Une tribunes pour des tribunes

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Depuis novembre 2018, nous tenons une tribune hebdomadaire dans L’ALTERNATIVE. Nous nous rendons bien compte de la chance qui nous est ainsi donnée de nous exprimer. En effet, en amont, la Rédaction et la Direction de L’ALTERNATIVE ne nous dictent ni les thèmes ni les contenus à développer. Et en aval, aucune censure n’est exercée sur les textes que nous produisons, malgré les risques, dans un pays où les autorités ne semblent pas savoir que les propos tenus dans une tribune n’engagent que leur auteur.

Quel capital de confiance dans un contexte où même les hommes politiques qui sont du côté du pouvoir doivent sans arrêt surveiller leur langage pour ne pas dévier de la ligne politique indiquée dans les hautes sphères !

De plus, l’espace nous est toujours réservé quelle que soit l’importance de l’actualité ; cela démontre une fidélité exemplaire !

Même si nous reconnaissons ainsi les qualités humaines de la Direction et de la Rédaction de L’ALTERNATIVE, nous préférons mettre à l’honneur leur professionnalisme. Car dans le domaine de la presse, cela demande du courage que d’éditer un organe qui prend le risque de laisser place à la libre expression. Cela signifie que la liberté d’expression que cet organe exige pour lui-même, il est prêt à l’offrir à d’autres sans se demander ce que cela pourrait comporter comme danger.

Mais pourquoi Roger FOLIKOUE et Maryse QUASHIE tiennent-ils une tribune, pourrait- on nous demander ? Parce que nous voulons nous faire entendre, bien sûr. Mais il y a tant et tant de personnes au Togo, qui donnent leur opinion dans la presse écrite, qui se font entendre surtout sur les antennes des dizaines de radio qui occupent la bande FM dans notre pays. Et comme cela est relativement facile, chacun parle de tout, comme s’il était spécialiste polyvalent… Finalement, on en arrive à une véritable cacophonie où le lecteur et l’auditeur ne se retrouvent plus…
C’est pourquoi, nous nous sommes dit qu’il est temps de faire diminuer la confusion, il est temps que des personnes optent pour la sévère discipline qui consiste à écrire chaque semaine sur un sujet différent, en lien plus ou moins direct avec l’actualité. Mais l’ascèse n’est pas dans la fidélité hebdomadaire, loin de là ! L’ascèse est dans l’objectif visé et dans ses conséquences. En effet, écrire pour nous correspond à un devoir lié à notre choix d’être des intellectuels. Et qu’est-ce qu’un intellectuel ?
Tout au long de son histoire, tout groupe social a besoin de personnes qui produisent une lecture des événements permettant au groupe de retrouver le sens de la marche vers une société où il fait bon vivre pour chacun et pour tous. Cela est encore plus nécessaire lorsque, apparemment, les hommes politiques appelés en principe à mener les destinées de la communauté n’apportent pas de solutions satisfaisantes pour tous. Par hommes politiques, il ne faut pas entendre seulement de ceux qui sont au pouvoir mais aussi ceux qui y aspirent, dans la mesure où tant leurs actions que même leurs propositions n’arrivent pas à amener le changement. Il semble que le Togo vive une situation pareille depuis les années 1990.

Pour produire cette lecture des événements, il ne suffit pas d’être un universitaire, c’est-à-dire un diplômé de l’enseignement supérieur qui travaille dans l’enseignement supérieur. En effet, l’intellectuel, quant à lui, aspire à mettre tout son savoir non seulement au service mais à la portée des autres, montrant par-là que l’individualisme est une fausse piste ; il est par conséquent amené à chercher d’autres avec qui il va vivre la responsabilité de la création de la nouvelle société à laquelle le plus grand nombre aspire, et donc aussi partager l’engagement de poser un regard critique sur les choix du présent.

Voilà le type de personnes que nous voulons être pour notre pays, pour notre continent : nous voulons appartenir au groupe de ceux qui choisissent la veille et l’éveil pour transmettre à la jeunesse une société où il fera bon vivre les uns avec les autres et non les uns à côté des autres dans l’indifférence, les uns pour les autres, et non les uns contre les autres dans la violence. Et l’ascèse dont il est question consiste à ne pas céder au désir du confort individuel, à ne pas se cacher sous de fausses excuses, à ne pas se laisser envahir par la paralysie de la peur pour se taire honteusement, à prendre le risque d’intervenir à temps et à contretemps, à prendre la parole, en se disant « si je ne le fais pas, qui le ferait à ma place ? ».

L’ascèse est donc dans ce choix de vie, avouons-le, guère confortable au Togo, mais l’ascèse se trouve également dans le style de production que nous visons à travers la tribune. En effet, il est clair qu’à l’heure actuelle, les médias ne véhiculent en grande partie que ce que désire la minorité qui a le pouvoir politique, le pouvoir économique, ou le pouvoir culturel. Le besoin se fait alors ressentir de disposer de quelqu’un qui sache traduire en mots les aspirations de ceux qui cherchent à changer le monde, sans pouvoir le dire, quelqu’un qui brise ainsi l’isolement des silencieux. Cependant, pour ce porte-parole, ce ne sont pas les mots seuls qui comptent, même s’il faut bien les choisir et agencer, car il se défie du souci du bien parler, du bien écrire, du bien dire, qui, porté à son paroxysme, fait oublier l’essentiel, et surtout, peut conduire à la tentation de la manipulation et de la démagogie.

Oui nous sommes très heureux, lorsque des dizaines de lecteurs nous écrivent pour nous féliciter, se reconnaître dans nos mots… Cela nous fait chaud au cœur, mais notre objectif n’est pas de devenir les vedettes de la presse écrite, notre objectif est d’ouvrir le débat car comment vivre dans une société démocratique sans qu’il n’y ait débat ? Le débat doit être pluriel, car c’est à ce prix que les citoyens pourront se faire une opinion personnelle et agir en fonction de cette opinion et non par conformisme ou par loyauté sociologique.

Alors réagissez à notre tribune, vous qui êtes d’accord avec nous mais aussi vous qui n’êtes pas d’accord. Cela ouvrira le débat de haut niveau auquel nous aspirons tous. Mais mieux que cela, nous voulons nous aussi lire des tribunes tenues par d’autres intellectuels ! Alors à vos plumes ! Mais rappelez-vous, il ne s’agit guère de littérature, il s’agit de créer une nouvelle façon de penser, une nouvelle façon de dire, mais plus que de créer des idées et des mots, ce qu’on doit initier c’est une nouvelle façon de vivre, de vivre ensemble basée sur une nouvelle pensée et « la pensée comme acte de conscience s’élève sans s’évader, côtoie les cimes sans se dissoudre dans les nuées, prend du recul sans rien quitter, voit loin sans s’éloigner des choses.

C’est pourquoi elle devine le futur sans être infidèle à hier et ramasse dans la vie de tous les jours les matériaux pour bâtir l’avenir ». (Maurice KAMTO). C’est pourquoi au Togo et en Afrique, la lutte continue pour une politique du bien vivre, comme l’indique Stéphane HESSEL et Edgar MORIN dans leur livre Le chemin de l’espérance. Meilleurs vœux à tous !

Par Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE
 
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