Le Togo des « Maçons »


maconnique


Ils ont pris d’assaut la République. Le cabinet présidentiel, les réseaux économiques, l’armée, les milieux culturels et intellectuels, les francs-maçons ne laissent rien passer. Leur méthode, envahir et imposer les leurs. Depuis l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé en 2005, même si le chef de l’État esquive les loges, il est devenu presque un prisonnier de la confrérie. Avec de nouveaux labyrinthes d’influence au sommet de l’État. Vives les « Frères », bonjour les Maçons!
 
Ancien ministre de la communication du Togo, Pitang Tchalla en a fait les frais. Alors que l’ex cacique du régime a résisté à toute tentative d’emballement par la confrérie, il en sent les coups. « Il joue le catho dur, il est libre » confie un Maître de loge à AfrikaExpress alors que ce dernier sait mieux que quiconque depuis quelques années, « être libre au Togo, c’est être maçon » comme il s’amusera à le dire quelques instants plus tard. Si en Occident, la confrérie est un immense réseau de promotion social et d’actions humanistes et humanitaires, en Afrique, comme il n’y a pas de mythes sans mystères, le volet cabalistique a vite pris le dessus. La culture du secret, le développement de la fraternité et l’esprit de réseau qui anime la franc-maçonnerie en ont vite fait une mafia d’État qui impose, à travers des canaux qu’il installe progressivement, ses désidératas. Le secteur bancaire, les compagnies aériennes, les grandes sociétés d’État et même l’informel en général…, il n’y a plus de monde d’influence à Lomé qui ne soit sous contrôle maçon. Si les pressions de Denis Sassou Nguesso n’ont pas suffi à Faure Gnassingbé pour faire son entrée en loge, le président togolais n’a pas pour autant échappé à la confrérie. Impossible de réussir sans être « Frère » au Togo ? Et l’entourage immédiat du chef de l’État est plus que miné par des « frères » si peu fraternels.
 
Président résistant, « logistes » actifs…
 
2012. Jeune Afrique publie un article qui cite plusieurs chefs d’État francs-maçons en Afrique francophone. Le nom du président togolais y figure. Par erreur, reconnaitra plus tard un cadre de la rédaction de l’hebdomadaire panafricain. Panique à Lomé II. Faure Gnassingbé s’entretient personnellement avec Tarcsicio Cardinal Bertone, Secrétaire d’État du Vatican pour le rassurer. Benoît XVI, dans la foulée de son arrivée au pouvoir avait publié une note insistant sur « l’incompatibilité entre la foi catholique et l’appartenance aux loges…» . Depuis de nombreuses années, le Vatican influence l’adhésion de ses pions stratégiques à la confrérie. Même si plusieurs prélats en sont membres, leur promotion au sein de l’Église connaît un cinglant coup dès lors que leur appartenance est connue. Plusieurs Évêques de grandes capitales, susceptibles d’être cardinaux sont restés bloqués à l’épiscopat à cause de leurs liens réels et/ou supposés avec des loges. Faure a vite rassuré le Saint Siège et l’incident est clos. Le président togolais tient beaucoup à sa relation privilégiée avec l’Église catholique. Non seulement, malade, le président togolais bénéficie de soins de médecins proches du Vatican mais, Faure Gnassingbé a toujours su compter sur le soutien du Saint Siège pour l’image internationale de son régime et son ouverture sur le monde.
 
En 2013, les « Frères » organisent une grande rencontre à Pya, 450 Km de Lomé, dans le fief politique du régime togolais. Le président du Congo, Nguesso, grand Maître y prend part et Faure fait office d’hôte. Les rumeurs sur son entrée en loge refont surface mais jusqu’à ce jour, le président togolais n’est pas membre mais tolère aujourd’hui plus qu’hier la maçonnerie. Il est sous l’influence de plusieurs chefs d’État de la sous-région dont notamment Alassane Dramane Ouattara (Côte d’Ivoire), Blaise Compaoré (Burkina Faso) mais aussi de Guillaume Soro, son ami et président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire de même que Goodluck Jonathan (Nigeria) tous maçons. Si Yayi Boni (Bénin), à cause de la forte influence évangélique sur son régime résiste aussi, en Afrique centrale, le réseau maçon est apparu comme une protection pour les chefs d’Etat. Joseph Kabila (RDC), Sassou Nguesso (Congo), Teodoro Obiang-Nguéma (Guinée Équatoriale), Ali Bongo (Gabon), tous sont des grands Maîtres de leurs pays respectifs.
 
Au Togo, le président préfère se mettre à l’écart, tout en « tolérant » une confrérie à laquelle grand nombre de personnes ont adhéré dans son entourage. Plusieurs de ses ministres, celui des finances, Adji Otèth Ayassor en tête de lice, alors que l’influent argentier du gouvernement a pris ces dernières années, plus d’influence que quiconque dans l’équipe exécutive. Au début de son premier mandat, le chef de l’État ne voulait en rien tolérer les « Frères », et depuis qu’il accepte leur existence, le réseau s’étend autour de lui et le prend presque en otage. De cela encore, il est conscient. N’a-t-il, lors d’un entretien de routine avec Abalo Félix Kadanga, chef d’État-major, en juin dernier, détendu l’atmosphère en demandant : « depuis quand l’armée se maçonne ?» . Son hôte, à l’aise, lui a répondu, « l’histoire des Templiers était plus que militaire ». Il est utile néanmoins de noter qu’aucune de nos investigations ne nous permet aujourd’hui d’affirmer que le chef d’État-major de l’armée togolaise est « Frère » mais plusieurs de ses collaborateurs et des chefs d’État major de sections sont en loges.
 
Les banques sont les milieux professionnels les plus « maçonnisés ». La Banque populaire (ancienne Caisse d’Épargne du Togo), en est l’illustration la plus vivante. Vous voulez y faire carrière ? Entrez en loge. Son président de conseil d‘administration, Mr Kévégué est un respecté maçon. Depuis, le jeune directeur général de la banque a du faire obédience aux loges. Depuis, être « logé » peut influencer, même virtuellement, de façon importante une promotion au sein de ladite banque. Pendant que nous bouclions cet article, plusieurs sources concordantes au sein d’ Ecobank Togo nous ont confirmé l’influence de loges au sein de l’institution, mettant en relief le Fiawoogate. Le président de la Chambre du Commerce et de l’Industrie du Togo, (CCIT) et sa dulcinée de Dame Elvire Blanchette Grunitzky en sont tous membres, comme si être franc-maçon peut aussi être synonyme de « faire ce qu’on veut » en toute impunité. « On ne peut plus avoir aucune promotion dans la boite sans être Frère » laisse entendre un chef d’Agence de l’intérieur du pays qui ne cache pas son appartenance à la confrérie. Il fait même le lien avec Asky, une compagnie aérienne togolaise qui, comme Ecobank, est sous le contrôle du patriarche Koffi Gervais Djondoh, influent maillon de loges qui a construit sa fortune avec le soutien de Félix Houphouët Boigny, ancien président de Côte d’Ivoire et grand Maître chez lui. « Pour lancer Ecobank, je suis allé voir le président ivoirien qui m’a aidé et m’a envoyé au Mali » avait confié Gervais Djondo à l’auteur de cet article alors qu’il le recevait chez lui, à Djondokondji, petite cité où règne le vieil homme octogénaire au Sud du Togo dans la préfecture des Lacs.
 
Prise d’assaut
 
L’émergence des loges autour du président togolais remonte au début de son mandat. Pascal Bodjona, membre influent et ex-puissant ministre-Directeur de cabinet et porte-parole personnel du chef de l’Etat est un pion politique important pour la confrérie. Il organise l’entrée de ses premiers « frères » dans l’entourage présidentiel rapidement. En charabia de loge, on appelle cela « invasion stratégique ». Il soutient Wiyao Evalo, éternel attaché de presse de feu Gnassingbé Eyadema, orchestre l’arrivée de Christophe Tchao au ministère de la jeunesse et des Sports, tous « Frères » et ouvre la grande porte de l’entrée au gouvernement à Ninsao Gnonfame, jusque-là minable banquier affilié à la confrérie. Le Consul Victor Sossou, opérateur économique et « influent argentier des frères » retrouve ses grandes brillances toujours avec l’appui du ministre-directeur de cabinet. Depuis, la présence, sans cesse excessive de « Frères » dans l’entourage présidentiel se dédramatise et devient même la norme. Quelques années plus tôt, malgré la « fraternelle » invitation de Bodjona encore bouillant Ambassadeur du Togo à Washington, Faure Gnassingbé encore jeune fils-à-papa résiste. Son éducation catholique et l’influence directe de sa mère, elle aussi pratiquante, sur lui ne favorisent pas un intérêt pour le « Réseau ». Dans la foulée, alors Premier ministre, Agbéyomé Kodjo, membre de la confrérie, pressenti pour succéder à Ganssingbé Eyadema et qui était chargé de préparer le jeune Faure à une carrière politique l’y pousse. Pour le président de Obuts qui ne cache pas son appartenance, « c’est un réseau d’influence et à un moment, on a pas le choix » dit-il sans insister sur sa propre expérience. Gilbert Bawara, agnostique formé en Suisse avec une bourse de l’Eglise catholique se met aussi à l’écart comme si, pour être crédible auprès du chef de l’Etat, « mieux vaut ne pas être maçon ». Pourtant, la franc-maçonnerie n’a jamais été aussi influente et les recrutements abondent au sein de la jeunesse et surtout des milieux homosexuels qui, au Togo, sont en partie sous des contrôles maçons. Plusieurs grandes organisations de jeunes, la Jeune Chambre Internationale, les Clubs de Rotary et des mouvements politiques de jeunes en sont des pépinières bien prisées. Les nouveaux riches de Lomé sont de plus en plus sollicités par la confrérie et peu d’entre eux résistent, comme si le Togo de demain est celui des francs-maçons, vives les « Frères »…
 
Demain, les « Frères ».
 
Au gouvernement, sur une trentaine de ministre, au moins 12 sont ouvertement maçons. Le tiers du gouvernement est soupçonné d’être membre mais ne confirme ni n’infirme. Si la pression de l’Église catholique est maximale sur Robert Dussey, ministre des affaires étrangères et précédemment membre de la Communauté Sant’Egidio, très opposé à la confrérie, certains doivent leur maintien au gouvernement à la confrérie, une confrérie qui a de fortes entrées à la Primature. Lui aussi membre, Arthème Ahoomey-Zunu doit son maintien à la tête du gouvernement malgré ses longues semaines de maladie et d’hospitalisation à Paris, à l’intervention de grands Maîtres. Dans les faits, si le président togolais n’en est pas membre, il les tolère et même les soutient. En tout cas, les maçons ont ses oreilles et savent bien en profiter, si ce n’est abuser. Barry Moussa Barqué est en loge, de même que Soli Toki Esso (qui a formellement démenti son appartenance à la franc-maçonnerie, après la publication de cet article) et Dama Dramani aussi et Charles Debbasch (si son appartenance n’a pu être confirmé par nos investigations) est proche de loges de l’Est de l’Europe notamment de la Roumanie et de la Bulgarie où sa fille, musicienne, dispose de réseaux pour sa promotion. Parmi les ministres femmes, Victoire Tomegah Dogbé, actuelle directrice de cabinet a fait, discrètement, sans tambours, son entrée. Me Alexis Aquéréburu, l’un des pions les plus influents du régime et Avocat de l’exécutif togolais vient de prendre la tête de la Compagnie maçonne comme si « pour briller au soleil, ici au Togo, il faut prêter serment ». La saga des loges ne fait que commencer et pour 2015 encore, ils auront leur mot à dire, à voix basse, mais avec une résonance stridente.
 
Source : [21/07/2014] MAX-SAVI Carmel, Afrika Express
 

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