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Togo : La politique de l’eau, la TdE et la Mauvaise Gouvernance

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La semaine dernière, une bonne partie de la ville de Tsévié (35 Km de Lomé, la capitale) a été privée d’eau potable pendant plusieurs jours. Avant Tsévié, les habitants de la ville de Kara (420 km au nord de Lomé) ont vécu une situation similaire. Au Togo, l’eau devient une denrée rare en ville comme dans les localités éloignées. Pourtant, le pays dispose d’énormes potentialités.

Le Togo dispose d’abondantes ressources en eau ; lesquelles sont constituées par des eaux de surface que drainent les trois principaux bassins versants (Volta : 47,3%, Mono : 37,5%, Lac Togo : 16 %) et des eaux souterraines renouvelables contenues dans les deux aquifères du socle et du sédimentaire côtier. Le volume total des ressources en eau renouvelable est estimé à environ 19 milliards de mètres cube par an, soit environ 27% des eaux de pluie (de l’ordre des 70 milliards de mètres cube par an). Malgré une grande disponibilité potentielle des ressources en eau, le Togo rencontre des difficultés à mobiliser ces ressources et à satisfaire les besoins essentiels des populations. En 2011, la proportion de la population ayant accès à une source d’eau potable est estimée à 56,1%. Une revue du Plan National du Secteur de l’Eau et l’Assainissement (PANSEA) réalisée en 2014 a montré que le taux de desserte de l’eau potable a augmenté en milieu rural (de 40% en 2010 à 47% en 2013) et en milieu semi-urbain (de 29% en 2010 à 42% en 2013) mais a chuté en milieu urbain (de 44% en 2010 à 40% en 2013). D’année en année, le service se dégrade et l’approvisionnement devient difficile.

Les derniers épisodes en date…

La dernière grande pénurie d’eau potable est intervenue à Tsévié. Pendant, plus d’une semaine, la population de cette partie du Togo a mené une bataille acharnée pour trouver cet élément vital. A certains endroits, c’est pratiquement de la boue qui sort des robinets. Là aussi, privilégiés sont ceux qui arrivent à se procurer cette boue. Ailleurs dans la ville, les fontaines sont devenues sèches. Il faut faire de longues distances pour trouver une pompe qui fait couler une eau sale. Le comble, c’est qu’il faut faire une queue kilométrique et attendre des heures pour se faire servir.

Ceux qui ont les moyens se sont dirigés vers la capitale Lomé pour s’approvisionner (35km de Tsévié). Et cela aussi n’est pas sans risque. « Dans ces aller-retour entre Lomé et Tsévié, tout peut arriver, surtout que la route n’est pas sécurisante, vu les accidents qui s’y passent presque quotidiennement », s’est inquiété un habitant de la ville de Tsévié.

Une situation quasi similaire s’est présentée, il y a quelques jours dans la ville de Kara, la ville fief du pouvoir. Comme l’avait rapporté plusieurs médias, c’était un calvaire. Plusieurs ménages ont été privés d’eau potable. Les quelques rares qui tirent leur épingle du jeu, doivent se réveiller tôt et faire des kilomètres pour espérer revenir à la maison avec la précieuse source de vie. Aux bornes fontaines et dans les maisons de certains quartiers, le constat est bien patent. De longues queues de personnes se forment à la recherche de cette denrée.

Dans la capitale, plusieurs quartiers vivent la même situation quotidiennement. .

Dans tous les cas, la Togolaise des eaux (TDE) parle des pannes intervenues sur son réseau. Un argument qui laisse perplexe. Et pour cause, cette situation se répète chaque année.

La TDE à la barre…

Société d’État créée en 1964, la Régie Nationale des Eaux du Togo (RNET) a changé de dénomination pour s’appeler, aujourd’hui, TDE. Elle a pour mission entre autres de mettre à la disposition du plus grand nombre possible de ménages et d’opérateurs économiques en milieu urbain, une eau de qualité, en quantité suffisante et à moindre coût ; d’assurer l’exploitation des systèmes de production et de distribution d’eau potable qui lui sont confiés ; d’assurer la collecte, le traitement et l’évacuation des eaux usées domestiques dans les agglomérations urbaines où les équipements correspondants existent; d’assurer la surveillance et la maintenance des infrastructures mises à disposition conformément à la législation en vigueur et aux dispositions relatives à la délégation de la gestion des services publics d’eau potable et d’assainissement collectif des eaux usées domestiques en milieux urbain et semi-urbain.

Plus de 50 ans après sa création, la TDE peine à remplir toutes ses missions. En effet, initialement connue sous le nom de la Régie Nationale des Eaux du Togo (RNET), elle a été privatisée au début des années 2000 et a pris le nom : Togolaise des Eaux, TDE. Raison de plus qui devrait lui permettre d’assainir sa gestion pour mieux satisfaire les demandes de ses clients. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

L’actualité de la TDE est souvent rythmée par la mauvaise gestion, des coupures intempestives d’eau et des rationnements interminables de l’électricité, ce qui témoigne d’un malaise profond qui touche ce secteur vital aggravant les conditions de vie des populations et jetant dans la détresse des milliers d’acteurs économiques et autres consommateurs qui dépendent de la disponibilité de l’eau pour mener à bien leurs activités.

La plupart des matériels et équipements datent pour la plupart de l’époque coloniale et sont vétustes et les canalisations sont désuètes. Ainsi, à Lomé comme à l’intérieur du pays, l’eau ne sort que sporadiquement des robinets, ce qui illustre combien la togolaise des eaux éprouve de réelles difficultés pour ce qui concerne la distribution et de desserte. Cette situation très embarrassante affecte véritablement les consommateurs car les coupures n’interviennent qu’au moment où on s’y attend le moins. Dans les localités les plus reculées, les animaux et les populations boivent la même eau.

Dans cette société finalement à l’image de la gouvernance prônée à la tête du pays, les lamentations des clients et magouilles de tous ordres y sont monnaie courante. L’ancien DG Martin Tiléna Koudjima n’a été qu’une épisode dans un long feuilleton de directeurs généraux aux gestions enrhumées. Entre les nominations et promotions fantaisistes couplées d’une gestion approximative des avoirs de la société, leurs passages ont plongé la TDE dans des eaux troubles. Koudjima sera remplacé par Antoine Gbégbéni, qui non plus, n’a pas réussi à redresser la société. Il sera par la suite promu Ministre des eaux dans l’actuel gouvernement.

La politique de l’hydraulique de nom

La question de l’hydraulique villageoise a été hissée en ministère depuis le début des années 2000. Des ministres se sont suivis, le portefeuille a été redéfini relooké relancé mais la situation sur le terrain est toujours restée aussi antique. La preuve nombre d’ONG et associations se sont joints à l’œuvre mais le résultat en 2019/est qu’on meurt d’eau même le village natal du chef de l’Etat. Face à la perplexité du ministère de hydraulique villageoise, des agences spécialisées dans l’appui aux populations vulnérables se sont mis dans ce chantier, mais que nenni. Tsevie le chef lieu de la première région économique du Togo meurt de soif d’eau potable. C’est à se demander si le Togo a jamais eu une politique responsable d’hydraulique ou si ce n’est juste qu’un poste ministériel de décor.

En somme, au vu de la disponibilité des ressources en eau potable et les milliards de financements obtenus consécutivement, aujourd’hui, rien ne s’aurait justifier les carences dont fait preuve la TDE si ce n’est la mauvaise gouvernance.

 
Source : Fraternité No.307 du 20 mars 2019
 

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