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Togo, «Révision des listes électorales» : Vive la rancune et la « revanche »


Un électeur cherche son nom sur la liste électorale, Togo | Archives : DR


Du 16 au 19 mai, les Togolais, n’ayant pas été enrôlés lors du dernier recensement électoral , ont été appelés à se faire enregistrer pour s’acquitter de leur devoir citoyen pour le 30 juin prochain, date retenue pour les élections locales. Au lendemain de cette opération, les constats alimentent les suspicions.

La révision des listes électorales avant les élections locales était l’une des demandes de l’opposition extraparlementaire qui conditionnaient sa participation à ce scrutin. Il s’agit pour l’opposition de faire enrôler ses militants qui avaient boycotté le dernier recensement pour des raisons qu’on connait. Ainsi, dès la communication des dates de la révision des listes électorales par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les leaders de l’opposition ont appelé leurs militants et sympathisants à sortir massivement pour se faire enregistrer. « Nous demandons aux populations togolaises de se préparer pour aller se faire recenser à partir du 16 mai parce-que la majorité ne s’était pas fait enregistrer », a déclaré la Coordinatrice de la coalition de l’opposition, Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, avant le début de la révision. Même son de cloche du côté de l’Alliance nationale pour le changement (Anc). « Il (Jean Pierre Fabre, Président de l’ANC, ndlr) appelle toutes les populations togolaises à aller, massivement s’inscrire dès le premier jour de révision des listes électorales pour que, le moment venu, sur toute l’étendue du territoire national, elles donnent par leur vote, la victoire aux listes ANC dans la majorité des 117 communes» », a fait savoir Eric Dupuy, Conseiller à la communication du parti.

Mais quelques jours avant le début de la révision, les informations faisaient état des manigances diligentées par certaines personnes au sein de la CENI en vue de réduire au maximum les inscrits au cours de cette opération. Et cela s’est avéré.

Pannes techniques, lenteur du logiciel, manque de carburant : on aura tout vu…

Le 16 mai, première journée de la révision, au centre d’enregistrement de Bassadji, les machines étaient en panne sèche. «Quand nous avons allumé l’ordinateur, c’est seulement la page de garde qui s’affiche. On a essayé de redémarrer mais cela ne donne rien. Nous avons appelé plusieurs fois le centre technique de la Commission électorale locale indépendante (CELI) situé au Centre Communautaire de Bè mais rien pour l’instant », a indiqué l’un des membres du bureau de vote. Dans cet établissement, c’est le seul bureau. Alors, les citoyens venus se faire enregistrer perdent patience. « Nous sommes là depuis le matin, ils nous disent que les techniciens vont venir régler le problème mais personne ne vient. S’ils ne veulent pas faire le travail, ils n’ont qu’à dégager », a affirmé, avec véhémence, Simon Anika qui, selon ses dires, est présent depuis plus d’heure. Ils sont une dizaine de personnes à attendre devant le bureau de vote. « Certains sont partis et nous n’allons pas tarder à les suivre », a lancé l’un deux. Finalement, les opérations ont commencé vers la mi-journée.

Ailleurs, c’est l’essence qui a fait défaut. Il a fallu à un membre de ce centre d’aller de l’essence vendue au bord de la route communément appelé « Boudè » pour les opérations d’enrôlement commencent. En outre, les ordinateurs sont d’une lenteur déconcertante. Pour faire enrôler une seule personne, les OPS mettaient entre 45mn et une heure.

Même constat au centre installé dans le collège Attikpa-Kagounou. Au terme de la première journée, ce centre n’a d’ailleurs enregistré que 42 personnes. Le même constat s’est étalé sur les 4 jours qu’a durés l’opération.

En effet, préalablement prévue pour durer 3 jours, la CENI a finalement décidé de prolonger l’opération d’une journée. Mais au sein de l’opposition, cette prolongation est presque passée inaperçue. En fait, depuis l’annonce de la révision des listes électorales, la CENI a très peu communiqué sur le sujet. Pourtant, lors du dernier recensement que l’opposition a décidé de boycotter, la CENI a mis les petits plats dans les grands pour une communication soutenue notamment sur les réseaux sociaux. Elle n’a pas hésité, n’ont plus, à s’appuyer sur les médias. Mais cette fois rien.

Tout porte à croire que la CENI a tout programmé et orchestré pour que les citoyens se résolvent à ne pas se faire enregistrer. Et cela a été malheureusement le cas dans plusieurs localités considérées comme fiefs de l’opposition. Même si on a déjà relevé ces manquements lors du dernier recensement, cette fois c’est à une plus grande échelle.

A quelle fin ? se demande-t-on. Quand on sait qu’en matière électorale au Togo, il y a très peu de garantie sur la transparence, le pouvoir qui s’est déjà illustré de la plus mauvaise des manières lors des dernières législatives gagne sans aucun doute en minimisant la participation des militants de l’opposition à ce scrutin. Un argument qu’elle utilisera pour justifier une éventuelle défaite de l’opposition dans certaines communes. Une sorte de « revanche » sur ces militants de l’opposition voire même d’une grande partie du peuple togolais qui a désavoué le gouvernement fin 2018, en boycottant massivement le recensement. Ce qui a tourné en dérision la CENI quand on lui a fait annoncer au lendemain de ces législatives du 20 décembre 2018, un taux de participation de près de 60%.

L’opposition demande une nouvelle prolongation…

Hier lundi, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) a saisi la communauté internationale au sujet de la révision de la liste électorale pour les locales du 30 juin prochain. Dans une note adressée au Groupe des 5 ambassadeurs (Union Européenne, Allemagne, France, Système des Nations Unies, Etats-Unis d’Amérique), la formation politique de l’ancien Premier ministre Yawovi Agboyibo relève plusieurs dysfonctionnements constatés pendant l’opération. Le parti du belier noir invite ces chancelleries à agir pour une nouvelle prorogation de 4 jours.

En effet, selon ce parti politique, durant les 4 jours de recensement, il a été constaté un nombre insuffisant de kits privant certaines localités de lieu de recensement, des pannes multiples révélées par plusieurs kits, une lenteur dans la délivrance de la carte d’électeur et un manque de carburant pour faire fonctionner les générateurs.

Pour Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson, «les 24 heures ne sont pas adéquates car les problèmes qu’il y a eu sur le terrain, le gouvernement le sait très bien, la CENI le sait très bien ». « On ne peut pas accepter que des Togolais en âge de voter ne puissent pas s’inscrire sur la liste électorale, surtout qu’on connait les enjeux liés aux prochaines élections. Elles ont été organisées au Togo depuis plus de 30 ans, donc il ne faut pas vraiment jouer avec ce scrutin. Il faut faire en sorte que ces élections locales soient crédibles et inclusives », a-t-elle affirmé lundi dernier.
 
Source : Fraternité No.314 du 22 mai 2019
 

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