Togo : l’indépendance du Togo / deux commémorations séparées. D’un côté, la commémoration organisée par le parti au pouvoir et, de l’autre, organisée par l’ANC et ses amis de CAP 2015


Mercredi 27 avril 2016, les Togolais commémoreront le 56 ème anniversaire de l’accession de leur pays à la souveraineté internationale. Comme cela se fait depuis le rétablissement de cette célébration en 1991 sous la pression populaire, il y aura encore cette année, deux commémorations séparées. D’un côté, la commémoration officielle organisée par le gouvernement et le parti au pouvoir, présidée par le Chef de l’Etat et, de l’autre, la commémoration non officielle organisée par l’ANC et ses amis de CAP 2015, présidée par le Chef de file de l’Opposition officielle.
 
photo d'archive utilisée pour illustrer
photo d’archive utilisée pour illustrer


Deux célébrations antagonistes d’un même événement auquel tous les Togolais, sans distinction, accordent la même signification et la même symbolique, peut surprendre à première vue. Mais, en réalité, ce triste spectacle n’est que le reflet fidèle du Togo d’aujourd’hui après les 38 ans de dictature Eyadéma et les 11 ans de règne du « fils du père » qui aura réussi à restaurer un système de parti unique de fait sous une forme plus insidieuse, plus pernicieuse et plus dévastatrice dans ses effets pour l’avenir du Togo.
 
Naguère fête populaire au cours de laquelle les Togolais pouvaient exprimer leur fierté d’appartenir à une communauté nationale, le 27 Avril est devenu un simple jour férié où les écoliers et les fonctionnaires sont contents de rester à la maison. L’hymne national précédant les interventions radio ou télé du Président de la République, la veille de cette commémoration, ne fait plus aucun effet sur aucun Togolais. Le seul endroit au Togo où l’hymne national fait encore vibrer les coeurs des Togolais, c’est le Stade de Kégué à l’occasion des matches internationaux de football. La fibre patriotique que véhiculait dans le temps, la date du 27 Avril a disparu chez la plupart des Togolais au profit d’une indifférence totale.
 
Cette désaffection apparente des Togolais pour la patrie n’est pas le fait du hasard.
 
Elle est le résultat d’une entreprise politique d’endormissement des peuples, minutieusement planifiée et entretenue par des stratèges de hauts rangs depuis l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir. Cette « mise en léthargie » des consciences populaires pour les grandes causes nationales est aujourd’hui l‘atout majeur du « fils du père » pour la conservation de l’hégémonie familiale sur l’ensemble du pays. Des politiques aux simples citoyens lambda, tout le monde semble avoir baissé les bras.
 
Tous les observateurs politiques sont aujourd’hui unanimes à reconnaître l’absence totale au Togo, d’une véritable Opposition, défenderesse de grandes causes nationales et porteuse d’une alternative politique crédible. Dans un tel contexte de carence, le refus d’aller présenter des voeux de nouvel an au Chef de l’Etat ou de se retrouver aux côtés de ce dernier pour la célébration de la fête nationale apparaît comme des actes politiques secondaires. La vraie réalité est celle d’une Opposition agonisante qui symbolise de moins en moins la légitimité populaire.
 
Comme cela se passe souvent dans de pareilles circonstances, les mesquins petits calculs électoralistes prennent le pas sur les propositions de solutions aux grands problèmes d’aujourd’hui qui compromettent dangereusement l’avenir du Togo en tant que nation. Les Togolais sont inquiets pour leur vie quotidienne et s’interrogent sur leur avenir. Tétanisé par le lourd passif hérité de son défunt père et un instinct surdimensionné de conservation du pouvoir, le régime de Faure Gnassingbé semble en rupture récurrente de légitimité populaire. L’Opposition incarne de moins en moins l’espoir parce qu’elle ne semble pas en mesure d’apporter des réponses crédibles aux interrogations des Togolais.
 
Quel type de démocratie conviendrait-il d’instaurer au Togo pour barrer la route à la pérennisation d’un clan familial à la tête du pays où la transmission du pouvoir d’Etat se ferait par voie dynastique ? Tout le monde est conscient du fait que si des élections totalement libres, démocratiques et transparentes étaient organisées au Togo, Faure Gnassingbé n’aurait eu aucune chance de succéder à son défunt père en 2005.
 
« Mon père m’a dit : si vous laissez le pouvoir, vous ne le retrouverez plus jamais », affirmait Faure Gnassingbé en 2005. Du coup, comme sous le règne de son défunt père, l’instinct de conservation du pouvoir prend constamment le pas sur son exercice au profit des populations togolaises. Quelle proposition innovante fait l’Opposition pour l’organisation d’élections véritablement dignes de ce nom au Togo ?
 
Dans un autre ordre d’idée, l’accaparement des richesses nationales par une petite minorité constaté et dénoncé par Faure Gnassingbé lui-même constitue l’une des constantes des régimes du père et du fils depuis un demi-siècle. La question d’une répartition plus juste des richesses nationales doit être vue sous l’angle de la question plus générale de la bonne gouvernance passant par une plus grande justice sociale, la lutte contre les fléaux que sont l’impunité, la corruption, les évasions fiscales, les détournements de fonds publics, l’enrichissement illicite des gouvernants, etc. … La question de la bonne gouvernance doit être érigée en une cause nationale autour de laquelle l’Opposition doit pouvoir mobiliser les Togolais de l’intérieur et de l’extérieur ainsi que les partenaires extérieurs de notre pays. Il en est de même d’autres questions d’intérêt national telles que l’agriculture, le chômage des jeunes, la formation, la santé, etc. ….
 
Tous les ans, les députés de l’Opposition votent contre le budget présenté par le gouvernement. On ne peut les en blâmer. Dans un pays comme le Togo où le rôle économique de l’Etat est plus que prépondérant, le budget doit être considéré comme un véritable instrument de développement économique et social.
 
Plus qu’une simple attitude de contestation de principe et de pure forme, l’Opposition doit pouvoir se distinguer par ses propositions alternatives innovantes. A titre d’exemple, l’organisation de conférences budgétaires réunissant autour du gouvernement, des partenaires sociaux et des économistes pour débattre des grandes orientations et des priorités préalablement à l’élaboration du budget serait une proposition dont la mise en oeuvre obligerait le gouvernement à présenter un budget qui tienne plus compte des impératifs de développement que des exigences de remboursement de la dette extérieure.
 
La question de l’endettement du pays constitue une autre question nationale sur laquelle l’Opposition doit pouvoir se faire entendre et marquer sa différence. Depuis l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé, tout le pays semble en chantier. L’honnêteté intellectuelle et politique commande de reconnaître que ces travaux d’infrastructures ont transformé complètement le visage de certains quartiers de Lomé et de certaines villes de l’intérieur du pays.
 
Pour autant, ce qui se passe aujourd’hui n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé dans les années 70 avec la « Politique des grands travaux » de feu Eyadéma. Cette politique avait généré les « Eléphants blancs » qui ont fini par conduire le pays à la banqueroute ouvrant la voie au premier plan d’ajustement structurel du début des années 80 dont les effets continuent encore à ce jour, à polluer la vie nationale. Les « grands travaux » d’Eyadéma avaient contribué à endetter et appauvrir durablement le Togo et empêcher son développement.
 
Au même moment, les tenants du régime et leurs proches avaient amassé des centaines de milliards en commissions occultes qui leur ont permis par la suite de racheter à vils prix, les « éléphants blancs » et de faire de juteux investissements et placements dans des paradis fiscaux et dans des pays politiquement et économiquement plus sûrs et de continuer à jouir paisiblement des fruits de leurs forfaitures contre l’intérêt national. Comme hier, les mêmes causes ne risquent-elles pas de causer les mêmes effets demain ?
 
Voilà autant de sujets et de débats que l’Opposition se doit de porter sur la place publique tout en étant porteuse de solutions alternatives susceptibles de répondre aux interrogations des Togolais et de les rassurer sur l’avenir. Transformer les forces démocratiques en une véritable force alternative crédible au pouvoir aujourd’hui incarné par Faure Gnassingbé, voilà le vrai défi à relever. A défaut d’un réel repositionnement stratégique en vue de la conquête de l’opinion et du pouvoir, l’Opposition risque d’être totalement laminée aux prochaines élections législatives de 2018, ouvrant ainsi un vaste boulevard devant Faure Gnassingbé dont la réélection en 2020 ne serait qu’une simple formalité même, sans fraudes.
 
source : L’Alternative




 

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