernement ignore notre existence ici. Il y a des machines qui permettent de faire reculer la mer, mais qui le fera pour nous ? Les gens viennent d’ailleurs, de tous les coins de la ville de Lomé pour acheter nos poissons; mais avec ces conditions, comment y parvenir ? Nous sommes obligés d’aller à gauche et à droite pour y arriver. Nous avons besoin de beaucoup de choses », déplore Assou d’un ton furieux.

Boboloè-Kopé n’échappe pas à l’extraction du gravier et du sable marin qui sont d’autres sources de revenus pour la population. Ce qui l’expose davantage à la dégradation de l’environnement. Mais Assou ne semble pas imputer l’avancée de l’océan au commerce du sable et de gravier marins. Pour lui, les causes sont ailleurs. « On interdit d’enlever du sable et du gravier dans la mer, comme quoi c’est ce qui occasionne l’avancée de la mer, alors que c’est faux. Cette activité rapporte aussi à la population », explique-t-il en indexant le 3ème quai construit au Port autonome de Lomé. « Normalement, ils doivent d’abord tenir compte des solutions pour faire avancer la mer en mettant des granites dans la mer avant de construire ce quai ».

Face à cette situation, le pêcheur invite le gouvernement à venir faire le constat. « Si le gouvernement peut venir lui-même, on saura de quoi nous parlons. Nous sommes aussi des Togolais et s’il y a quelque chose qui ne marche pas dans le pays, le Chef de l’Etat, en tant que premier responsable, doit être au courant de la situation et apporter des solutions ». Ce qui n’est pas le cas. Boboloe-Kopé se sent visiblement orphelin. « Même si un jour, la mer nous emporte, ils ne vont pas se plaindre du tout », alerte Assou.

Outre ces situations, la plage de Kpogan souffre cruellement de problèmes d’hygiène. Sur la côte, on défèque, faute de latrines publiques. Les riverains ne disposent de sanitaires dans leurs maisons et se soulagent sur le sable fin au gré des vagues parfois violentes et s’exposent aux maladies.

Cependant, ces différents visages qu’affiche Boboloe-Kopé n’abîment pas totalement son charme. La plage attire toujours des visiteurs. C’est un lieu très prisé de rendez-vous galants, de retrouvailles les week-ends et les jours de fêtes.
 
source : L’Alternative
 

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