Le trafic d’enfants au TOGO


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Le trafic des enfants devient un phénomène inquiétant voir surprenant : 44 enfants en deux semaines dans les régions Centrale et Kara. Le 18 janvier 2016 à Tchamba dans la région centrale 05 mineurs étaient concernés ; 05 jours plus tard c’est-à-dire le 23 du même mois, 18 autres mineurs étaient aussi victimes de trafic à Bassar et 06 le 25 janvier à Kétao. La situation dévient préoccupante lorsqu’une semaine plus tard, le 1er février, 15 nouveaux mineurs ont été référés à CREUSET.
 
1. Résumé des faits :
 
En ce qui concerne la préfecture de Tchamba, en date du 18 Janvier 2016, l’ONG CREUSET a été saisi par le juge des Enfants du Tribunal de Tchamba au sujet de cinq (05) mineurs victimes de traite. Ils sont conduits au cabinet du juge des enfants de Tchamba par le sieur DAOUDA Salifou chef des ressortissants du Togo au Nigeria demeurant et domicilié à IBADAN (R/Nigeria) au quartier Bodidzan. En effet, ces mineurs d’un âge compris entre 03 et 14 ans ont été conduits au Nigéria par un trafiquant « OGA » il y a environs une année. Ils travaillaient dans des familles comme domestique. Ils travaillaient dans des conditions difficiles dans les maisons de leur patronnes. Suite à ce travail très dur et aussi et surtout des menaces elles ont fuis pour la ville cherchant un moyen pour revenir au pays. C’est au cours cette fuite qu’elles ont été intercepté par la police d’immigration nigériane et remise à l’interpole qui les a conduit chez le chef des ressortissant du Togo au Nigeria le 06 Août 2015 pour qu’ils les ramènent au Togo. C’est par ce chef que ces 05 mineurs sont finalement arrivés au Togo et confiés au juge des enfants du Tribunal de Tchamba puisqu’il ressort selon les informations que les parents seraient originaires de cette préfecture. Notons que parmi ces cinq mineurs celui de 03 ans serait un orphelin dont la mère est décédée au Nigeria. Des démarches sont en cours pour identifier un centre adéquat pour son placement institutionnel.
 
S’agissant de la préfecture de Bassar, dans la nuit du 23 au 24 janvier 2016, l’animateur de CREUSET TOGO dans cette préfecture a été saisi par le Commandant de Brigade de Bassar relativement à 18 mineurs victimes de trafic. En effet, suite à des informations reçues, le capitaine de compagnie de Bassar accompagné d’un lieutenant ont intercepté un véhicule d’immatriculation TG 7511 AD ayant transporté en direction du Nigéria 36 passagers dont 18 mineurs. Le chauffeur dudit véhicule a en effet pour des raisons pécuniaires embarqué 27 passagers (16 majeurs et 11 mineurs) à bord du véhicule et 09 (02 majeurs et 07 mineurs) sur le porte bagage du véhicule (au dessus). Les passagers sur le porte bagage du véhicule était couverts de bâche et attachés comme des colis afin de tromper la vigilance des forces de l’ordre au poste de contrôle. Le chauffeur fut conduit à la brigade de Bassar pour investigations. Ce dernier ne signala pas la présence de mineurs sous les bâches sur le porte bagage. Ces derniers furent découverts grâce à la curiosité d’un gendarme. Ce dernier a en effet remarqué des mouvements dans la bâche sur le porte bagage du véhicule en haut. Il monte sur le véhicule pour vérification et découvre la présence de 07 mineurs presque asphyxiés sous la bâche. On les fait descendre et les associe aux autres mineurs.
 
A kétao, le 25 janvier CREUSET a été saisi par le Président du Tribunal de Pagouda qui sollicitait le concours de CREUSET pour la réinsertion de 06 mineurs victime de traite. Ces derniers ont été conduits de Kétao à Kara au niveau de l’action sociale qui a contribué à la réinsertion de ces mineurs.
 
A Sokodé, le lundi 1er Février 2016 aux environs de dix sept (17) heures, un mini bus immatriculé TG 5352 AI transportant quinze (15) mineurs en provenance de Bitchabé (Toujours préfecture de Bassar) a été intercepté à Kadambara par les forces de sécurité en direction de Tchamba et envoyé au commissariat central de Sokodé. Le sieur IDRISSOU chauffeur dudit bus a pris les quinze (15) mineurs pour Tchamba où ils devraient être accueillis par une femme qui se chargera de leur destination vers le Nigéria ou le Gabon. Il a reçu du trafiquant (Oga) une somme de trois mille francs par enfant pour leur destination à Tchamba. Saisi de nouveau, l’ONG CREUSET-TOGO a fait le déplacement du commissariat de police pour vérifier les faits avant de demander l’implication de l’Action Sociale et passer à l’identification de ces mineurs. Il est aussi important de préciser que parmi ces quinze (15) mineurs, dix (10) sont de nationalité ghanéenne et cinq (5) de nationalité togolaise, ils ont respectivement un âge compris entre 10 et 18 ans
 
2. Actions menées par CREUSET TOGO :
 
De façon concrète, pour tous ces mineurs référés, CREUSET TOGO en vue de disposer d’éléments d’appréciation pour mieux orienter son action, a mené les actions suivantes:
 
− Entretien avec le capitaine de compagnie de Bassar pour mieux comprendre les faits en ce qui concerne les 18 mineurs de Bassar.
 
− Entretien avec les 36 passagers du bus afin d’avoir l’identité complète des mineurs.
 
− Séance d’échange avec le commissaire régional et celui de la ville en présence du Préfet de Tchaoudjo, pour la recherche des pistes de réinsertion des mineurs originaire du Ghana.
 
− Entretien individuel avec les 44 mineurs afin de disposer d’informations pour la recherche des parents et leur réinsertion familiale d’une part et les circonstances du trafic en vue de la recherche des autres d’autres parts.
 
− Echange avec les juges des enfants de Bassar, Tchamba, Sokodé pour l’obtention des ordonnances (autorisation) de placement en vue de l’accueil au centre de transit de CREUSET à Sokodé de 21 mineurs en attendant la poursuite des démarches liées à la réinsertion.
 
− Appui alimentaire aux 44 mineurs.
 
− Accueil de 21 mineurs dont 13 originaires du Ghana au centre de transit de CREUSET TOGO à Sokodé.
 
− Recherche des parents et réinsertion familiale de 20 enfants de nationalité togolaise
 
3. Situation familiale des mineurs
 
Sur les 44 mineurs, 25 sont togolais et 19 autres originaires du Ghana. Tous vivent dans des conditions difficiles et sont à leur propre charge dans leur famille respective sans aucun contrôle parental. Ils affirment se rendre au Nigéria dans le but de subvenir aux besoins de leur famille. Selon leur propre déclaration, leur situation de vie n’est pas du tout rose, c’est ce qui justifie leur déplacement vers le Nigéria pour chercher le mieux être. Certains sont des élèves d’autres en fin d’étude du premier cycle.
 
4. Processus de réinsertion et situation actuelle des enfants :
 
Les 05 mineurs de Tchamba sont encore au centre de transit de CREUSET et la recherche des parents ou proches parents se poursuit. Par ailleurs, les échanges avec les autorités de Bassar, ont permis que ceux-ci touchent leur homologue de la préfecture voisine du Ghana. Cette démarche a permis de convoyer les enfants du centre de transit de CREUSET vers la frontière Ghana ou ces enfants ont été confiés aux autorités Ghanéenne le vendredi 29 janvier 2016. Quant aux 15 mineurs de Sokodé, 05 ont été réinséré dans leurs familles respectives et les 10 ghanéens ont été confiés au service d’immigration du Ghana à la frontière de Tatalé. Ce service dirigé par le commandant Francis AZONG, se chargera de prendre attache avec les ONG et le service social des villages de provenance des mineurs pour leur réinsertion. Les 06 mineurs de Kétao ont également été réinsérés dans leurs familles avec l’implication du service de l’action sociale de cette localité. Pour la réinsertion de tous ces enfant, plusieurs acteurs ont été impliqués notamment certains services de l’action sociale, le tribunal, la police, les leaders communautaire.
 
5. Analyse de la situation
 
Le trafic d’enfants au Togo prend une ampleur inquiétante. En espace de deux semaines, plus d’une quarantaine de mineurs ont été mobilisés et mis en route par les trafiquants pour le Nigéria ou le Gabon. Dans ces affaires, certains parents et parfois des leaders communautaires sont complices et plusieurs personnes sont mises en jeux par les trafiquants notamment les conducteurs de taxi moto et chauffeur de bus. Actuellement, seule le chauffeur des 18 enfants de Bassar est arrêté et envoyé en prison. Les autres auteurs et complice ne le sont pas encore. En ce qui concerne les 15 enfants de Sokodé, deux personnes sont arrêtées et déposées en prison. Il faut parler de ceux qui sont impliqués Toutes ces actions ont été possibles grâce à la vigilance des forces de l’ordre et au travail concerté (collaboration) entre ce service et CREUSET : Preuve d’une bonne collaboration avec la société aujourd’hui contrairement au passé. Il urge alors de redéfinir les stratégies de lutte contre ce phénomène. Les sensibilisations se déroulent à tout moment dans nos communautés mais le phénomène ne cesse de croitre. Que faire alors pour informer les populations lointaines qui ignorent encore les dangers auxquels nos enfants, avenir de demain sont exposés au cours de ces voyages
 
6. Un éveil de conscience urge
 
Tous les acteurs œuvrant dans le domaine de protection des enfants en occurrence le ministère de l’action sociale, les forces l’ordre et de sécurité, les organisations de la société civile et les communautaires doivent sans délais se réunirent pour repenser les stratégies de lutte contre la traite des enfants au Togo. En ce qui concerne les régions de la Kara et Centrale, la vigilance doit être plus accentuée dans les postes de contrôle avec les fouilles systématiques des bus et surtout dans les portes bagages au dessous. Il faut à ce propos, saluer déjà la collaboration et la vigilance de certains agents de force de sécurités qui font un travail efficace à ce sujet. Pour l’Action Sociale et les organisations de la société civile, il faut un travail efficace sur le terrain. On ne doit plus réinsérer seulement les enfants en famille mais il faut toujours appuyer les enfants à réaliser leur projet de vie et accompagner les parents à améliorer les conditions de vie en vu de retenir les enfants dans leurs villages.
 
7. Difficultés rencontrées :
 
Au cours de nos démarches pour apporter de diverses assistances à ces mineurs victimes, nous avons regretté le refus catégorique des autorités de Bassar dans la couverture médiatique qui devrait servir de sensibilisation pour les populations environnantes. Le service de l’Action Sociale souffre (manque de moyens) pour assurer efficacement la réinsertion des enfants victimes de traite. Il faut relever aussi le recueil d’information qui n’était pas aisé à cause de la langue des victimes qui n’était pas maitrisée par beaucoup d’acteurs impliqués.
 
 

Fait à Sokodé, le 5 Février 2016
Pour l’ONG CREUSET TOGO
Bruno MOUKPE

 

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