Togo : Quel rôle pour le nouvel ambassadeur américain David Gilmour?

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L’ambassade des Etats-Unis d’Amérique au Togo a changé de main. Robert Whitehead, au Togo depuis 2012 et arrivé en fin de mission, est remplacé par David Gilmour qui a présenté ses lettres de créances vendredi dernier.
 
Le nouvel ambassadeur a un curriculum vitae assez étoffé et des références professionnelles appréciables. Mais au regard des desseins obscurs que finissent par embrasser ses prédécesseurs ou simplement collègues diplomates occidentaux avec le temps, les Togolais s’interrogent sur le rôle qu’il viendrait jouer ou plutôt l’emprise qu’il aura sur l’équation togolaise.
 
David Gilmour, c’est le nom du nouvel ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire des Etats-Unis d’Amérique au Togo. Nommé par Barack Obama et confirmé par le Sénat américain le 8 octobre 2015, l’homme a présenté ses lettres de créances à Faure Gnassingbé ce vendredi 11 décembre, à travers une cérémonie organisée à l’occasion. Il vient remplacer au poste Robert Whitehead qui y était depuis 2012.
 
Diplomate de profession avec rang de ministre-conseiller, David Gilmour, avant de débarquer au Togo où il est appelé à diriger la représentation diplomatique américaine, était Sous-secrétaire adjoint au Bureau des Affaires africaines du département d’État depuis 2013, Directeur des Affaires publiques les deux années d’avant. Il avait précédemment servi en tant que Premier Conseiller à l’ambassade des USA à Panama City (Panama) de 2008 à 2011, Conseiller aux Affaires publiques de la représentation diplomatique américaine à Genève en Suisse un an auparavant. Il était aussi Chargé d’affaires et Premier Conseiller à l’ambassade des USA à Lilongwe au Malawi entre 2004 et 2007, et Directeur des Affaires publiques du Consulat général des Etats-Unis à Sydney en Australie depuis l’an 2000. David Gilmour a par ailleurs occupé divers postes dans des représentations diplomatiques des États-Unis d’Amérique à San José (Costa Rica), Pretoria en Afrique du Sud, Douala (Cameroun) et Dakar au Sénégal.
 
Son service le plus notable aura été au Panama (2008-2011) où il a marqué à l’encre indélébile son passage par son investissement personnel dans la lutte contre les trafics illicites et le blanchiment d’argent. Au Togo, il compte mettre les bouchées doubles pour renforcer les institutions démocratiques. « Je travaillerai avec les Togolais pour renforcer les institutions démocratiques, aider le Togo à améliorer le climat des affaires afin de créer des emplois, et de redoubler nos efforts contre la criminalité et maintenir la paix en Afrique de l’Ouest », a déclaré le diplomate à l’issue de la cérémonie de présentation de ses lettres de créances.
 
Un ambassadeur yankee de plus au Togo ?
 
« Encore un pour garder un œil sur les affaires illicites au Togo », décoche sans ambages un compatriote sur les réseaux sociaux, et d’ajouter : « Normalement, c’est une punition pour un haut fonctionnaire quand on l’envoie dans le trou du cul du diable comme Lomé ». C’est un peu sévère comme réaction et cela sonne comme un procès d’intention au nouvel ambassadeur qui n’a même pas encore débuté sa mission. Mais elle soulève une inquiétude légitime quant au rôle réel que viendrait jouer David Gilmour au Togo.
 
Le nouvel ambassadeur a lui-même déjà planté le décor. Il dit être là pour participer au renforcement des institutions démocratiques dans notre pays, une cause assez noble. Le Togo tout entier sur le plan démocratique est un chantier complet à entreprendre. La gouvernance politique est assez problématique. Parlant d’enracinement de la démocratie, cet idéal est au stade primaire.
 
L’alternance au pouvoir est un rêve dans le ventre du chien. Les élections qui sont le mode par excellence de changement de régime n’existent que de forme au 228. Elles sont verrouillées par le pouvoir à coups de décisions obscurantistes, la vérité des urnes détournée grâce aux fraudes électorales. Le scrutin du 25 avril dernier l’a encore suffisamment prouvé. Les libertés sont conférées par les textes, mais leur jouissance est confisquée par le pouvoir. La justice qui est l’autre baromètre de la démocratie est instrumentalisée à outrance et ne sert qu’aux règlements de comptes. Au Togo, les corps habillés ont le droit de tirer sur des citoyens et les tuer comme ça leur chante sans jamais craindre de devoir répondre de leurs actes ; l’impunité leur est garantie. Le dossier des tueries de Mango est assez illustratif. Il y a aussi la question des élections locales qui est plus qu’urgente, celle des réformes constitutionnelles et institutionnelles qui ne l’est pas moins…
 
C’est juste un aperçu des problèmes togolais auxquels David Gilmour sera appelé à être confronté. « Petit pays, mais gros problèmes », c’est ainsi que le Togo est caricaturé. Et ses compétences intellectuelles et références professionnelles risquent de ne lui être d’aucun recours. Des ambassadeurs américains à la tête aussi bien faite que lui, le Togo en a connu. Mais ils ont quitté le pays à la fin de leur mission sans avoir eu de prise sur ces fléaux. Mieux, ils ont fini par s’accommoder des « togolaiseries ».
 
Faire mieux que Whitehead, imiter son collègue du Burkina
 
Que soit dit en passant, les diplomates accrédités au Togo ne sont pas là pour régler les problèmes du pays à la place des Togolais eux-mêmes. Mais c’est une constance qu’ils influencent souvent les décisions des gouvernants, positivement ou négativement, par le jeu des pressions et des intérêts. En tout cas, ils sont mieux écoutés que les voix internes. Sur le rôle qu’il est appelé à jouer, David Gilmour devra mieux faire que son prédécesseur au poste Robert Whitehead.
 
En effet, les observateurs s’accordent à reconnaitre la partition jouée par Robert Whitehead dans la tenue des élections législatives de juillet 2013. L’ancien représentant diplomatique au Togo s’est notamment investi aux côtés de Mgr Nicodème Barrigah, Président de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) pour convaincre l’opposition d’y participer, au moment où elle menaçait de boycotter ce scrutin sans mise en œuvre des réformes. Mais après coup, il n’aura pas fait grand-chose pour obliger le pouvoir à matérialiser ces réformes réclamées par tous, et le scrutin présidentiel du 25 avril a été tenu dans les conditions que tout le monde sait.
 
Dans l’appréhension du rôle que le nouvel ambassadeur doit jouer au Togo, certains concitoyens souhaitent le voir emboiter le pas de son collègue en poste au Burkina Faso. Tulinabo Mushingi, le représentant diplomatique américain a en effet participé, autant que ses autres homologues de la France et occidentaux, à l’avènement de l’alternance dans ce pays saluée par tous. Il a pris résolument le parti du peuple burkinabé qui aspirait à autre chose, s’est investi pour le bon déroulement de la Transition, mettant à leur place quand il le faut ceux qui tentent de la saborder, comme le défunt (sic) Régiment de la sécurité présidentielle (Rsp) d’un certain Gilbert Diendéré. Nous vous rappelons une de ses interventions en février 2015, après des accrochages entre le Premier ministre de la Transition Isaac Zida et ce régiment :
 
« (…) L’essentiel pour nous est qu’on ne dérange pas la population, avec d’autres crises dont on n’a pas besoin. Tout le monde sait que nous avons huit mois pour arriver aux élections. Alors, il faut qu’on se mette ensemble pour arriver à ces élections. L’équipe actuelle que nous avons peut être parfaite ou ne pas être parfaite (…) Travaillons donc avec l’équipe actuelle avec ses perfections, ses faiblesses et ses forces, pour arriver aux élections. C’est ça l’essentiel pour nous les Etats-Unis. Sinon on ne va pas tolérer une division au sein du peuple burkinabè. Nous nous sommes battus pour faire comprendre au peuple que nous travaillons pour l’intérêt de tous et non pour l’intérêt d’un groupe, qu’il vienne de gauche ou de droite. Nous invitons une fois de plus tous les acteurs à privilégier le dialogue pour que nous puissions arriver aux élections qui sont une préoccupation majeure de l’heure ».
 
Qu’à cela ne tienne, le nouvel ambassadeur des USA au Togo est appelé à se rendre utile aux Togolais, à faire oublier une certaine Patricia Hawkins qui avait presque pactisé avec le pouvoir de Lomé et était devenue une admiratrice de Faure Gnassingbé. Sinon il aura été simplement un ambassadeur américain de plus au Togo, le 21e dans notre pays.
 
Source : [16/12/2015] Tino Kossi, Liberté
 
David Gilmour, le nouvel ambassadeur
 

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