« La contrainte te délivre et t’apporte la seule liberté qui compte ». Antoine de SAINT-EXUPERY dans Citadelle, conçoit les privations cruelles, les abus inqualifiables d’autorité, la perversité de la gouvernance comme des pesanteurs corrosives pour l’épanouissement du citoyen dont les souffrances indicibles donnent un grand fouet à la conscience nationale sur le scandale qui ruine la vie du peuple.

La responsabilité individuelle et collective des citoyens face à leur propre projet, à leur existence devient le socle de l’action de légitime-défense pour donner une chance aux valeurs d’intégrer les projections collectives, l’espérance et les rêves auxquels adhèrent les citoyens. La faculté du jugement dont chaque citoyen est gracieusement pourvue devient les jumelles de l’esprit pour anticiper sur l’avenir. Il y a donc des bases indéniables dont les ressorts, bien activés par le supplice de la souffrance, ouvrent aux peuples l’ascenseur de la libération. L’étreinte de l’autoritarisme se desserve dans la puissance du devoir de résistance. Les hommes ne passent jamais toute leur vie à larmoyer sur les méfaits d’un esclavagisme pour s’accommoder, malgré eux, à la spoliation dont ils sont victimes, au gré des manœuvres et des caprices de la délinquance politique.

Les sévices de confinement prédisposent les âmes à l’impératif catégorique de l’action avec des inspirations multiples les plus incisives. Le sort des peuples abusés, spoliés, méprisés ne se confie jamais au hasard. Il se dessine dans la proportion de leur propre conscience, dans la solidarité de l’action et dans l’âpreté de leur combat à tracer de nouveaux sillons pour grandir dans les petits bonheurs de leur connaissance. La croissance de la vérité et l’histoire assumée dans l’urgence et dans la décision constituent le point de départ pour briser les embrigadements monstrueux. Ce choix de dignité au cachot des brûlures est la seule voie vers l’élévation.

L’envergure actuelle de la crise togolaise redynamise la conscience pour l’action. Qu’il s’agisse du clergé catholique, de l’Eglise méthodiste, des évangéliques, du Conseil des Imans du Togo, des jeunes cadres musulmans, des Organisations de défense des droits de l’Homme, de la grande majorité de la société civile, de la diaspora, des partis politiques en Coalition comme la C14, il y a un surgissement d’une autre phase de la lutte politique ressentie à l’engagement collectif synchronisé.

La clairvoyance populaire n’a-t-elle pas tôt fait de répéter aux médiateurs de la CEDEAO, aux représentations diplomatiques que la résolution de la longue crise togolaise ne se trouve nullement dans l’organisation des consultations électorales ?

Après la nomination fantaisiste des députés pour un habillage d’une Assemblée de dégoût, le cran de l’adversité populaire n’a-t-il pas flambé pour ankyloser une fausse normalité des institutions ?

Si les Togolais ne peuvent pas renoncer à leurs droits de vivre décemment des ressources de leur terre et à leur libération, que leur reste-t-il à accomplir pour se réaliser et s’inscrire dans la normalité de la marche du monde ?

1) Collégialité et densité de l’acte citoyen

L’esprit de vérité et du droit est ce qui rassemble les peuples. Il y a une représentation de la République chez les citoyens qui ne supportent pas les traficotages, les effractions de l’autorité, l’escroquerie, le vol, la corruption en ce que l’exemplarité est le gage de sécurité de la gouvernance. Que peuvent gérer les hommes sans éthique, sans probité, sans devoir de rendre compte, sans morale et sans humanité ?

Malheureusement, notre République en vrac n’est qu’un cumul d’horreurs, de brigandages, de viols qui élève réprobation et fronde de la conscience du peuple. Comme idiotement au fil de l’histoire, la bêtise se succède sans répit dans le traficotage et l’usurpation. La sentence populaire sur les affaires publiques se durcit en réprobation. Le scandale d’une parodie électorale qui a parachuté de sa bouffonnerie singulière un conglomérat d’opportunistes de pacotille à l’hémicycle pour un podium national tronqué est une provocation de notre peuple, résolu à la noblesse de la justice.
La conscience se forge dans le combat contre l’imposture, le mépris et toutes les ordures de la déchéance de l’homme. C’est pourquoi, aujourd’hui explose dans l’âme de notre peuple la légitimité-défense, la Résistance patriotique contre l’imposture qui viole la voix, détourne le suffrage du citoyen. La Conférence des Evêques du Togo, l’Eglise protestante, les Evangéliques, le Conseil des Imans, la société civile sont au confluent de la puissance civile contre le gangstérisme étatique.

Aucune institution ne peut prétendre légiférer contre tout un peuple et sans ce peuple. C’est pour cette réalité que dans Du Contrat social, Rousseau insiste sur la « religion civile », c’est-à-dire, le fonctionnement des lois que les citoyens acceptent et auxquelles ils obéissent non par contrainte qui, du reste, est inefficace mais par la foi, parce qu’elles servent réellement la cause nationale et aux valeurs auxquelles adhèrent massivement les citoyens.

On voit bien que le choc d’une Assemblée fantoche, falsifiée dans un habillage grotesque est le traquenard qui ankylose l’évolution des institutions, parce que la conscience collective, chauffée à blanc, se dresse contre les bassesses électorales. Le visage antique de la République ne correspond plus à la modernité que l’insurrection de l’âme de notre peuple n’est qu’une réclamation de la justice et de l’équité qui sont les bases élémentaires de la fonctionnalité républicaine.

Des anomalies conceptuelles à la rapine électorale, des razzias administratives au vol des suffrages des citoyens, la gouvernance ne s’éloigne jamais de crimes fonctionnels de sa piteuse histoire qui donne un coup de gong à la conscience nationale; d’où, l’urgence de la décision de tout un peuple pour sortir du gouffre médiéval imposé à la République. L’espace de déférence et de référence pour l’autorité devenu inexistant, la nausée en république est le véritable motif d’un nouveau cran de responsabilité citoyenne.

A proportion de l’étouffement, s’élève la nécessité de l’action fortement unitaire et synchronisée du citoyen. « Ce qui est nécessaire n’est jamais ridicule », nous enseigne le Cardinal de Retz, dans Mémoires. C’est la nature de la misère spirituelle des gouvernants qui secrète l’engagement décisif et moral des populations.

Toutes les Républiques dont les administrateurs n’ont que des faussetés enfantent la radicalité méritée pour une propreté inévitable des institutions. Les Togolais ont le droit au bonheur, à la quiétude, à la paix civile, à la concorde nationale, à la jouissance partagée des ressources dont la terre natale est si bien pourvue. Nos hôpitaux, nos écoles, nos écoles, l’état de nos villages, de nos préfectures, de nos villes étale sous nos yeux le drame d’une confiscation criminelle de nos avoirs, de nos ressources et du pouvoir d’Etat. Le Togo n’est pas un pays en guerre, mais nos réalités sociales sont pires, sinon analogues à celles des zones de guerre.

Aujourd’hui, même ceux qui n’ont fait que prier pour une nouvelle ère démocratique dans notre pays, c’est-à-dire, les hommes de Dieu appellent, sans distinction, à l’action, à la Résistance populaire et se joignent à la puissance souveraine du citoyen pour impulser un renouveau au combat de libération porté par nos leaders de la Société civile et de l’Opposition en coalition.

2) La force de la résistance

Quand le souffle de l’épanouissement est guillotiné, quand il est dans les serres des prédateurs, quand l’asphyxie prive les collectivités de l’oxygénation de croissance, le sursaut du vouloir-vivre est le recours existentiel pour sortir du tunnel. Ce bondissement humain peut être sous-estimé par les sadiques, mais il est l’étincelle qui provoque le brasier des tyrans pour peu qu’il soit l’ancre massive où amarre la dynamique de survie du groupe.

L’appel du 18 Juin 1942 de Charles de GAULLE était bien méprisé par les forces d’occupation, parce qu’il apparaissait comme l’insignifiant acte de signalisation d’un soldat dépité par les chrysanthèmes d’une République perdue. N’oublions jamais les circonstances de la guerre d’Algérie contre l’invasion militaire et les forces d’exploitation coloniales autant que le Vietnam contre le rouleau compresseur de la rayonnante première puissance mondiale. Un pays continent comme l’Inde a été extrait des griffes britanniques par l’initiative spectaculaire de la non-violence de Mahatma GANDHI, village par village, canton par canton, district par district, dans une incroyable procession qui diffusait la désobéissance civile et la non-coopération avec les forces de domination. Les Indiens ont adhéré massivement aux armes de la Libération de Gandhi. Les gros bataillons de résistance finissent par user l’usurpateur.

Le secret de la victoire par la résistance réside dans le feu moral de l’adversité et dans la conscience d’une dignité à recouvrer pour sortir de la déshumanisation. C’est l’imaginaire fortifié de ceux qui sont abusés, spoliés, méprisés qui leur donne la puissance à transcender les écueils, les aspérités du combat et des moments de défaite. Aucune résistance, quelle qu’elle soit, n’est jamais une évolution linéaire. Elle, de ses batailles perdues, doit solidement en faire des passerelles pour aller vers d’autres étapes qui plantent des greffons à la lutte, dans la générosité de l’intelligence, dans le don de soi pour une autre dimension de la résistance.

La force intérieure des combattants est leur puissance d’élévation à la dignité de leurs actions. L’intime conviction sur la noblesse de la cause que l’on défend commande l’action qui échappe à l’étreinte du tyran. La force intérieure est une puissance invisible qui ordonne les actes de bravoure contre les institutions de la criminalité. Nous devons saisir, à cet effet, le sens que revêt cette phrase de Jean-Paul SARTRE, dans Les Mouches : « Lorsque nous délibérons, les jeux sont faits ».

Le devoir de résistance est un droit d’user de la légitime-défense. Il est un droit naturel, inaliénable qui revêt en plus un caractère hautement moral en ce qu’un homme, une cité entière ne peut s’abandonner à la cabane de la soumission et voir toute une vie passer à côté de toutes les jouissances les plus intimes, les plus méritées et les plus élémentaires. Le projet de tout un peuple ne peut pas être ôté par l’emprise d’une minorité.

Aucune histoire ne s’écrit dans une connivence d’abîme de sa propre vie. La souverainement décision des togolais de triompher par l’effort de résistance pour mériter la dignité de vivre est le seul moyen d’être maîtres de leur destin.

Le droit à la résistance n’est pas une chimère au Togo. Il intègre la citoyenneté et l’article 150 de la Constitution qui est la nôtre. La société civile s’enfle d’une Espérance à nous conduire pour que nous assumions entièrement notre devoir de résistance. Il se densifie par une avalanche de mobilisation citoyenne à laquelle nous répondons massivement au risque de ressentir en notre for intérieur une culpabilité inexpiable.
 
source : L’Alternative
 

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