Photo : DR


Le 3 juillet 2018, via un communiqué, le ministre de la santé et de la protection sociale, Moustapha Mijiyawa, annonçait la fermeture à partir du 15 juillet de la morgue de Lomé, pour des travaux de réhabilitation. Il a donc convié « les populations à se référer aux morgues disponibles, notamment celles du CHR Lomé-Commune, CHR Tsevié, CHR Atakpamé, CHP Aného et autres, pour d’éventuelles demandes de conservation de corps. Une telle situation a donné de curieuses idées entrepreneuriales à certains togolais qui ont pris la dangereuse initiative de transformer leurs domiciles en morgues privées. Nous retrouvons une de ces structures mortuaires dites morgues sauvages à Avédji, en pleine agglomération, dans une maison qui fait face à la mosquée en venant du carrefour Limousine, en allant vers maison Komlan Mali.

Chaque jour, riverains et colocataires assistent, impuissants, au spectacle macabre de débarquement des corps. Ce mercredi 26 décembre, aux environs de 15 heures, un corps, sur une surface de claie, est déchargé et confié aux bons soins de l’entreprise funéraire tenue par un homme, la quarantaine, aidé dans sa tâche par un collaborateur, chargé de la toilette mortuaire.

Aussitôt débute la formolisation du corps. Tandis qu’une famille s’apprête à enlever son défunt, déjà apprêté et disposé dans la bière, laissée ouverte et déposée sous la véranda.

« Je me demande quel papier accompagne les corps, et aussi cela voudrait dire que je peux tuer et amener rapidement chez eux sans aucun constat. Et derrière, je peux m’enfuir et abandonner le corps. Puisque les familles éplorées ne sont même soumises à aucune formalité d’enregistrement lors de l’admission des corps. Pathétique!!! », se plaint un des riverains qui craignent pour leur santé et en appellent à une prompte réaction des autorités compétentes.

La tenue d’une morgue sauvage est une violation de l’article 29 du Code de la santé publique de la République togolaise qui dispose : « Chaque préfecture ou chaque commune peut disposer d’au moins une morgue après avis du ministre chargé de la santé, aux fins de la conservation des corps des personnes décédées ».

L.A, qui vient de déposer le corps de son oncle décédé à la suite d’une maladie, témoigne: « Nous avons entendu parler de cette structure, et comme le coût est moindre par rapport aux morgues publiques, nous sommes venus ici. Il sera conservé pour quinze jours. »

La prise en charge des corps ici tient exclusivement à des rituels mystiques et aux pratiques traditionnelles. Nous n’avons pu avoir accès à la salle de conservation des corps, mais un client confirme qu’elle n’est pas frigorifiée, et que les corps sont déposés à même le sol. Des conditions qui constituent de véritables dangers pour la santé publique.

« Manipuler un cadavre nécessite dans tous les cas de prendre des précautions sanitaires spécifiques. Si un homme meurt du choléra par exemple, il reste contagieux environ une semaine. Le virus du sida ou ceux des hépatites B et C restent vivants jusqu’à trois semaines après la mort », explique un docteur.

Bien avant la décision ministérielle de fermeture de la morgue du CHU Sylvanus Olympio, on assistait déjà à la prolifération des morgues sauvages dans les banlieues de Lomé. Déjà en avril 2017, la presse a commencé par dénoncer ce business tenu par morguiers et médecins véreux. Mais l’Etat n’en a cure, puisqu’aucune mesure concrète n’a été prise jusqu’ici pour juguler le phénomène.

Un laxisme qui rend l’Etat coupable de la violation de l’article 3 du Code de la santé publique qui le rend responsable de la protection et de la promotion de la santé de la population ainsi que les prestations de soins et services. Des mesures urgentes doivent être prises cette fois-ci pour décourager les promoteurs de ces entreprises funéraires privées. De la nécessité donc de commencer par nourrir la réflexion sur le cadre normatif de création d’une morgue privée en République togolaise.
 
Yves Galley
 
Source : Symphonie
 

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