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Désormais, il faudra compter avec Tikpi Atchadam et son Parti National Panafricain. Le 19 août dernier, le parti du cheval a organisé dans plusieurs villes du Togo des manifestations grandeur nature
 
depuis celles du Collectif Sauvons le Togo (CST) du 12 juin 2012. Et comme s’il était dépassé par les événements, le patron du PNP avait appelé Jean-Pierre Fabre, le chef de file de l’opposition, au secours afin de « prendre des mesures nécessaires dans le sens de l’amplification des mouvements à l’intérieur comme à l’extérieur du pays ».
 
Un appel qui n’est pas tombé dans des oreilles de sourd. Mieux, c’est l’essentiel de l’opposition qui a entendu ce cri de ralliement du leader du parti du cheval. Et quand CAP 2015, le PNP et le groupe des 6 décident de mettre en commun leurs forces, cela a de quoi être pris très au sérieux. A condition qu’on ne commette plus les mêmes erreurs.
 
Union sacrée !
 
Le Combat pour l’Alternance Politique (CAP 2015) et le Parti National Panafricain (PNP) ont vite fait de corriger ce qui aurait pu être considéré comme une erreur politique grave : la coalition dirigée par Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson le parti de Tikpi Salifou Atchadam ont désormais le soutien de six autres partis politiques regroupés au sein de ce qu’on appelle le « groupe des six » avec lesquels ils forment désormais une alliance plus forte. Du côté de CAP 2015 comme du PNP ou même du « groupe des six », on préfère éviter les « débats inutiles » sur les raisons qui expliquent que la coalition de Mme Johnson n’a pas préalablement consulté ses amis avant d’entrer en collaboration avec le PNP. « Ce qui compte aujourd’hui, c’est l’opportunité de cette alliance. Nous devons avancer tant que l’initiative va nous permettre d’avoir les mêmes résultats », commente le responsable d’un parti du « groupe des six ». « Nous n’avons aucun problème avec nos amis du « groupe des six ». Nous ne laisserons plus détourner de l’essentiel : obtenir du pouvoir de Lomé ce que le peuple veut », renchérit pour sa part un membre de CAP 2015. C’est donc une union sacrée. Bingo !
 
Quel leadership à présent ?
 
Les manifestations des 19 août démontrent à suffisance que si les appels à manifester de l’ANC ou de CAP 2015 ne sont plus tellement suivis, ce n’est pas parce que les gens sont fatigués de marcher, ainsi qu’aiment à dire leurs adversaires politiques. On voit désormais clairement que ce qu’attendait le peuple – du moins la partie du peuple qui croit encore au changement – c’est l’émergence d’un nouveau leader pour la mobilisation. Par ailleurs, la réussite de la journée « Togo mort » du vendredi dernier témoigne à suffisance de l’importance de l’unicité d’action de l’opposition (à ne pas confondre avec l’union de l’opposition), chose qu’ont toujours souhaitée les partisans de l’opposition. Mais alors comment capitaliser tout ça pour des résultats concrets ? Il y a des erreurs à ne plus commettre.
 
D’abord, il va sans dire que Tikpi Atchadam a démontré qu’il est désormais le leader de la contestation du moins celui est plus à même de mobiliser les troupes. En tendant la main à Jean Pierre Fabre ou en le ralliant – c’est selon -, le patron du PNP apparaît désormais comme l’homme nouveau, rassembleur que l’on accuse le chef de l’opposition de n’avoir jamais été.
 
Mais concrètement que cachent la main tendue ou le ralliement du patron du PNP? Mobiliser le plus grand nombre de forces politiques pour plus d’efficacité ? Ou simplement remettre à Jean Pierre Fabre le bâton par lequel il va provoquer sa propre « mort » ? En d’autres termes, si le chef de file de l’opposition échoue, Atchadam s’installera de facto. Non pas comme chef de file de l’opposition mais comme le meneur. La démonstration de force du 19 août peut-elle monter lui monter à la tête au point de vouloir faire écran à Jean Pierre Fabre ? Un doctorant en sciences politiques ironise : « Atchadam joue en division préfectorale alors que Fabre, lui, évolue en Ligue 1 ». « Cette histoire de messie national, nous devons la dépasser. Ce qui compte c’est comment faire la somme de nos valeurs négligeables pour avoir quelque chose de consistant pour contraindre ce pouvoir à faire des concessions », confiait le président des Forces démocratiques pour la république (FDR), Me Dodji Apévon, il y a une semaine sur une radio de la place. Il faudra donc éviter de tomber dans une guerre de leadership. Car comme l’écrivait le dramaturge allemand Bertold Brecht, « malheur aux peuples qui ont besoin de héros ». Une formule lapidaire qui invite à rompre avec le messianisme en politique.
 
Composer avec tout le monde
 
S’il est vrai que l’aspiration profonde du PNP c’est l’alternance au sommet de l’Etat, alors il va falloir composer avec tout le monde. Il serait incompréhensible qu’il ne fasse pas le pas vers tende pas vers d’autres partis n’appartenant à aucun des deux ensembles. Déjà les propositions de Gerry Taama peuvent lui être d’une très grande utilité. Le président du Nouvel Engagement Togolais suggère au leader du PNP de « prendre langue avec les autres formations politiques tout en continuant sur sa lancée et avec méthodes ». « Sortir du piège ethnico-religieux dans lequel on l’enferme » est le second conseil que donne Taama à Atchadam.
 
Faut-il oublier le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) de Me Yawovi Agboyibo dans ce processus de reconstruction de l’opposition politique et donc de redistribution des cartes ? Messan Agbéyomé Kodjo et son Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire sont-ils dans la barque ? Il ne faut rien négliger !
 
On ne le dira jamais assez, en faisant appel à son « grand frère» Jean Pierre Fabre, Tikpi Atchadam montre qu’il a compris qu’aucun homme politique, aucun parti politique, ne peut à lui seul mener la bataille la machine UNIR bien huilée qui ne montre aucun signe de panne.
 
Rompre avec les recettes qui ne marchent plus
 
Dans ce processus de métamorphose, l’opposition ne doit plus continuer avec les stratégies qui se sont révélées jusqu’ici pas ou peu efficaces. Doit-on continuer de marcher pour marcher ? Les manifestations ne doivent plus être des sacrifices en vies humaines ni des occasions de destruction des biens publics ou privés. La rue doit désormais être une véritable tribune démocratique pour porter les réelles aspirations du peuple. Pour cela, il ne faut pas retomber dans la banalisation des marches de protestation, ainsi qu’on a pu le constater ces dernières années. Cela suppose une capacité d’écoute de la part des leaders de la mobilisation. Les propositions des uns et des autres doivent être étudiées et prises en compte. Au passage, il faut saluer la parfaite entente trouvée sur le report des manifestations prévues cette semaine. Que ce soit par souci de permettre aux musulmans de célébrer la Tabaski ou pour éviter tout télescopage avec les militants d’UNIR qui ont aussi prévu de manifester cette semaine, la nouvelle alliance que des partis d’opposition ont scellée a survécu à la tentation de la division qui a souvent fait voler en éclats toutes les belles initiatives de l’opposition.
 
Il faut être réaliste
 
Après Tikpi Atchadam sur TV5 Monde, c’est Brigitte Adjamagbo-Johnson qui disait la semaine dernière que le peuple togolais « n’a jamais été aussi déterminé à en finir avec le pouvoir qu’en 2005 ». Jean Pierre Fabre, lui, a été moins généreux. Le chef de file de l’opposition a même estimé que ces manifestations sont « des signes évidents de la fin des Gnassingbé ». Pour le patron du PNP, le nouveau meneur du front populaire, « il faut multiplier les fronts et ne pas laisser le fardeau sur les seules épaules de Bè. Mais il ne faut pas oublier les soulèvements populaires de 2005 et ce qui s’en est suivi. En 2005, Lomé (Bè, Kodjoviakopé…), Aného, Atakpamé… se sont soulevées, mais le bras de fer a lamentablement échoué.
 
Il faut avoir le courage de le dire : Faure Gnassingbé est obsédé par l’image de son pays à l’extérieur. La multiplication des rencontres internationales à Lomé depuis l’année dernière sont la preuve du succès de la diplomatie togolaise et que la confiance entre le Togo et la Communauté internationale n’est pas une chimère. Cette image, Faure Gnassingbé voudra la préserver vaille que vaille, advienne que pourra. Même si en interne, le chantier social est vaste et que pas grand-chose n’est encore fait dans ce domaine, tout gouvernement voudra logiquement soigner les apparences. Les bruits de la rue ne sont donc pas les bienvenus dans cet effort de toujours montrer à la face du monde que le Togo n’est pas une destination risquée.
 
Les manifestations des 19 et 20 août et l’union sacrée retrouvée au sein de l’opposition déterminée à amplifier les manifestations est la preuve qu’il y a un sentiment d’agacement général dans le pays auquel les gouvernants doivent se montrer désormais plus attentifs. Toutefois pour capitaliser ce pouvoir de la rue, il est impérieux de se défaire des incantations. Pression oui, mais à elle, il faut ajouter la négociation. Les deux doivent aller de paire. Car comme aime à le dire souvent Me Yawovi Agboyibo, « la pression sans le dialogue est contre-productive, et le dialogue sans la pression est stérile ». Autrement, « l’insurrection » ne serait qu’une aventure à l’issue incertaine.
 
Ambroise Dagnon
 
Source : L’Echiquier N°18 du 29 / 08 / 2017
 

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