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Togo/ Répressions à Mango : Les mensonges de Yark Damehame

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Du sang a encore coulé à Mango vendredi, comme en novembre dernier. La population s’est vue obligée de descendre dans les rues pour réclamer la libération de deux enseignants, arrêtés pour avoir voulu prier ou pour, dit-on, avoir menacé des parents de ne pas laisser leurs enfants participer aux entraînements du défilé 27 avril prochain.
 
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Mango la résistante ? En tout cas, les populations de l’ancienne grande ville du Nord (au temps des colons) ne laissent plus passer le moindre acte d’arbitraire sur leur sol. Initiées par les élèves, les manifestations du vendredi 1er avril dernier ont mobilisé toute la ville. La route nationale a été bloquée pendant des heures avant que la répression militaro-policière sauvage ne commence par s’abattre sur les manifestants. Aux forces de l’ordre de Mango, se sont ajoutés des renforts (probablement des militaires) venus de Dapaong pour mieux les « charger » et leur faire payer leur solidarité à l’égard des deux enseignants.
 
La population a été abondamment arrosée de gaz lacrymogène et plusieurs hangars de commerçants seraient brulés par les forces de l’ordre. Soit dit en passant, cette attitude qui consiste à mettre le feu aux biens de citoyens, en maintien d’ordre doit être expliquée à l’opinion.
 
L’un des enseignants, le nommé Moussa Adamou est professeur de français au Lycée de la ville. C’est à la préfecture, en pleine réunion aux côtés de ses autres collègues avec le locataire des lieux, qu’il sera livré par ce dernier à la Gendarmerie. Plus tard, un autre, Namoro Zékéri, directeur d’école, sera, lui aussi, interpellé de retour de son lieu de travail à une trentaine de kilomètres de Mango. Les deux seront déférés le même jour à la prison civile de Dapaong, à 75 kilomètres de là.
 
Dans un communiqué, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Yark Damehame fait savoir que les deux enseignants sont accusés par des parents d’élèves de les avoir menacés de ne pas laisser leurs enfants participer au défilé. Le ministre poursuivra son communiqué d’un ton menaçant, mettant en garde contre les manifestations inopinées. Il a cité trois blessés légers dans les rangs des forces de l’ordre et choisi de ne pas faire cas de ceux enregistrés dans les rangs des civils. Comme si les blessés au sein de la population ne sont pas, eux, des humains et ne méritent pas la moindre attention. Toutes choses qui dénotent du degré de mépris que les autorités publiques ont à l’égard des populations, particulièrement celles de Mango, une localité où Faure Gnassingbé aurait fait un score de plus de 80% à la dernière présidentielle.
 
Un délit de tentative de d’organisation de prier ? Ouvertement, et devant les témoins, le préfet-commandant Jacques Ouadja a accusé le professeur de français d’être impliqué dans un projet de prière qui, finalement, a même été avorté, faute d’autorisation de la préfecture. Et c’est pourtant à cause de cette initiative qui n’a jamais vu le jour qu’il a été pris et jeté en prison. Dans son communiqué, le ministre se contente de parler de plaintes de parents d’élèves…
 
Depuis l’arrestation des élèves, le président des parents d’élèves et d’autres témoins ont multiplié des déclarations qui mettent en doute le communiqué du ministre. Et les parents qui disent avoir été menacés sont devenus des fantômes que personne ne semble connaître. Le communiqué de Yark, pour plusieurs ressortissants de Mango, est de la même nature qu’une de ses précédentes déclarations qu’il a faite au sujet du massacre de novembre dans laquelle il disait que les balles, qui ont parfois transpercé le thorax des victimes, étaient tirées en l’air.
 
Il faut dire que cela commence par faire trop et que les propos d’un ministre qui a en charge la sécurité d’un pays puissent susciter autant de doutes dans l’opinion. En faisant un bilan controversé du nombre de blessés, en choisissant de dissimuler certains détails (pourtant importants) dans la relation des faits,- ce qui a comme conséquence de les dénaturer, cette fois encore le ministère de la Sécurité ne se rend pas service, ou tout au moins, ne rend pas service à sa propre crédibilité.
 
Dans une affaire aussi grave qui a occasionné des morts dont plusieurs corps sont encore à la morgue, on ne peut se permettre de tronquer délibérément la vérité, de façon aussi flagrante, si tant est qu’on prône effectivement l’apaisement. Soit c’est le ministre lui-même qui a décidé, en connaissance de cause, de dire des vérités contestables, soit ses collaborateurs l’ont induit en erreur. Quoi qu’il en soit, avec les nouvelles technologies aujourd’hui, il devient très délicat de cacher la réalité des choses. La manifestation de la vérité se fait, à nos jours, à un rythme plus accéléré qu’auparavant. Et les autorités togolaises en général doivent le savoir et le faire savoir à leurs différents collaborateurs…et surtout rappeler que les conséquences de certaines vérités peuvent ne survenir que plusieurs années plus tard.
 
Pour revenir à Mango, il ne faudra surtout pas oublier que cela fait 5 mois que des Togolais résidant dans cette localité sont presque assiégés, soumis à une sorte de terreur psychologique orchestrée par un colonel et qui laissera sa place à un collègue non moins autoritaire que son prédécesseur, vivant sous une tension presque permanente, avec leurs écoles plusieurs fois fermées…Il faudra aussi rappeler que tout est parti d’une histoire de faune financée par ailleurs par des institutions comme la Banque Mondiale, l’Uemoa, le Pnud. Un projet pour lequel certains sont prêts à massacrer leurs semblables.
 
source : L’Alternative
 

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