Togo, Profanation des Mosquées et des Églises : Alerte sur un glissement dangereux…

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Le coran profané dans une mosquée d’Agoè-Assiyéyé à Lomé, Togo | Photo : DR


C’est une véritable plongée aux enfers qui risque d’être fatale pour le Togo, un pays en pleine crise sociopolitique. La longue liste des actes attentatoires contre les lieux sacrés continuent. Une profanation du Saint Coran dont on ignore les motifs exécutée minutieusement le vendredi 27 juillet rappelle au sein de l’opinion, les nombreuses atteintes aux lieux sacrés et au religieux.

C’est dans une mosquée en chantier à Agoe-Assiyéyé que la scène s’est déroulée, après la prière de 19 heures. Corans déchirés et chiffonnés, verres médicaux cassés, d’autres copies du coran chiffonnées « accrochées aux grilles de la clôture » ou « dispersées » partout. Les dégâts de la profanation de cette mosquée ont atteint, dans sa profondeur, la foi de la communauté musulmane. Un huissier a été commis pour faire le constat. Mais les enquêtes étant ce qu’elles sont au Togo, le gouvernement en a encore ouvert.

Tout compte fait, cet acte de profanation du religieux n’est pas le premier du genre. Il continue, se perpétue et rappelle ceux qui se sont déroulés dans l’histoire socio-politique du pays. L’archevêque émérite de Lomé, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, qui a été contraint pendant de longues années à l’exil « comme un malfaiteur », rappelle les affres qu’il a subies sous le règne d’Eyadéma. Mgr Bernard Oguki Atakpah, première victime pour sa position contre les dérives dictatoriales, a été persécuté et contraint à l’exil. Mais c’est à l’ordination épiscopale de Mgr Kpodzro que le grave sacrilège fut commis par le pouvoir d’alors. A la paroisse St Augustin d’Amoutiévé, en pleine messe, une soldatesque a fait irruption dans l’église et violente les fidèles. « Mais un jour, voilà un coup de tonnerre dans le ciel orageux de l’Eglise du Togo. Le Pape Paul VI, contre toute attente, nomme un Administrateur Apostolique, avec caractère Episcopal, l’Abbé Philippe Kpodzro pour succéder à Mgr Bernard Oguki Atakpah, le grand Evêque d’Atakpamé. C’était lui, le premier des évêques du Togo qui donnait du fil à retordre au Président Eyadema pour des tournures contestables de sa politique d’authenticité. Persécuté par le pouvoir en place, il tomba gravement malade et fut d’abord admis pour un temps de traitement médical à Milan (Italie). Revenu dans le diocèse, la force des évènements le contraignit de vivre plus longtemps en exil auprès des Evêques amis de Côte d’Ivoire, avant de revenir au Togo, mais à Lomé.

La nouvelle de ma nomination épiscopale surprit les démons furieux d’avoir été dupés dans leur vigilance. Ils se ressaisirent vite et soulevèrent les plus hautes instances de l’Etat contre cette décision pontificale et sa réalisation. Sous leur instigation, l’opposition à mon ordination épiscopale fut si farouche et violente qu’il ne fallait reculer devant aucun obstacle pour l’élimination physique de l’élu de Yahvé. D’où : 1er Mai 1976, saccage et incendie du dispositif préparé pour le sacre à l’évêché d’Atakpamé. Puis le 02 Mai, violente irruption sacrilège, armes au point, des FAT, forçant la porte principale fermée et pénétrant brutalement par les fenêtres dans l’église Saint Augustin d’Amoutivé. Le jeune évêque providentiellement déjà ordonné, inconnu du public à Lomé, concélébrait la messe tout à côté du cardinal Paul Zoungrana, le célébrant principal, qu’entouraient onze archevêques et évêques des pays de la CERAO, du Ghana et de Mgr Luigi Bressan, représentant le Nonce Apostolique Bruno Wüstenberg d’Abidjan. L’un des assaillants monta dans le chœur, révolver au point : « Qui est Mgr Kpodzro ? », Vociféra-t-il. « Où est Mgr Kpodzro ? ». N’ayant eu ni réponse vocale ni signe indicatif, il redescendit du chœur et avec ses compagnons, se mit à violenter les fidèles impassibles et chantant le « Pater Noster » avec une ferveur digne des premiers martyrs. Sans plus tarder, évêques et prêtres procédèrent à la distribution du corps du Christ livré pour la multitude. Les fidèles sur qui pleuvaient des coups de lanière, déclaraient en répondant au corps proclamé par le prêtre distributeur de Jésus hostie : « Amen ! », ou bien : « Amen ! Je m’abandonne à toi, Jésus ! ».Ou bien : « Amen ! Jésus, je meurs pour toi ! ».Ou bien : « Amen ! Jésus, je suis à toi dans ma vie et dans ma mort ! ». Ce fut un moment d’exaltation mystique d’une intensité jamais plus vécue dans notre église. Comme les coups de lanières pleuvant plus abondamment devenaient insupportables, le cardinal Zoungrana mit fin à la célébration eucharistique en chantant à haute voix l’envoi des fidèles en mission : « Allez dans la paix du Christ ! » et ceux-ci de répondre en chœur : « Nous rendons grâce à Dieu », puis ce fut le sauve qui peut. L’église se vida dans la confusion la plus totale. Quant à moi, je fus soustrait à la fureur de la soldatesque en disparaissant rapidement en un lieu très secret. Le journal officiel le lendemain matin portait comme titre à la une : « Le sacre de Mgr Kpodzro n’a pas eu lieu ». Les Archevêques et Evêques rencontrèrent le Chef de l’Etat et lui exprimèrent leur profonde indignation pour cette violation sacrilège qui est en contradiction inouïe de l’hospitalité traditionnelle de toute l’Afrique. Le Président, fort contrarié suite à sa méprise du fonctionnement normal de l’Eglise de nommer et d’ordonner un évêque sans son accord qu’il prit pour un manque manifeste de considération à son égard, mit au défi les autorités religieuses qu’un tel évêque puisse au Togo se rendre tranquillement dans son diocèse pour y travailler », avait-il confié lors d’une de ses récentes sorties médiatiques. Mais la glace n’étant pas rompue à la glace, il s’est remis à l’école à l’épreuve des dérives dictatoriales dans les années 90 où il fut violenté par les sbires du Général.

Sous le règne de Gnassingbé fils, l’esprit anciennement nouveau, rien n’a changé de ces pratiques de sacrilège. Des clergés sont filés, menacés et livrés par les hommes du pouvoir. En 2012, lors d’une répression sanglante d’une manifestation du « Collectif Sauvons le Togo » (CST), des forces de l’ordre ont chargé les manifestants et tiré des gaz lacrymogènes dans l’Eglise St Augustin d’Amoutiévé, profanant ainsi la paroisse. Cette « tragédie » faisait suite à l’irruption de la soldatesque au CESAL dans l’enceinte de la Paroisse Sts Martyrs de l’Ouganda où le Frac (Front républicain pour l’alternance et le changement) a élu son QG. C’était à l’occasion de la présidentielle de 2010. Les matériels de compilation des résultats de l’opposition ont été saisis et emportés manu militari. Tout se déroulait dans le mépris de l’autorité ecclésiastique de Mgr Nicodème Barrigah-Benissan qui était dépêché sur les lieux. Il vous souvient aussi qu’il y a quelques mois, toujours au CESAL, les forces de l’ordre armées de matraques et de gaz lacrymogènes, y ont fait irruption et empêché la tenue d’une conférence de presse de l’Association pour la Promotion de l’Etat de Droit (APED).

A Sokodé, suite à l’arrestation arbitraire de l’imam Hassan Mollah le 16 octobre 2017, des militaires lourdement armés ont pris d’assaut des mosquées où ils ont violenté ceux qui s’y trouvaient. La grande prière de Djoumah du vendredi a été annulée pour éviter le pire. Fin octobre, à Kara, une mosquée située au quartier Tchintchinda sur la route de Kétao a été saccagée par des individus.

La profanation du Saint Coran à Lomé vendredi dernier, visiblement, s’apparente à une tentative de révolter les musulmans. Et ce n’est pas exclu, surtout que depuis longtemps, pour des raisons politiques, le pouvoir en place a habitué l’opinion à l’instrumentalisation des ethnies, opposant ainsi le nord au sud. Mais une tentative de vouloir opposer entre elles les communautés religieuses, pourrait être fatale pour le Togo. Même si certains interprètent cet acte comme une stratégie pour casser la dynamique autour de l’alternance, il conviendrait d’éviter de déplacer le débat politique sur le terrain religieux. C’est pourquoi il urge que le gouvernement fasse aboutir son enquête pour situer l’opinion, avec la ferme conviction de mettre fin à ces genres de choses dont le glissement serait risquant pour la paix sociale. Cela ne ferait qu’en rajouter à l’instabilité à laquelle est en proie la sous-région.

Le cas centrafricain est encore vif dans les esprits. Difficilement le pays s’en remet. En décembre 2013, à Bangui, une spirale de violences qui opposait des miliciens de la Sélaka majoritairement musulmane et des chrétiens Anti-Balaka, ont fait plus d’un millier de morts, selon l’ONU. Malgré les efforts de paix, le pays a du mal à se remettre. Les groupes armés continuent de proliférer en Centrafrique

Source : L’Alternative
 

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