Trois jours de manifestation du CST/AEC : Le zèle de Bawara et Yark a fait basculer Lomé dans la violence hier

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Les autorités togolaises semblent perdre le nord. La répression a été encore systématique ces derniers jours au cours de la manifestation de l’opposition. Pour avoir cru devoir imposer aux Togolais leur point de vue, le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Gilbert Bawara, et son homologue de la Sécurité et de la Protection civile, Yark Damehame, ont brandi un communiqué qui a mis à feu la ville de Lomé les 22 et 23 mai derniers.
 
Après le premier jour de la manifestation organisée par le Collectif « Sauvons le Togo » et la Coalition Arc-en-ciel, qui a mobilisé un monde fou dans les rues de Lomé la panique a gagné le camp du pouvoir. Il faut donc inventer des stratégies pour empêcher les deux derniers jours de manifestation. « On n’est pas surpris que le gouvernement ait interdit le reste de la manifestation du Collectif « Sauvons le Togo » et de la Coalition Arc-en-ciel. On a vu les choses venir dans la soirée de mardi lorsque leurs propres éléments (miliciens, ndlr) ont semé du désordre dans les alentours du Palais de la Justice lors du procès des quatre étudiants arrêtés le 15 mai dernier », a confié un observateur. Mardi, dans l’édition du journal télévisé de 22 heures, un communiqué conjoint de Gilbert Bawara et de Yark Damehame a interdit toute manifestation de l’opposition à Lomé. Ils évoquent la violence du 1er jour pour justifier cet arbitraire. Mais c’est compter sans la détermination des responsables du CST et de la Coalition Arc-en-ciel. Après une réunion de crise tenue au cabinet de Me Zeus Ajavon, Coordinateur du CST, ces derniers ont appelé les populations à braver cette interdiction et à sortir massivement hier pour une grande marche de protestation dont le point de départ est prévu au Foyer Pie XII. « Le communiqué du gouvernement n’a pas force de loi pour interdire une manifestation publique. Ce communiqué est en violation des dispositions prévues par la loi du 11 mai 2011. Le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales et son collègue de la Sécurité usent de l’arbitraire », a déclaré Me Jil-Bénoît Afangbédji, porte-parole du CST. Des affrontements ont éclaté entre les jeunes et les forces de l’ordre qui ont jeté des grenades lacrymogènes aux alentours du cabinet où se tenait la réunion.
 
Hier jeudi 23 mai, très tôt le matin, un dispositif impressionnant des forces de l’ordre a été déployé sur les lieux où devaient se réunir les manifestants. Ces derniers n’ont pas attendu longtemps pour exprimer leur désapprobation face à l’arbitraire. De Kodjoviakopé jusqu’à Hanoukopé en passant par Nyékonakpoé, la colère des manifestants s’est fait sentir. Aux jets de grenades lacrymogènes, les jeunes manifestants ont répondu par des jets de pierres et autres projectiles. Des barricades ont été érigés et des pneus brûlés. On note plusieurs arrestations dans les rangs des manifestants, des saisies de motos par les forces de l’ordre et des blessés.
 
Selon nombre d’observateurs, cette scène de désolation est imputable au gouvernement qui manque de stratégies pour gérer les manifestations publiques et pacifiques. Il est clair aujourd’hui que le pouvoir Faure Gnassingbé devient de plus en plus allergique à la rue. Et pourtant, il reste toujours dans une logique qui amène le peuple à se révolter. « Nous avons marché du Foyer Pie XII jusqu’au Palais des Congrès, il ne s’est rien passé. Nous avons demandé à nos militants de rentrer directement à la maison après le meeting. Qu’on nous dise que ce sont nos militants qui ont fait les casses au Palais de Justice, cela relève de l’aberration. Cela nous étonne que c’est sur ça que Gilbert Bawara et Yark Damehame se sont basés pour interdire nos manifestations. Nous ne nous laisserons pas intimider », a souligné Abass Kaboua, Président du Mouvement des républicains centristes (Mrc), membre du Collectif « Sauvons le Togo ». Tout porte à croire que ce qui se passe dans la ville de Lomé est manifestement le souhait de ces deux ministres. Les manifestations du CST et de la Coalition Arc-en-ciel seraient autorisées et on éviterait toutes ces scènes qui ternissent l’image du pouvoir Faure Gnassingbé, déjà très contesté.
 

Avec la détermination dont font montre les jeunes, on craint des lendemains difficiles pour ce pays, surtout que les dirigeants restent sourds aux revendications des populations. N’eut été l’intervention des responsables du CST et de la Coalition Arc-en-ciel mercredi 22 mai dernier, ces jeunes auraient emporté une arme, après avoir dépossédé un élément des forces de l’ordre. C’est sans doute le zèle du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Gilbert Bawara et Yark Damehame de la Sécurité et de la Protection civile qui a fait basculer certains quartiers de la ville de Lomé dans l’insurrection. Ils ont acheminé sur le terrain, des miliciens proches du pouvoir avec deux minibus, armés de cordelettes, de gourdins et de machettes. Ces miliciens, en renfort des forces de l’ordre et de sécurité, violentaient les jeunes manifestants dans les quartiers et les arrêtaient pour le compte des agents de la sécurité. Ces images rappellent les tristes massacres d’avril 2005, preuve que la Commission Vérité, Justice et réconciliation (Cvjr) et les professions de foi de Faure Gnassingbé n’ont servi à rien. Le régime est prêt aujourd’hui à rééditer le scénario macabre de 2005 pour garder le pouvoir.
 
K. I.
L’Alternative Togo
 

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