Groupe NSIA | Photo : DR
Groupe NSIA | Photo : DR

Semblant d’accalmie, semblant de consensus, beaucoup de promesses, simulacre de solutions et de satisfaction, le conflit qui oppose le Synbank aux employeurs NSIA Togo cache encore des secrets qui feront rebondir cette affaire, tôt ou tard. Ni la banque, ni les employés, ni les autorités, ni le holding NSIA International ne pourront se frotter les mains d’être arrivé à juguler la crise, si l’on ne remonte pas aux origines de cette décrépitude qui implique l’administration de NSIA de bout en bout. De José Symenouh à Constant Djeket, de Lomé à Abidjan, du Ministère du Travail à celui de l’économie et des finances, voici comment la crise de NSIA est née, a évolué et suit allègrement son bonhomme de chemin.

La grève du secteur bancaire et des finances au Togo observée la semaine dernière à l’initiative des syndicats du secteur, a secoué le milieu de l’économie et des finances au Togo. Si elle perdurait, beaucoup de dégâts seraient constatés. C’est pourquoi, les ministères concernés se sont rapidement mobilisés pour discuter des moyens à suspendre la grève par des solutions qui à l’analyse ne résolvent véritablement pas le problème posé par les grévistes.

Dans un communiqué rendu public à la fin de la rencontre entre les ministres, les syndicats et les employeurs de NSIA Togo, les syndicats décident de suspendre la grève. Ils sont visiblement convaincus des promesses faites par Sani Yaya le Ministre de l’économie et des finances qui leur a demandé cette suspension en attendant que ses promesses soient honorées.

Le Ministre lors des discussions a demandé de lui apporter les CV des 9 employés à polémiques, afin qu’il les fasse embaucher ailleurs.

Sur la question des indemnisations, les syndicats ont obtenu le recalcul des droits des personnes licenciées. D’après les informations en notre possession, 8 employés licenciés sur 9 ont déjà perçu leurs droits de licenciement et ce, depuis la fin du mois de mai.

Une information que la base a apprise chez le ministre, après la grève. Faiblesse, bien entendu pour la lutte sociale dans la mesure où les revendications portaient principalement sur la question de licenciement des 9 employés.

Logiquement donc, la grève menée le mardi dernier devrait concerner la seule personne qui n’a pas accepté le montant des indemnités de licenciement calculées par la Direction de NSIA Togo. Pour arrondir les angles, la rencontre a permis de refaire les calculs des droits et de compléter ceux des 8 agents qui ont déjà perçu. Vendredi dernier, cela devrait être fait.

Sur l’autre volet des revendications lié au départ des deux Directeurs, à savoir Constant Djeket et Chantal Bosso, le ministre a encore promis.

Pour lui, c’est acté avec le siège à Abidjan, reste une question de formalités pour obtenir le départ des deux bourreaux qui terrorisent les employés de NSIA Togo.

Cette information du Ministre Sani Yaya de l’économie et des finances prend le contrepied de la position du Ministre du Travail et de la fonction publique, Gilbert Bawara.

Pour lui, aucun texte juridique n’autorise le départ des deux Directeurs généraux, parce que, selon Bawara, s’il ne s’agit que de l’absence du permis de travail de fonctionnaire étranger, l’infraction est punie d’amende de 10 à 100 milles francs CFA.

Aucun autre texte dans le code du travail togolais ne prévoit le départ des personnes en infraction.

C’est pourquoi, l’information selon laquelle les syndicats ont obtenu les têtes des deux DG est à prendre avec des pincettes, puisque, eux-mêmes, les DG concernés ne rêvent même pas de quitter le Togo dans cette bourrasque sociale. Ce qui relève d’une question de bras de fer et de défi.

Abidjan, siège de NSIA que nous avons sondé ne pense pas, dans ces circonstances rappeler les DG indélicats, le DUO chassé à coup de pilon du Mali pour débarquer au Togo.

Le Ministre Yaya connaît donc la teneur de ses promesses et les moyens de les honorer, à moins que ce soit la légendaire stratégie des autorités togolaises à faire des promesses pour calmer les ardeurs et ne pas les honorer à l’avenir.

Cela relèvera donc de la crédibilité des syndicats qui ont pris pour paroles d’évangile les promesses du Ministre de l’économie et des finances. Dans tous les cas, la crise à NSIA Togo couvre depuis plusieurs années et est profonde.

Elle est le fruit d’un certain nombre de problèmes qui se sont accumulés et qui n’ont pas été résolus pour certains. Nous sommes donc à l’heure de la pourriture, c’est pourquoi, ça pue.

A l’origine de cette crise, le départ de l’ancien DG, José Symenouh, de l’arrivée d’une direction de zouaves, une question de gouvernances et de gestion, et une responsabilité du Holding international de NSIA, mais aussi des autorités togolaises. Crise à plusieurs variables, et plusieurs inconnues.

Les acteurs et les responsabilités de la crise.

José Symenouh : le vide laissé

José Symenouh | Photo : DR
José Symenouh | Photo : DR

Beaucoup pensent que la détérioration de la situation de NSIA Togo est consécutive au départ de Kwassi José Symenouh. C’est le nom de ce manager en économie et finances, qui a accueilli, installé et dirigé NSIA depuis 2005, l’a conduite jusqu’en 2016. Les patrons ivoiriens, dont le PDG Diagou ont salué le travail de Symenouh qui dès le deuxième exercice a hissé l’entreprise au niveau de leader dans le secteur des assurances au Togo. José Symenouh a été aussi confronté à des crises sociales, mais lui, a réussi à les gérer sans bruit. C’est normal qu’une boite comme NSIA dans un secteur d’assurances en pleine concurrence au Togo ne doive pas exister dans la plus grande accalmie. L’héritage laissé par Symenouh est lourd et posé.

Par contre, Symenouh a aussi failli dans sa gestion de NSIA pendant 11 ans. Par rapport au recrutement, le Patron de la nouvelle Protectrice Assurance n’a pas respecté les ratios par rapport au recrutement du personnel. Des stagiaires recrutés ont trainé dans la boîte de deux à trois ans, et gardant les statuts de stagiaires. La nouvelle équipe a dû procéder à la réparation de cette irrégularité en mettant fin au contrat de ces stagiaires, mais aussi à d’autres employés en CDD (Contrat à durée déterminée). Ceux-là on perçu leurs primes, naturellement.

Madiou Soumaré : Le déluge

Madiou Soumaré | Photo : DR

Après donc le départ de Symenouh, un éléphant est arrivé dans le magasin de porcelaine : Madiou Soumaré. Le Sénégalais. Celui qui était adjoint de José Symenouh n’a attendu que le départ de son Directeur pour s’engager dans une gestion chaotique décriée par le personnel. Mauvaise gestion, mauvaise gouvernance. NSIA Togo était devenue la boutique du quartier de Soumaré : surfacturations, décaissements sans justificatifs, signature des contrats à risques etc.

Apothéose, la fête tous les soirs, la bamboula à la clé, cigare, alcool, drogue en bonne compagnie d’une dame, Ministre du gouvernement actuel de Komi Klassou (dossier à suivre.)

La spectaculaire gaffe faite par Madiou Soumaré pour endeuiller les comptes de NSIA Togo est d’avoir accélérer, on ne sait pour quelle raison, le règlement d’un faux sinistre de la société d’un malabar véreux nommé Kanyalal Varindani : la société Sprukfield. Alors que NSIA Togo sous Symenouh avait suspendu le règlement avec une action en escroquerie engagée contre la société en question, Soumaré a eu le plaisir de faire décaisser près de 2 milliards de FCFA pour payer le faux sinistre, quelques semaines seulement à sa prise de fonction, pire, sans la participation du réassureur avec la complicité d’une dame en fonction à l’époque dans la société devenue ministre.

Normal, la comptabilité de la société à été traumatisée, entrainant automatiquement des difficultés qui ont abouti aujourd’hui à la grève, consécutive au licenciement de 9 employés.

Soumaré en avait tellement fait, tout ce qu’il faut pour détruire l’entreprise. La mauvaise gestion des ressources humaines, tentatives de licenciements des collaborateurs non soumis, bref, le holding en avait marre que son image traîne autant dans la boue au Togo. Le DG Soumaré a été dégagé en catastrophe pour être remplacé par un duo magique qui était en conflit sévère avec le personnel au Mali : Le duo Djeket-Bosso.

Diagou venait de vendre la robe pour l’épée. Nsia Togo tombera de Charybde en Scylla.

Djeket-Bosso : L’apocalypse

Constant Djaket et Chantal Bosso | Photo : La Nouvelle

Djeket et Bosso sont deux employés de NSIA qui étaient caractérisés au Mali comme des employés indélicats, arrogants, esclavagistes. Ils ont été débarqués dans le bourbier togolais comme pour mettre de l’ordre. Loin s’en faut. La nouvelle direction, au lieu d’engager une gestion assez rigoureuse pour redresser une boîte en difficulté a démontré qu’elle n’avait pas la maîtrise de management d’une entreprise. Le sieur Constant Djeket à sa prise de fonction avait pour adjointe dame Chantal Bosso. Celle-ci, vraie mémère exerçait tellement d’influence sur le DG qu’elle a été affectée à NSIA-Vie comme DG, dont le personnel n’est pas concerné par la présente crise. Même si, d’après les informations, elle regarde de mauvais yeux deux ou trois agents de son département qui sont dans sa ligne de mire.

Manque de personnalité oblige, le DG Constant Djeket s’est tournée comme une girouette pour être la marionnette du PCA, le nommé Lawson Béni. C’est donc lui, à la lumière des difficultés de comptabilités laissées par Soumaré, a demandé le licenciement des neuf employés. Décision exécutée par le DG qui affecte aujourd’hui non seulement NSIA Togo, mais aussi tout le holding et la filière banque assurance au Togo. Toutes ces situations ne peuvent exceller et prendre de l’ampleur si le holding de NSIA contrôlait la situation de bout en bout. Laxisme, négligence, ou laisser aller, seul Diagou pourrait répondre à ces questions.

Holding NSIA : le laxisme qualifié

Groupe NSIA

Pour remplacer un Directeur Général qui a dirigé une entreprise pendant plus de 10 ans, il faut trouver un bon profil. Il faut un manager imposant, influent, et indulgent. C’est ce que le Groupe NSIA n’a pas su faire dans le remplacement de José Symenouh. Son successeur, Madiou Soumaré, bien qu’étant expert-comptable manque d’expérience en management et en gestion des ressources humaines.

Après les erreurs, du moins les dérives de Soumaré réprimandées par le Groupe, il n’a pas trouvé mieux que d’importer le duo Djeket-Bosso qui étaient déjà persona grata au Mali. C’est comme recruter un pyromane pour éteindre le feu. En terrain conquis et en toute impunité, le duo a récidivé les traitements inhumains et dégradants pour lesquels ils ont été chassés du Mali.

Le Groupe NSIA est une multinationale. Il a les moyens. On comprend mal pourquoi ce grand groupe accepte de s’attirer la foudre sociale de son personnel en actant le licenciement de 9 agents, 9 agents dont les salaires ne devraient pas coûter grand-chose à un groupe d’assurance qui rachète une banque, à la limite d’après les calculs environ 5 millions par mois. Cela ressemble à une gestion d’amateur. Une gestion qui a entraîné des conséquences pour l’économie togolaise dont les autorités ont manqué d’adresse et de vision.

Etat togolais : Défaillant sur toute la ligne.

Ministre de la Fonction publique Gilbert Bawara | Photo : RT

Les autorités togolaises semblent avoir une attitude semblable à l’instinct du Chien. Lorsque l’on menace le chien, il te regarde jusqu’à la dernière limite de la menace avant, soit de fuir ou de se protéger. C’est ce qui a provoqué la surprise liée à la marche du 19 aout 2017 du PNP, pour laquelle le Ministre de la sécurité ne voyait pas d’objet de menace.

L’histoire des revendications sociales de NSIA Togo ne date pas d’aujourd’hui. Cela fait presque deux mois que les syndicats brandissent des menaces de grève et réclament le départ des DG.

Les ministères concernés étaient préoccupés par l’organisation des élections locales et le saupoudrage du PND alors que le Plan national de Développement a pour racine l’économie et les finances.

Il a fallu que les autorités apprennent que la grève était réelle pour courir dans toutes les directions à discuter avec les syndicats. C’est la non-maîtrise de la résolution des conflits.

La grève a fortement secoué le secteur de l’économie et des finances. Une journée entière de cessation d’activités des banques, assurances et institutions bancaires fait perdre des milliards de FCFA à l’économie d’une nation.

Pire, au lieu de poser les vrais problèmes et convaincre les manifestants, les ministres ont préférer s’engager dans la même logique politicienne de manipulation à résoudre les problèmes : la menace, le mensonge et le pédantisme. La conséquence est là, et reste à savoir si les promesses du Ministre Sani Yaya seront honorées pour décrisper la crise sociale dans le secteur bancaire.

Leçons à tirer pour l’avenir

Trois énigmes restent à résoudre dans la crise qui oppose la Synbank et NSIA Togo :

Primo, sur le Départ des Directeur généraux, le ministre Sani Yaya avoue avoir obtenu leurs départs alors que le Ministre du travail Gilbert Bawara parle de texte. Pour lui, au nom de l’intégration régionale, il est impossible de faire partir des fonctionnaires étrangers de cette façon brutale. La réciprocité de l’Etat d’accueil risque de créer des antagonismes professionnels et diplomatiques. Pour lui, cette situation risque également de décourager les investisseurs à qui le Togo fait la cour à travers des tournées et des initiatives.

Le ministre Bawara va plus loin en annonçant que le départ des deux DG pour défaut de permis de travail annule également tous les actes juridiques posés, notamment, les recrutements, les contrats et mêmes les décisions d’indemnisation des agents licenciés.

A qui faire foi à travers les deux tendances des ministres du travail Gilbert Bawara et celui de l’économie et des finances Sani Yaya.

Secundo, le Ministre des finances promet de réintégrer les 9 employés en cause dans d’autres secteurs. De quelles banques et assurances dispose l’Etat pour facilement intégrer des employés à polémiques ?

Enfin, si les promesses du ministre de l’économie et des finances n’ont pas été honorées, connaissant le gouvernement dans ses volte-face, alors que la revendication liées au licenciement, la principale a été satisfaite, que vont faire les syndicats ?

Ce sont des énigmes qui font croire que rien n’est encore joué dans cette crise. Si les syndicats n’ont pas été abusés par l’Etat, ce sont les DG de NSIA qui vont reprendre en force et narguer les employés. Les conséquences seront redoutables.

Carlos Ketohou

Source : L’Indépendant Express

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