Tous les moyens mobilisés pour la traque des vendeurs de « boudè », les malfrats opèrent librement et les braquages se banalisent


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Les populations togolaises sont-elles condamnées à subir impuissantes la loi des braqueurs ? C’est la question que l’on est tenté de se poser, devant la recrudescence de l’insécurité à Lomé et ses environs. Les braquages se généralisent et se banalisent même. Les citoyens semblent carrément livrés aux malfrats qui opèrent en toute tranquillité, dans l’indifférence totale des autorités et des forces en charge de la sécurité. Pendant ce temps, c’est toute une armada et des moyens énormes que l’on déploie aux trousses des petits vendeurs de carburant illicite.
 
Les braqueurs règnent en maitres
 
La misère est le lot quotidien des populations togolaises depuis des années et les choses semblent corsées naturellement depuis le hold-up électoral et la victoire (sic) du Prince. Mais elles doivent en plus partager leurs journées et nuits avec l’insécurité. La chose connaît une telle recrudescence qu’on a toutes les raisons de s’inquiéter.
 
Le phénomène le plus en vogue à Lomé est le braquage des motocyclistes dans la rue par des malfrats. Pour emporter leurs engins, ils n’hésitent pas à ôter la vie à de jeunes gens qui ont trimé pour se les acheter. Le modèle sur lequel ces voleurs semblent flasher est l’Apache ou la Flèche. Ils sont nombreux, les propriétaires à en être victimes. Ce sont tous les quartiers de la capitale qui sont concernés. Aujourd’hui, ce n’est pas seulement dans la rue que les malfrats opèrent. Ils rentrent même dans les maisons pour commettre leurs forfaits.
 
L’insécurité ne se limite pas seulement à Lomé. D’autres localités de l’intérieur aussi sont touchées. C’est le cas de Kpové, située à une douzaine de kilomètres de la ville de Notsè. On parle d’un gang puissamment armé de fusils automatiques qui a tué dans la nuit du samedi 24 octobre dernier, à coup de poignard, un commerçant du nom de Sossa Sossou dit Agbé et emporté la somme de 150 millions de FCFA. Selon les informations, ces brigands l’ont éventré devant ses enfants et ses femmes, après avoir violé ces dernières.
 
Les malfrats opèrent en toute quiétude, ce qui porte à croire qu’il n’y a pas de forces déléguées à la sécurité des citoyens. Devant la banalisation du phénomène, ce sont simplement des appels à la prudence qui sont lancés de gauche à droite.
 
Des hommes politiques touchés, le cabinet de Me Tchassona Traoré cambriolé
 
Ce ne sont pas les citoyens anonymes seulement qui sont victimes de l’insécurité à Lomé et ses environs. Les hommes politiques sont aussi ciblés. Selon les informations, les portières du véhicule de Justin Komla Yidi, le leader de la Nouvelle dynamique populaire démocratique (Ndpd) ont été défoncées mardi dernier tout près du Centre communautaire de Tokoin et les malfrats auraient emporté un sac contenant des documents. Est-ce un acte de voleurs ordinaires ou étaient-ils en mission ?
 
Nul ne saurait le dire avec exactitude. Mais il n’est pas le seul politique à être ciblé. Le président du Mouvement citoyen pour la démocratie (Mcd) et candidat à la dernière élection présidentielle, Me Mohamed Tchassona Traoré a aussi reçu la visite des malfrats. Son cabinet sis sur le Boulevard Houphouët-Boigny, en pleine ville donc, a été cambriolé dans la nuit de lundi à mardi. D’après les constats effectués, les malfrats ont scié les barres de fer des fenêtres pour accéder aux locaux et au bureau du notaire et homme politique et emporté un ordinateur, une télévision écran plasma et bien d’autres objets de valeur. Me Tchassona Traoré aurait déposé plainte contre X.
 
Il faut remonter le temps de quelques jours et signaler le braquage dont a été victime le Directeur de publication du journal « Le Rendez-vous », Abi Alfa, dans la nuit du 20 au 21 octobre dernier. Son véhicule garé à la maison a été défoncé et les visiteurs auraient emporté la batterie. Cela intervenait quelques heures avant sa convocation pour le 22 octobre par le Doyen des juges d’instruction dans une plainte déposée contre lui par le ministre Adji Oteth Ayassor, en compagnie de son alter égo du quotidien « Liberté », Zeus Aziadouvo, dans l’affaire de rétro-commissions sur le marché du chantier Lomé-Vogan. Certains ont vite fait le lien, à tort ou à raison, avec ce dossier et soupçonné une opération bien organisée pour tenter de récupérer quelque document et l’intimider.
 
Tout pour la traque des vendeurs de « boudè »
 
C’est à une banalisation des braquages que l’on assiste. L’insécurité prend des proportions inquiétantes. Tout porte à croire qu’il n’existe pas de ministre, d’autorités et agents chargés d’assurer la sécurité aux citoyens. Des corps chargés de ce rôle, le Togo en dispose à gogo : la police, la gendarmerie, les forces de défense. Mais les appels au secours des populations tombent dans des oreilles de sourd. Le plus cocasse est que pendant ce temps, tous les moyens sont mobilisés pour la traque des vendeurs de carburant illicite.
 
En effet, c’est une guerre qui est ouverte contre les trafiquants de « boudè ». Agents, matériels, ressources financières, tous les moyens sont mis à la disposition des forces chargées de traquer ces jeunes hommes qui mènent cette activité pour survivre, dans un pays où l’Etat à démissionné à pouvoir les diplômés d’emploi et la jeunesse n’a d’autre solution que la débrouillardise. Et dans cette mission, les corps habillés font preuve d’une extrême sévérité et d’une détermination totale à l’endroit de leurs proies (sic). Ils se font un point d’honneur à en finir avec ces trafiquants et n’hésitent pas à tirer sur les véhicules remplis de bidon d’essence, un liquide inflammable, en pleine agglomération et à côté des maisons habitées. Il s’en suit très souvent mort d’homme et des blessés graves. L’illustration patente a été offerte le week-end dernier à Avédji. « Hier dimanche, les menaces d’ouvrir le feu proférées à Abobo-Kpoguédé ont été mises à exécution. Un véhicule, après des heures de course-poursuite à travers la ville de Lomé, s’est retrouvé dans une ruelle au quartier Avédji. A son bord, des bidons remplis de carburant. Mais le comble de la stupéfaction des riverains a été atteint lorsqu’un des poursuivants a ouvert le feu sur le véhicule garé contre un mur, en pleine agglomération. Des flammes jaillirent et même l’arrivée des sapeurs-pompiers n’a pas permis de les maitriser. Les restes des bidons sont visibles à quelques mètres du sinistre. Le chauffeur aurait pris la clé des champs », écrivions-nous dans la parution N°2056 du lundi 26 octobre dernier.
 
La traque résolue aux trafiquants de carburant illicite soldée souvent par des morts d’hommes a débuté depuis des lustres et le cas d’Avédji ne risque pas d’être le dernier. On met en avant les pertes fiscales pour l’Etat et les risques d’incendie avec la commercialisation de ce type de carburant pour pourchasser jusqu’à leur dernier retranchement leurs acteurs. Mais ce que le commun des citoyens ignore, c’est que derrière ce prétexte, c’est le business des barons du pouvoir, les propriétaires des stations d’essence qui est défendu. Pendant ce temps, la sécurité des citoyens qui sont les contribuables est abandonnée, et les électeurs chéris de « Miabé Faure » livrés à leur triste sort. Lorsqu’on pense en plus que l’on est dans un mandat social, les ressentiments se justifient davantage. Et dans cette atmosphère d’abandon, c’est la voie royale qui est en train d’être tracée au retour de la vindicte populaire, une justice dangereuse pour la cité.
 
Tino Kossi
 
source : Liberté Togo
 

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