Togo : Le mauvais « Combat » de Pius Agbetomey


Pius_Agbetomey


Le mot « combat » ici s’entend dans tous les sens du terme, au propre comme au figuré. Combat comme une paperasse « périmée » et en perte de notoriété dans laquelle le nouveau ministre de la Justice Pius Agbétomey a choisi de livrer bataille (combat) contre les journalistes. Un combat perdu d’avance. Il aurait pu choisir un canard mieux loti pour se défendre. Hélas ! Qui se ressemble s’assemble.
 
Le moins qu’on puisse dire c’est que Pius Agbétomey n’a pas du tout apprécié les critiques à son endroit après que le directeur de La Chaîne du Futur (LCF) et celui du quotidien privé « Liberté » ont été convoqués et auditionnés au Service de Renseignement et d’investigation (SRI) sur le documentaire intitulé : « L’enfer, c’est la prison civile de Lomé ».
 
Pius Agbétomey qu’on barde de toutes les qualités et qualificatifs n’a pas aimé que les conditions exécrables dans lesquelles vivent les détenus à la prison civile de Lomé soient mises au grand jour. Venant de quelqu’un qu’on dit homme de Dieu, il y a de quoi être étonné. Il a tenté de museler les journalistes indépendants en se rabattant sur la police politique du régime, le SRI. Mal lui en a pris.
 
Le ministre a décidé de répliquer par médias interposés. Et c’est au « Combat contre le peuple » qu’est revenu le déshonneur de jouer le mauvais rôle en s’attaquant durement à ses confrères au mépris des régles de confraternité qui régissent la profession. D’ailleurs, il n’a jamais respecté les autres journalistes qu’il a tendance à regarder de haut. Le ministre, lui, est dépeint comme Dieu en personne, sans aucun défaut.
 
On s’attendait à ce que Pius Agbétomey attaque les journalistes sur le fond du film, à savoir que les images révélées étaient loin de la réalité. Mais il a décidé de contourner le débat en estimant que si un documentaire devrait être tourné à la prison civile de Lomé, les journalistes devraient requérir son autorisation. Pour sa gouverne, on l’informe que le documentaire a été réalisé et c’est bien précisé dans le film, en 2013. On ne pense pas qu’en ce moment, il avait songé qu’il deviendrait un jour ministre. C’est d’ailleurs très curieux qu’en sa qualité d’Inspecteur général de l’administration pénitentiaire et des services judiciaires à l’époque, le très compétent Pius Agbétomey, ne sache pas les traitements inhumains qu’on infligeait aux détenus alors qu’il ne se passait une semaine sans que la presse ne révèle les morts dans ce bagne ? Que faisait-il alors ?
 
Pour le ministre, les journalistes qui le critiquent « mettent en place leur propre limite ». « Comment peut-on imaginer un seul instant qu’un ministre de la Justice se déplace personnellement pour exiger de la Gendarmerie la convocation des journalistes alors qu’il a à sa disposition toute une panoplie de moyens pour obtenir ce qu’il veut. Je ne comprends pas qu’il existe dans notre pays des journalistes qui font preuve d’une telle ignorance. C’est triste », darde-t-il. Et pourtant l’hyper compétent ministre n’a pas hésité à appeler à la rescousse les services de renseignement pour interroger les journalistes même s’il tente de nier l’évidence. A moins qu’il nous dise clairement celui qui a intimé l’ordre aux agents du SRI de convoquer les journalistes dans leurs locaux.
 
Après l’énorme gaffe, on tente de se racheter en revenant vers l’autorité habilitée à traiter des questions des journalistes, c’est-à-dire la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) qui a convié Zeus Aziadouvo et Luc Abaki pour échanger avec eux aujourd’hui à 11h 30 sur le documentaire d’une part et sur l’article publié par le journal dans sa parution du mercredi 19 août 2015.
 
Le ministre doit savoir que le zèle n’a jamais payé au Togo. Il ferait mieux de tempérer ses ardeurs dans ce cercle mafieux au risque de se brûler les ailes comme tous ceux qui l’ont précédé et ont emprunté cette voie abrupte et glissante…
 
Source : [26/08/2015] Liberté, vidéo : Togovisions : 27avril.com
 

 

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