Togo : Sylvanus Olympio, le père de l’indépendance, oublié dans la corbeille des anonymes


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13 janvier, « Fête de la Libération nationale ». L’événement est passé incognito ce mercredi. A raison peut-être, la célébration fastueuse de cette « fête » n’est plus d’actualité car rappelant de bien tristes souvenirs.
 
Le pouvoir Faure Gnassingbé a décidé de faire de cette date une occasion de réconciliation. Mais a contrario, la VERITE n’est toujours pas faite sur l’assassinat de Sylvanus Olympio, le Père de l’Indépendance, et la réhabilitation promise par les gouvernants en place reste une arlésienne.
 
13 janvier et devoir de mémoire
 
13 janvier 1963, 7h 15 mn. C’est à ces dates et heure que Sylvanus Olympio avait été assassiné. C’est ce que disent en tout cas l’histoire et quelques documents sur cet événement tragique. Un commando de six hommes, des anciens demi-soldes de l’armée coloniale française qui venaient d’être démobilisés par Paris, parmi lesquels l’adjudant Bodjollé et le sergent Etienne Gnassingbé alias Eyadema, a attaqué sa résidence la veille à 23 heures.
 
Le Président qui était déjà couché avant l’assaut eut à peine le temps d’enfiler une culotte et une chemise, réussit à s’enfuir, pieds nus, escalada le mur de l’ambassade des États-Unis qui était contiguë à sa demeure et se réfugia dans un véhicule. Mais ce territoire américain sera violé au matin du 13 janvier vers 7 heures par les putschistes qui y entrèrent, sortirent Sylvanus Olympio qui était à peine habillé et l’abattirent de coups de fusils.
 
Etienne Gnassingbé réclama fièrement cet assassinat quelques jours plus tard, devant les reporters du Figaro, du Monde, de Paris Match et de Time Magazine, se vantant d’avoir abattu le Président de ses propres mains : « Je l’ai descendu parce qu’il ne voulait pas avancer ». Avant de se rétracter plusieurs années plus tard, en 1992 sur les ondes de Rfi. Plusieurs sources ont reconnu effectivement qu’Eyadema n’avait fait que réclamer cet assassinat afin de couvrir des gens et que ce meurtre était bien préparé ailleurs. Qui avait alors tiré sur Sylvanus Olympio ? Ce coup d’Etat était-il pensé dans des officines des puissances coloniales de l’époque ?
 
On ne le sait pas jusqu’à ce jour. Ce qui était certain, c’est que les anciens soldats togolais démobilisés en voulaient à Sylvanus Olympio qui avait refusé de les intégrer dans la petite armée togolaise. L’autre certitude aussi, c’est que l’homme n’était pas trop aimé des dirigeants de la France, le Général de Gaulle et son conseiller aux affaires africaines Foccart notamment qui voyaient en lui le prototype du chef d’État sournoisement anti-français, têtu. Comme s’il était dans le secret des dieux, c’est l’ambassadeur de France au Togo à l’époque, Henri Mazoyer qui, selon les témoignages de Gilchrist Olympio, le fils de Sylvanus, a prévenu dans la nuit son collègue américain Leon Poullada qu’un putsch était en cours, à peine l’assaut lancé sur la résidence présidentielle. « Fin 1964, presque deux ans après la mort de mon père, raconte-t-il, j’ai rencontré Poullada à Washington. Il venait de quitter le département d’État et était encore traumatisé. Il m’a reçu pendant trois heures et m’a dit que c’était l’ambassadeur de France, Henri Mazoyer, qui l’avait prévenu cette nuit-là qu’un coup d’État était en cours et que le Président s’était peut-être réfugié dans son ambassade ».
 
Preuve qu’il en savait peut-être beaucoup bien avant. Le diplomate américain était même allé voir Sylvanus Olympio terré dans le véhicule qui lui a raconté sa mésaventure. C’était au petit matin et le diplomate retourna chez lui, promettant à Sylvanus d’attendre dans le véhicule, le temps qu’il ne revienne avec les clés du bureau pour le lui ouvrir. Mais le temps ne suffira pas. Le président sera déniché par les assaillants et exécuté devant l’ambassade. Qui avait indiqué la cachette de Sylvanus Olympio aux putschistes ? Est-ce l’un des deux ambassadeurs de l’époque ou les autorités des deux puissances ? On n’en sait rien jusqu’à ce jour. Et, comme si l’on cherchait à cacher quelque chose, les documents relatifs à cette affaire sont soigneusement protégés par les puissances coloniales et difficilement accessibles.
 
La VERITE occultée, Sylvanus Olympio oublié…
 
« Même si c’est 100 ans, nous rechercherons la vérité. Nous voulons savoir celui qui a tué le premier président du Togo. Nous voulons savoir non seulement celui qui a appuyé sur la gâchette pour lui envoyer quatre balles dans le corps, mais aussi les donneurs d’ordre », déclarait le 13 janvier 2013 Gilchrist Olympio, son fils qui a cru devoir pactiser avec le rejeton de son assassin (sic), au terme d’une prière œcuménique sur l’esplanade du Palais des congrès de Lomé. Et d’ajouter : « (…) Ce qui est important, c’est que le gouvernement commence par reconnaître le rôle majeur qu’il (Sylvanus Olympio, Ndlr) a joué, le sacrifice énorme qu’il a consenti dans l’avènement de l’indépendance du Togo ». Au-delà de ces propos de celui qui est à tort ou à raison vu en traître du peuple togolais, il y a un flou manifeste qui entoure jusqu’à ce jour l’assassinat du Père de l’Indépendance du Togo.
 
Si Eyadéma en avait – consciencieusement ou naïvement – réclamé la paternité à l’époque, c’est un secret de Polichinelle qu’il n’en était vraiment pas l’auteur. Le véritable tireur, les commanditaires, les vraies motivations de l’assassinat ne sont toujours pas connus. Plus d’un demi-siècle après cet événement tragique cyniquement célébré pendant 38 ans comme une « Fête de la Libération nationale », la VERITE ne s’est pas encore faite au grand jour. Il n’y a visiblement pas de volonté politique des gouvernants actuels de faire toute la lumière sur cette page sombre de l’Histoire du Togo. Les différentes tentatives menées avec les diverses commissions mises en place pour revisiter l’histoire, de celle de l’archevêque Dosseh-Anyron à celle de Mgr Nicodème Barrigah, n’ont rien apporté comme éclaircissement. Même les promesses de réhabilitation du Père de l’Indépendance ne sont pas tenues.
 
« (…) En relation avec la famille, le gouvernement prendra les dispositions nécessaires pour le retour au Togo des restes du président Sylvanus Olympio, premier président du Togo afin que la nation lui rende des honneurs dus à son rang. C’est pourquoi je voudrais vous annoncer qu’à partir de 2010, et dans une volonté de panser les blessures résultant de notre histoire tourmentée, le calendrier républicain de l’année sera redéfini », c’est la profession de foi faite par Faure Gnassingbé en 2010, au nom de l’incantation de réconciliation nationale.
 
Mais six ans après, les restes du corps de Sylvanus reposent toujours au cimetière d’Agoué sur le territoire béninois. Et pourtant il s’agit du Père de l’Indépendance du Togo, cette indépendance acquise au prix de mille sacrifices qui permet au pouvoir Rpt/Unir d’accaparer les ressources du pays. Sous d’autres cieux en Afrique, la lumière s’est faite sur les assassinats ou simples coups d’Etat subis par les pères des indépendances, ceux qui doivent demander pardon l’ont fait et la mémoire de ces illustres hommes réhabilitée. Au Ghana voisin, une place d’honneur est réservée à Kwame N’krumah dans la mémoire collective et il est vénéré comme il se doit. Mais ici au 228…
 
Sylvanus Olympio est oublié dans la corbeille des anonymes. Ce mercredi qui marquait le 53e anniversaire de l’assassinat de Sylvanus Olympio, aucune manifestation officielle n’a été organisée par le gouvernement, même pas des offices religieux hypocrites pour prier pour le repos de l’âme de l’illustre disparu. Faure Gnassingbé a cru devoir ne rien faire pour marquer l’événement, ne serait-ce même que pour donner l’impression d’entretenir encore l’accord du 26 mai 2010 entre l’ancêtre de l’Union pour la République (Unir) et l’Union des forces de changement (Ufc) et ainsi amadouer son partenaire (sic), l’objet de foire Gilchrist Olympio. Ce dernier qui se barde du titre de « Second man of the power » s’est retrouvé seul à Agouè pour déposer une gerbe de fleur sur la tombe de son père, après un recueillement à l’église Sainte Rita de Wuiti. Il y a eu un conseil des ministres ce mercredi 13 janvier, mais pas une seule communication n’a été faite sur cet événement tragique. Et pourtant on verra tout le boucan qui sera fait le 5 février prochain marquant le 11ème anniversaire du décès d’Eyadéma. Sylvanus Olympio est bien savamment mis dans la corbeille de l’oubli par le pouvoir en place. Seuls une petite rue au grand-marché (ancienne rue du Commerce) et le Centre hospitalier universitaire (Chu) de Tokoin, le mouroir officiel portent son nom. C’est cela la réhabilitation version Faure Gnassingbé…
 
Source : [13/01/2016] Tino Kossi, Liberté / 27avril.com
 

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