Le Togo, le pays le plus endetté de l’UEMOA.


Le mois dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a finalisé un énième rapport sur les perspectives économiques régionales en se focalisant sur le cas de l’Afrique subsaharienne sous le thème : « Un changement de cap s’impose ».
 
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Si le rapport a pris en compte la période 2004-2008 jusqu’en 2017, nous avons choisi, dans le but d’être plus concret, de nous consacrer à la situation économique du Togo de 2010 à l’horizon 2017 en nous appuyant sur les tableaux qui mettent en relief les investissements, le solde budgétaire, l’évolution des recettes et des dépenses publiques, la balance commerciale des marchandises, la dette extérieure publique, l’état des réserves et la dette publique, en rapport avec le PIB. On se demande ce qui se passerait si on devrait, comme le recommande la dernière mission de la Banque Mondiale et du FMI, intégrer le solde des préfinancements dans cette dette publique.
 
L’activité économique en Afrique subsaharienne a nettement ralenti ; mais, comme à l’accoutumée, la situation varie considérablement d’un pays à l’autre. La croissance économique de la région est tombée à 3½ % en 2015, le plus bas niveau depuis une quinzaine d’années, et devrait continuer de ralentir cette année pour s’établir à 3%, c’est-à-dire bien en deçà des taux de 5% à 7% enregistrés pendant la décennie écoulée, indique le rapport du FMI.
 
Les pays exportateurs de pétrole, dont l’Angola et le Nigeria, restent confrontés à un environnement économique difficile (selon les prévisions, la croissance du groupe des pays exportateurs de pétrole devrait diminuer encore et s’établir à 2¼ % cette année alors qu’elle a atteint 6% en 2014), mais c’est aussi le cas des pays exportateurs de produits de base non énergétiques tels que l’Afrique du Sud, le Ghana et la Zambie. Par ailleurs, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone ne se remettent que lentement de l’épidémie d’Ébola, et plusieurs pays d’Afrique australe et orientale, dont l’Éthiopie, le Malawi et le Zimbabwe, pâtissent d’une grave sécheresse.
 
En même temps, beaucoup d’autres pays connaissent encore une croissance vigoureuse. Ainsi, la plupart des pays importateurs de pétrole s’en sortent généralement mieux et affichent des taux de croissance supérieurs à 5%, voire bien plus dans certains pays tels que la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Sénégal. Dans presque tous ces pays, la croissance économique s’appuie sur les investissements d’infrastructure en cours et le dynamisme de la consommation privée. La chute des cours du pétrole a aussi aidé ces pays, mais dans des proportions en général moins fortes que prévues, car dans nombre d’entre eux, la baisse des cours des autres produits de base et la dépréciation du taux de change ont en partie contrebalancé cet avantage. Tels sont les constats du FMI.
 
Toutefois, le rapport indique que « bien que ce tableau nettement plus terne pousse à se demander si la dynamique de croissance observée récemment en Afrique subsaharienne s’est arrêtée, nous pensons que les perspectives de croissance à moyen terme de la région demeurent favorables. Certes, l’environnement extérieur étant devenu beaucoup moins propice, les perspectives à court terme d’un grand nombre de pays subsahariens restent difficiles et sont assombries par des aléas négatifs. Mais, au-delà de ces difficultés immédiates, les ressorts fondamentaux de la croissance qui sont à l’oeuvre dans la région depuis une dizaine d’années — dont le plus important est la nette amélioration du climat des affaires — n’ont en général pas disparu, et la démographie favorable devrait jouer en leur faveur au cours des prochaines décennies ». Mais pour que ce potentiel se réalise, un changement de cap décisif est impératif dans bien des cas, précise le FMI.
 
Quid du Togo, économiquement parlant?
 
Lorsqu’on se base sur les chiffres du FMI, il ressort que de 2010 à 2012, le PIB a crû en passant de 4,1% à 5,9%, mais depuis cette année, il a été relevé un repli en 2013, repli qui se poursuivra jusqu’en 2017. Au niveau des investissements, le rythme des investissements va crescendo jusqu’en 2016 avant de connaître un repli l’année suivante
 
Les soldes budgétaires globaux font apparaître que sans les dons, les déficits budgétaires sont plus prononcés et c’est grâce aux dons qu’ils sont plus atténués. Toutefois, ils devront amorcer une légère baisse fin 2016 et maintenir cette tendance baissière, à condition que les prévisions de dons soient à la hauteur des réalités.
 
Malgré la mise en place de l’Office togolais des recettes (OTR), les recettes publiques tardent à amorcer le décollage tant attendu. Il suffit de voir les progressions annuelles pour s’en rendre compte. Si en 2014, année de la mise en route de l’OTR, l’augmentation des recettes était de 17,7%, elle est passée à 18,8% en 2015 et sera de 18,9% en 2016. L’année prochaine, le FMI prévoit une augmentation de 19,1%. Mais à côté de cette difficulté à engranger des recettes, l’Etat ne réduit point ses dépenses publiques. Puisque de 22,5% du PIB en 2010, ces dépenses atteindront 27,5% en 2016 pour ensuite se situer à 27% l’année prochaine. La conséquence de l’évolution à deux vitesses entre les recettes et les dépenses, est l’augmentation de la dette publique.
 
En effet, si cette dette a été ramenée à 49,9% depuis l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE en 2010, contrairement aux promesses du gouvernement de la ramener vers le bas, les chiffres montrent qu’en 2014 elle est repartie à 57,5% et qu’en 2015, elle était de 61,9%. Et si les prévisions tablent sur une légère baisse à 61,1% en 2016, la dette publique du Togo sera de 63,1% en 2017. Inexorablement, le pays se rapproche dangereusement de la barre des 70% dont tout pays doit s’éloigner.
 
La balance commerciale qui est le rapport entre les exportations et les importations de biens et services, reste déficitaire sur toute la ligne. On se demande comment le gouvernement s’y prendra pour infléchir cette tendance. S’agissant des réserves du Togo, on constate que depuis 2015, elles s’amenuisent en passant de 2,8% du PIB à 2,3%, laquelle tendance devrait continuer pour se situer à 2,0% en 2017. Que faire pour retourner la situation ?
 
Un retour sur la dette publique s’impose, eu égard à la dernière mission conjointe de la Banque Mondiale et du FMI.
 
En effet, cette mission dont nous avons relayé les conclusions et recommandations la semaine dernière, indique que « Finalement, le mécanisme de préfinancement s’analyse comme un crédit bancaire accordé à l’Etat par une ou un consortium de banques pour financer un marché public, financement dont l’Etat s’engage seul à assumer le remboursement, et qui est plus coûteux qu’un financement direct via émission de titres dans un marché sous-régional ». Et d’apposer noir sur blanc qu’« il ressort qu’en fin de compte, c’est l’Etat togolais qui reste seul débiteur du financement. Par conséquent, le principal restant dû des montants empruntés dans le cadre des préfinancements doit être inclus dans l’encours de la dette publique togolaise ; ensuite, le mécanisme des préfinancements a pour effet d’augmenter la dette publique togolaise. Faute d’informations, la mission n’a pas pu déterminer si le mécanisme de substitution de débiteur existe dans chaque convention de préfinancement, mais dans la liste de la BCEAO des 20 préfinancements en cours au 1/01/2016, il est expressément mentionné « acte de substitution de débiteur » pour 16 d’entre eux. On peut en déduire que ces 16 préfinancements utilisent le mécanisme de novation parfaite par changement de débiteur ». Afin d’être plus explicite, la mission affirme : « le fait que les préfinancements représentent une dette pour l’Etat ; ils ne sont pas des PPP, implique qu’ils doivent être assujettis à la procédure et au code des marchés publics prévus pour les investissements sur financement public et aux normes établies pour la contraction et gestion de la dette publique ».
 
Situation condensée de l’économie togolaise selon le rapport du FMI d’avril 2016
 
Que retenir de tout ce qui précède ? Simplement qu’au vu des conclusions de la mission conjointe, les chiffres de la dette publique tels que présentés, ne sont pas les véritables. Parce que la mission explique à demi-mot que les autorités togolaises n’incluent pas les préfinancements dans les statistiques de la dette publique, autrement, les estimations de 2015 jusqu’en 2017 seraient plus conséquentes. Qui sait si la barre des 70% du PIB indiquée comme seuil à ne pas atteindre, ne serait pas atteinte ? Puisqu’il ressort du travail de la mission conjointe, que ce sont 20 marchés préfinancés qui sont en cours au 1er janvier 2016 ! Afin de nous confondre, l’idéal serait que les autorités se conforment aux recommandations de la mission et on verra ce que donneront les vrais chiffres.
 
Comparaison n’est pas raison, mais elle y concourt. On s’est amusé à relever la dette publique des autres pays de l’UEMOA pour 2015 et 2016, et voici ce que relève le rapport du FMI : Bénin : 37,5% et 39,5% ; Burkina Faso : 31% et 32,6% ; Côte d’Ivoire : 34,7% et 33% ; Guinée : 48,4% et 48,4% ; Mali : 36,3% et 35,2% ; Niger : 43,5% et 46,9% ; Sénégal : 56,8% et 57,3%. Et enfin le Togo qui se retrouve premier en matière d’endettement dans l’espace UEMOA (61,9% et 61,1%), sans tenir compte des 20 marchés préfinancés et non intégrés dans la dette. Si les autorités s’évertuent à mettre au devant de tout le climat des affaires sur lequel se base Doing Business pour crier la performance du pays, il serait plus intéressant que les citoyens en apprennent davantage que les dettes que l’équipe actuelle aux affaires contracte sur le dos des générations futures. Mais ça, on ne veut surtout pas en parler. Notre tort à LIBERTE, c’est de dire tout haut les vérités que les autorités murmurent tout bas. Bon à débattre.
 
Source : [17/05/2016] Godson K., Liberté / 27avril.com
 

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