Une enveloppe de plusieurs millions de FCFA pour acheter le silence de la famille du jeune élève décédé

dapaong

Mort de Douti Sinanlengue et manœuvres du pouvoir

Deux élèves ont payé de leur vie la semaine dernière à Dapaong, l’irresponsabilité des gouvernants en place. Si sur le cas d’Anselme Sinandaré, le gouvernement reconnaît la responsabilité des forces de l’ordre, c’est sur celui de Douti Sinanlengue, décédé à la suite d’une opération chirurgicale consécutive aux coups encaissés de la part des forces de répression en marge des manifestations d’élèves le lundi 15 avril dernier à Dapaong, qu’il veut tronquer la vérité. Ici l’exécutif dédouane les corps habillés et se peint aussi blanc comme neige. Mais aussi bizarre que cela puisse paraitre, des manœuvres de corruption sont entreprises à l’endroit des parents de l’élève décédé le mercredi 17 avril dernier. Le point d’orgue aura été le week-end dernier où une forte délégation de ministres originaires de la région aurait été envoyée vers eux, avec une enveloppe pleine d’espèces sonnantes et trébuchantes, pour acheter leur silence.

Les origines de la mort de Douti Sinanlengue



Le jeune Douti Sinanlengue, 22 ans et en classe de Première est bien décédé au petit matin du mercredi 17 avril 2013 des suites des coups de matraques, de bottes reçus de la part des forces de l’ordre déployées le lundi 15 avril dernier à Dapaong pour réprimer les manifestations de rues des élèves en soutien à leurs enseignants en grève. Rejoignant ainsi son camarade et cadet de 12 ans, Anselme Sinandaré, lui, ayant succombé le même jour des suites des tirs tendus de balles exécutés par un élément des forces de répression.

Tous les témoignages recueillis des sources proches de la famille et de ceux qui ont assisté à la répression confirment cette version des faits. L’un de ses amis, témoin oculaire de la scène, raconte les circonstances exactes : « C’était au cours de la manifestation de lundi. Arrivé au niveau du poste de police de Dapaong, le commissaire avait donné l’ordre de lancer des gaz lacrymogènes contre les manifestants. Les élèves ont riposté en leur lançant des cailloux. Lorsque l’enfant de 12 ans a été touché par balle, tout le monde a pris la fuite. Mon ami Douti a été poursuivi par les forces de l’ordre qui l’ont arrêté alors qu’il était tombé dans un caniveau. Ils sont venus le prendre là-bas et l’ont bastonné, on l’a piétiné dans le ventre et sa tête a été cassée. Il a été laissé pour mort et ils l’ont abandonné. Il a été plus tard admis à l’hôpital et on voulait l’opérer, mais il a rendu l’âme ce matin à l’heure. Il était membre actif de l’UFC dans la ville ici ». « … En médecine, il est reconnu que des chocs violents dans le ventre peuvent provoquer des lésions internes sans laisser de traces sur la peau. De ce qui précède, on peut affirmer, comme cela a été dit par les médias nationaux et internationaux, que Douti Sinanlengue a subi des violences et des coups portés au ventre ; ces coups ont occasionné des lésions internes qui ont entrainé sa mort…La famille du jeune homme affirme que quand il était encore lucide, Douti Sinanlengue a bien confirmé avoir été battu par des hommes en uniforme !!! », indique la Synergie des travailleurs du Togo (Stt).

Le gouvernement se dédouane

Pour le gouvernement, cette version n’est rien d’autre que des « allégations relayées par des médias locaux et internationaux ». Comme on sait si bien le faire dans le sérail, sentant la polémique monter et pour brouiller les pistes, on monta le Procureur de la République de Dapaong, Aboudal-Raouf Bagna qui s’empressa de pondre un communiqué prenant le contrepied parfait de la réalité, avec à l’appui le certificat médical de cause de décès (traficoté ?) établi par le chirurgien-chef en service au CHR de Dapaong, Dr Sewa Edoé Viyomé qui a reçu et pris en charge l’élève. « …Contrairement aux allégations des uns et des autres, il serait tendancieux d’imputer le décès de l’élève Douti Sinanlengue à l’intervention des forces de sécurité », lit-on dans son communiqué tenant lieu de « mise au point » daté du jeudi 18 avril, suite au décès du jeune élève de 22 ans. C’est aussi la version du gouvernement que reprennent à tout va ses ministres, et surtout l’ancien défenseur des droits de l’Homme devenu l’avocat des basses besognes du pouvoir, Me Yacoubou Hamadou. « Ce n’est pas sur des coups qu’on a des intestins perforés. Les éléments d’une expertise médicale disent clairement que c’est une infection qui a tué l’enfant ; le démenti du gouvernement est formel et ce qui a été dit sur RFI est faux », a dardé naïvement l’ancien défenseur des droits de l’Homme décidément irrécupérable et qui a de la peine à retrouver le Nord depuis qu’il a rejoint la mangeoire. Et les médecins de la Synergie lui ont donné un cours « basique » express en la matière.

De l’argent pour faire taire les parents de Douti Sinanlengue

Le commun des Togolais qui n’est pas au fait de cette affaire, pouvait penser à une innocence des forces de répression et du gouvernement dans la survenue du décès du jeune Douti Sinanlengue. Mais voilà, le régime vient de se trahir par des actes de corruption entrepris à l’endroit des parents de l’élève décédé.

Ils seraient quatre (04) ministres natifs des Savanes dont l’inspecteur Colombo togolais dans l’enquête sur les incendies – suivez les regards -, selon les indiscrétions, à la tête d’une forte délégation – on parle d’un cortège d’une vingtaine de véhicules – à être envoyés par le pouvoir à Dapaong le week-end dernier. Pour « effacer les traces des crimes », glose un observateur. Les émissaires avaient pour mission de calmer les familles éplorées et ainsi étouffer l’affaire, vu que ces dernières réclament toute la lumière sur ces décès. Et ils n’y étaient pas les mains vides. A en croire les informations, ils s’y sont rendus avec des enveloppes pleines d’espèces sonnantes et trébuchantes – on parle de plusieurs millions de FCFA – pour soudoyer les parents des victimes et acheter leur silence. Des pressions sont exercées sur ces derniers afin qu’ils enterrent leurs fils rapidement, loin de Dapaong et en toute discrétion, pour que l’affaire soit close – on se rappelle le cas Atsutsè Agbobli en 2008. Les émissaires useraient même d’intimidations sur leurs sujets. Mais il nous revient que les émissaires auraient rencontré la résistance des deux familles, surtout celle de Douti Sinanlengue qui exige l’identification du meurtrier de leur enfant avant toute concession.

Le gouvernement togolais est-il devenu un croque-mort pour proposer aux familles éplorées des dates et la façon d’organiser les obsèques de leurs proches ? N’est-ce pas curieux que le pouvoir veuille pousser les parents de Douti Sinanlengue à enterrer rapidement leur fils qu’il dit très officiellement être décédé de simple infection ou de complications des suites d’une intervention chirurgicale de routine ? Le pouvoir peut-il se donner autant de peines s’il ne se reproche rien ? Voilà autant d’interrogations que suscitent ces manœuvres chez tout Togolais sensé qui suit cette affaire. Des manœuvres qui trahissent en réalité le pouvoir, car constituant un aveu tacite de culpabilité dans la survenue du décès du jeune élève.

Les responsables de la Stt et les familles éplorées n’avaient donc que trop raison de pester devant ces tentatives du gouvernement de tronquer la vérité. « Vous aviez déjà voulu démontrer qu’Anselme Gouyano Sinandare était mort piétiné ; les photos de son corps transpercé par une balle vous en ont vite dissuadés. Vous revenez avec une nouvelle tentative de désinformation et de mépris inqualifiable en affirmant que « ce n’est pas sur des coups qu’on a des intestins perforés », a pesté la Synergie dans un communiqué, en réaction aux tentatives du gouvernement de tronquer la vérité, et de conseiller aux gouvernants : « Ayez l’intelligence et la décence requises dans le traitement de ce drame. Ayez du respect pour la mémoire de ces victimes et de la considération pour leurs familles. Demandez sincèrement pardon et la nation vous pardonnera… Evitez cette fuite en avant, cette arrogance, et cette attitude de déni perpétuel pour apaiser réellement les cœurs meurtris des Togolais ». C’est la voie de la raison et visiblement la seule que le pouvoir doit suivre. Le négationnisme et les manœuvres de corruption ne le mèneront à rien.

Tino Kossi

Liberté Togo

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