Togo/Crise Dans Le Diocèse De Kpalime : Les Prêtres Frondeurs Sont Suspendus De Leur Fonction

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Accusés par la Conférence des Évêques du Togo (CET) de s’opposer à l’autorité de leur Père Évêque, Monseigneur Benoît Mensan Alowonou, les trois prêtres du diocèse de Kpalime (120Km de Lomé) ont pris une fois encore le micro. Devant la presse jeudi, ces prêtres frondeurs ont tenu à donner leur part de vérité. Et nous venons d’apprendre qu’ils viennent d’être relevés de leur fonction en application du droit canon.
La partie visible de l’iceberg
Tout est parti d’un scandale survenu à la cathédrale de Kpalime, lors de la messe chrismale présidée, le 28 mars dernier par l’Evêque de Kpalime, Mgr Benoît Mensan Alowonou. Mécontent de la lecture d’une motion de renouvellement de promesse sacerdotale au père Évêque dont ils jugent l’occasion inappropriée ainsi que le contenu contestable, les Pères Yves -Paul Azaglo, Daniel Gbadji et Gerson Gale ont véhément protesté et d’une manière frontale contre la démarche “non consensuelle” du presbyterium. Somme toute, la partie visible de l’iceberg, une complexe et tentaculaire affaire qui remonte en mars 2016.
Mais très mal vu et apprécié par la Conférence des Évêques du Togo qui le qualifie de “scandaleux” et “sacrilège”, les trois prêtres frondeurs sont, depuis quelques jours, dans l’œil du Cyclone. « La Conférence des Évêques du Togo recommande à Monseigneur Benoît Alowonou de prendre des mesures prévues par le Code du Droit canonique, en de pareilles circonstances », peut-on lire dans son communiqué. De quoi susciter la réaction des mis en cause qui brandissent leur part de vérité.
Contre- réaction et précisions…
Cible de diatribes et critiques croisées, le groupe de prêtres mis en cause sont, à leur tour, monté au créneau jeudi dernier pour fustiger, voire dénoncer les dérives de Mgr Alowonou Benoît. Après avoir fait une mise au point sur la situation, ces derniers ont étalé certaines pratiques de leur supérieur hiérarchique, par ailleurs Président de la Conférence des Évêques du Togo. Des comportements de l’évêque qui, disent- ils avec des mots forts, frisent la cruauté, la haine, l’arrogance, le mépris et l’inhumanité.
« Ne voyez pas en notre réaction, une sorte de rébellion contre notre Père Évêque. Notre réaction est plutôt celle de l’indignation, de la colère, de la consternation d’une partie du peuple de Dieu malheureux et désabusé constamment victime de la torture tant physique que morale », a laissé entendre le Père Gerson Gale, l’un des frondeurs, dans leur mise au point. Et de tenir à clarifier la situation qui prévaut actuellement dans le diocèse de Kpalime. Ceci, en relevant les insuffisances, les non-dits et les contre-vérités contenues dans la déclaration de la CET.
… sur une affaire complexe et tentaculaire
En effet, au-delà de l’asphyxie financière dont ils disent souffrir le martyr depuis des années, (coupe des honoraires de messe et refus de signer des documents de voyage, même pour des besoins de santé) du fait de l’Evêque de Kpalime, confrontant des ministres de Dieu au manque de substances, les Révérends Pères Alexandre Anibri (qui s’est désengagé par la suite), Jean-Claude Atsutse, Yves-Paul Azaglo, Daniel Gbadji et Gerson Gale disent avoir commis le “crime de lèse majesté” d’avoir attiré l’attention de Mgr Benoît Mensan Alowonou (conf leur lettre ouverte en date de mars 2016, à lui adressée), sur la nécessité pour lui de revoir son modèle d’administration. Car, relève t-il dans ce document, «La gestion humaine, pastorale et financière du diocèse est désastreuse et catastrophique. L’exercice de l’autorité est loin d’être évangélique ». Malheureusement, leur démarche a été mal perçue par le patron du diocèse de Kpalime qui a accentué, de plus belle, leur chemin de croix et humiliation.
Le combat pour l’affranchissement de la Vérité
Loin d’être des “thuriféraires à la solde du mal contre le bien” et qui, de peur de représailles ont épousé le mensonge, la malhonnêteté et l’hypocrisie, ces derniers disent ne pas vouloir rester enfermés dans le silence. Ceci, au risque de devenir les complices des nombreux scandales auxquels assiste impuissante, l’église de Dieu de Kpalime. Lesquels scandales, énumèrent t-ils, ont trait à une gestion financière hasardeuse des ressources du diocèse et l’inexistence d’un plan pastoral fiable qui doit indiquer clairement les orientations du diocèse ainsi que les objectifs à atteindre. Ceci, ajouté aux “relents d’autoritarisme, du cléricalisme, de l’épiscopalisme et de la bureaucratie. Malheureusement, poursuit le groupe des constataires, leurs “cris du malheureux” sont mal digérés par le Père Évêque appuyé par la Conférence des Évêques du Togo. Et toutes les tentatives de résolution de la crise entreprises aussi bien par des missions d’évêques que le Nonce Apostolique ont été vouées à l’échec, par la faute du refus de Mgr Alowonou d’entendre raison. «Toutes les voies de recours étant épuisées, nous ne voyons pas autour de nous, le Bon Berger dont parle Jésus, qui soigne ses malades et prend soin de ses brebis », concluent- ils.
Qu’à cela ne tienne et malgré les menaces, « nous restons toujours ouverts et disponibles au dialogue qui, à nos yeux, constitue la seule porte de sortie de crise ». Toutefois, préviennent-ils, « nous ne sommes pas prêts pour des compromissions ».
“Nous n’avons pas peur !”
S’agissant de la suite à donner à la menace de la Conférence des Évêques du Togo au sujet d’une éventuelle sanction à leur encore, les Pères Yves-Paul Azaglo, Daniel Gbadji et Gerson Gale disent être sereins. «Nous connaissons les risques de notre démarche, connaissant surtout la tradition au sein de l’Eglise. Mais nous avons choisi le risque et la justice sur la complaisance et l’injustice», affirme le Père Gerson Gale. Et de poursuivre en concluant : « Le vin est peut-être tiré. Il ne nous restera qu’à le boire. Mais nous n’avons pas peur. Quoi qu’il advienne, on ne peut pas nous empêcher de pratiquer notre foi, dans la vérité et la dignité ».
Et la calice redoutée a été servie
On en était là quand en début d’après-midi de ce vendredi, le droit canonique a décidé de suspendre les trois prêtres. Une suspension qui selon le droit s’étant de 1 à 5 ans et contraint ainsi les frondeurs au monastère avec interdiction de toute célébration publique sauf autorisation diligente du Père Évêque.
Selon une source bien introduite, la suite de la carrière de ces trois prêtres dépendra de leurs attitudes durant la période suspensive.
 
source : Fraternité
 

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