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Togo : Les averses de la délinquance sous lesquelles se noie la gouvernance en Afrique

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« La vraie richesse de l’homme est dans son cœur. C’est dans son cœur qu’il est le roi du monde. Vivre n’exige pas la possession de tant de choses ». Dans Les vraies richesses, Jean GIONO célèbre le capital d’amour en tant que puissance qui conduit les hommes vers la réussite. Tout le secret de la vie réside dans l’Amour. Dans nos choix, nos engagements, nos entreprises, nos options où dépérit l’amour, tout se ravine, se contracte, s’effiloche, tout s’étiole et le sens de notre vision bascule dans toutes les pourritures terrestres ou nous fait cramponner sur du remplissage insipide et sans sonorités de grandeur.
Pour faire de grandes choses dans le sens de la responsabilité et de l’exploit, la raison ne suffit pas ; il faut y adjoindre le cœur. Quand le cœur est à la tâche, on va loin autant qu’on peut. Notre rationalité flambe dès que le cœur lui donne un fouet. Le fardeau de la vie s’écrit en une absence d’amour. Le cœur est une folie heureuse lorsqu’il s’écrit dans la sagesse de la raison.
A voir le degré de responsabilité de nos gouvernants face à la déliquescence de nos structures, de nos infrastructures par opposition aux escapades, à la folie des grandeurs, à la corruption et aux effractions dont ils s’autorisent, certains jusqu’aux crimes de masse et à la guerre civile, on peut bien s’interroger sur ce qui bat dans leur cage thoracique et la fierté de l’utilité du service qu’ils rendent.
L’intelligence humaine ne peut créer des valeurs qu’à la seule condition qu’elle se double de vertu, un supplément affectif, moral, éthique, un cœur qui fait l’humanité. Les pays d’Afrique pataugent dans la mare aux crimes parce que le sens de l’Etat n’habite pas la plupart de ceux qui font office de gouvernants. Ils ne sont pas trop souvent d’une grande âme, surtout ceux qui sont aux antipodes de l’alternance démocratique. Ils accumulent des scandales de tout genre sans un frisson de bonne foi.
L’expérience togolaise est d’un éclat de médiocrités troublantes qui ne saurait déguiser notre perception du terrorisme d’Etat, des crimes imprescriptibles, des effractions autoritaires, des alibis débiles, de la licence comportementale, d’achat de consciences,, de la corruption active et de tous les lots de représailles et des sévices distribués aux boucs-émissaires par une terreur dynastique.
Que peuvent-ils offrir à leurs peuples s’ils sont incapables de les aimer, de verser des larmes au fond de leurs cœurs et de choisir de petits bonheurs qui les soulagent quotidiennement en construisant l’avenir ?
Les dignitaires des régimes d’Afrique qui courent après la fortune et qui sont dans la vallée de la délinquance avec des comptes offshores ont-ils encore un cœur à leur responsabilité ?
1) De la pauvreté de l’esprit au pouvoir absolu
Tout part de l’esprit et tout revient à l’esprit. Même si vous voulez faire le bien, il faut avoir assez d’esprit pour bien le faire. Tout esprit qui n’intègre pas solidement dans son armature et dans son auto-éducation de grandes notions de mérite, de justice, d’éthique, se consume inexorablement dans toutes les formes d’exercice auxquelles il se livre. Les valeurs ne peuvent soudainement tomber dans des âmes ravinées d’ignorance, de petitesses et d’une vision craquelée de l’avenir où la notion de service public est vide.
La première vermine de l’esprit de la gouvernance sous les tropiques, c’est le rêve de vivre le privilège d’un empire où l’enjeu principal du règne est l’éternité. A vouloir tenir fermement le siège sur lequel on est assis avec la hantise de ne pas se laisser renverser, aucune des deux mains n’est proprement libérée pour se mettre à une tâche de noblesse, de grandeur pour son peuple.
Ainsi, l’esprit vite se corrompt dans une paranoïa à peine dissimulée dont l’issue de secours semble demeurer dans des grilles fortifiées de sécurité personnelle qui absorbent les roitelets d’Afrique au détriment du minimum exigible de construction des structures sociales, des infrastructures qui posent les bases du service public. Le repli dans la question sécuritaire phagocyte l’investissement et jette le prince dans une spirale fangeuse de dévotion réseaux qui se permettent tout, dans des excès au nom du bouclier de sécurité dont ils croient entretenir la pérennité à la faveur d’un règne. La prédation des ressources nationales est foncièrement au cœur de ces réseaux et de ce cercle de proximité dont le pouvoir se sert pour museler les velléités de contestation, corrompre les forces de résistance qui échappent à la répression, à la liquidation aveugle. C’est ce conglomérat de gens que Faure Gnassingbé appelle la « minorité » qui accapare les richesses nationales. Elle est sous le parapluie atomique du prince qui a peur de se scier la branche sur laquelle il est haut perché.
La phobie des contre-pouvoirs comme les groupes de pression, les syndicats, les organisations de défense des Droits humains, le clergé et l’opposition enfle dans les palais princiers. Elle conduit aux actes inhumains avec des alibis d’une intelligence de passoire, dans une dentelle de remparts crûment rafistolés à leur esprit fétide qui renversent de honte tous ceux qui appartiennent au monde de la Civilisation. La raison détraquée s’empare du pouvoir pour une longue folie à rêver l’éternité. ALAIN dans Le Politique a vu juste lorsqu’il écrit: « Tout pouvoir sans contrôle rend fou ».
La deuxième vermine de la gouvernance, c’est la déformation de la justice ou l’effraction judiciaire et des lois dont s’autorisent la «Volonté de puissance» d’un prince malade du pouvoir. Le faux est toujours couvert de combinaisons plurielles qui laissent apparaitre les déchets des crapules qui s’évertuent maladroitement à se donner un couvert de légalité. Sous des prétextes abrupts de toilettage des textes fondateurs de la République, tous les viols et tous les crimes imprescriptibles sont commis pourvu qu’ils servent à la conservation du pouvoir d’Etat
Or, les effractions et les rapines princières guillotinent tout soupçon de légitimité et installent en République le gros malaise où aucun citoyen de dignité patriotique ne se sent plus concerné par l’ordre descendant ou vertical. Une sorte de non-coopération et de boycott insidieux s’étale sur la République, renversée dans ses mœurs, dans sa dynamique, dans sa marche vers le progrès. Le hiatus consommé entre le sommet et la base appelle à la défense de la légitimité qui est d’une puissance populaire. Le conflit et l’insurrection s’installent et pourrissent le pouvoir qui n’a plus de force à remorquer l’adhésion populaire à sa cause.
L’espérance collective se cramponne sur les principes démocratiques et les libertés. Pendant ce temps, les filaments de projets sociaux s’effilochent, les infrastructures rares et à peine sectorielles s’usent et disparaissent. Seuls les moyens de la répression sont réchauffés d’un levain d’investissement, parce qu’il faut tenir à distance un peuple qui prend conscience de lui-même, de sa force d’action. La fragilité des potentats est qu’ils vivent la peur au ventre et ne font confiance à personne. Ils se préoccupent plus de leur avenir que de leur présent ; ce qui motive leur razzia des ressources du pays.
2) Les grands commerçants du pouvoir
Les grands commerçants du pouvoir en Afrique n’ont qu’une obsession : la plus-value…Pour atteindre cet objectif, ils s’évertuent à instaurer le terrorisme d’Etat pour éloigner la population de ce qui la concerne : les richesses du pays. La force brute est le seul moyen de la piraterie des régies financières, des sociétés d’Etat, du trésor public. La course à la fortune illicite est au cœur de toutes les dictatures, parce qu’elles échappent à l’impératif du contrôle. Elles sont postiches, corrompues, et les contre-pouvoirs méprisés ou décapités n’ont plus d’exigence de compte-rendu au peuple. L’opacité est le principe d’évolution des dictatures et la licence est le seul moyen de leur protection, c’est-a-dire, le terrorisme d’Etat.
La constitution togolaise en vigueur a inscrit dans ses lignes la déclaration des biens des candidats à la présidentielle. A trois reprises, l’héritier du trône se soustrait à cette disposition. Sous son règne, les sociétés d’Etat de gestion lugubre mises en faillite ont été débaptisées, rebaptisées pour une régénérescence sans audit, sans compte-rendu à la Nation. L’O.T.P, la SOTOCO, l’actuelle SAFER…sont de l’ordre irréfutable d’une déconstruction du trésor togolais autant que nos banques nationales, la BTCI, l’UTB.
Cette ponction organisée qui engraisse la fameuse « minorité fauriste » héritée et aggravée dans ses rapines se révèle encore dans les énormités des avoirs de Patrice Yao KANEKATOUA qui se cache derrière le compte secret « 33863KY » à la Banque Suisse, dévoilé par les journalistes d’investigation.
Dans notre pays où l’avidité du gain demeure l’aiguillon de la dynastie cinquantenaire, nous ne sommes pas surpris outre mesure de voir comment dans Les Panama Papers, les dignitaires écument les ressources nationales pour les placer dans les paradis fiscaux. Ils prennent l’argent du pays, vendent nos sociétés d’Etat, les rachètent par des actions et s’associent avec une certaine légion étrangère pour orchestrer la ponction lombaire de notre pays. Ils enrichissent les banques étrangères qui injectent l’argent de nos pauvres pays dans les opportunités économiques pour le fructifier. Bien souvent, l’argent volé revient comme des prêts à fort taux en Afrique pour clouer nos pays au service de la dette, pendant que partout, il nous manque des hôpitaux, des écoles, des commodités existentielles comme l’eau potable, l’éclairage…
La délinquance vampirique de nos dignitaires est la grande faiblesse de notre continent. Il suffit d’imaginer tout le trésor que la famille GNASSINGBE et son cercle de prédateurs impénitents ont amasse en cinquante-un ans, plus d’un demi-siècle pour se convaincre que si nous arrivons à rassembler l’argent et les ressources pillées par nos propres gouvernants sur cinquante ans-MOBUTU, HOUPHOUET, BIYA, DOS SANTOS, BONGO, ABACHA, SASSOU, TAYLOR, Theodoro N’GUEMA, BOZIZE, DEBY, HABRE, Ben ALI, KADDHAFI, COMPAORE, Faure GNASSINGBE, Ali BONGO…- nous n’aurions aucune peine à financer le développement sur nos fonds propres.
Dans les pourritures politiques de nos gouvernants, la pauvreté de leur esprit est la source d’indigence de notre continent. La pénombre conceptuelle du pouvoir les rapetisse au point que l’éthique, la morale, la vertu, les valeurs et le discernement pour un idéal à construire pour le peuple n’effleurent jamais leur esprit. La vie doit servir à construire la vie. Nous comprenons toute la dimension de la pensée de LAMARTINE dans ses Premières méditations poétiques : « L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive, il coule et nous passons »
 
Source : L’Alternance No.706 du 29 mai 2018
 

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