Vive tension au camp de réfugiés ivoiriens à Lomé : un incendie,des heurts et ils exigent une « nouvelle terre d’asile »

0
752

refugies_ivoiriens_togo_avril2013
 
« Personne n’arrangera les toilettes ici (…). Nous, on est fatigué, on ne veut plus rester au Togo », lance une femme au milieu d’un groupe de jeunes dames surexcitées.
 
« Nous revendiquons nos droits depuis le 28 février et personne ne nous écoute. Car nous vivons dans des conditions inhumaines avec des maladies. Et c’est aujourd’hui que le HCR se décide de venir arranger les choses. Il n’y aura pas de travaux sur le camp. Nous ne voulons plus rester, car nous sommes fatigués », renchérit non loin, une autre femme en sueur devant des caméras et micros des journalistes présents.
 
Un groupe de réfugiés ivoiriens – une centaine environ – pour la plupart des femmes se sont opposés jeudi à tout travaux d’assainissement des douches et toilettes sur le camp d’Avépozo (environ 15 km à l’est de Lomé) pour exiger la prise en compte par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) de leurs doléances contenues dans un mémorandum.
 
Ces réfugiés ne voulaient voir aucun ouvrier dans les douches et toilettes. Des ouvriers envoyés sur le terrain par Haut Commissariat jeudi pour des travaux d’assainissement se sont simplement repliés, l’ambiance étant surchauffée. Des journalistes ont aussi vite fait de quitter les lieux, la tension étant montée d’un cran, car certaines femmes ne voulaient plus voir des caméras filmer.
 
« Des portes des sanitaires et des douches sont endommagées. Donc, il faut des travaux de réfection, raison pour laquelle nous sommes là. Mais elles nous ont empêchés de travailler », explique Kossivi Adévi, le responsable des ouvriers.
 
Dans cette ambiance morose sur le camp, les réfugiés ivoiriens ont interdit depuis environ deux mois à leurs enfants de ne plus se rendre à l’Ecole, installée dans l’enceinte du camp.
 
Cette école, également fréquentée par des enfants togolais, est dotée d’une cantine qui sert gratuitement des repas aux élèves
 
« Actuellement l’effectif est passé de 585 à 247. J’éprouve surtout des difficultés au niveau des élèves qui sont au CM2 et qui doivent passer les examens. Nous espérons que les parents vont les laisser revenir », a indiqué Ananivi Flly, le Directeur de l’Ecole.
 
Selon les statistiques du HCR, environ 3.000 réfugiés ivoiriens vivent encore dans le camp d’Avépozo, après une série de rapatriements volontaires. Quelque 2.000 autres vivent en ville (hors du camp).
 
Le rapatriement volontaire est l’une des facilités que l’UNHCR accorde aux refugiés désireux de rentrer chez eux. C’est l’une des solutions durables accordées aux réfugiés qui le veulent volontairement et qui en font la demande.
 
Cette opération est organisée par une équipe de l’UNHCR, conformément à l’accord tripartite signé le 15 novembre 2011, entre le Togo, la Côte d’Ivoire et le HCR visant la mise en place de mesures qui garantissent la sécurité et la réinsertion sociale des réfugiés, en cas de retour volontaire. Une vague de 22 refugiés ivoiriens (dont six femmes et six enfants) a regagné la Côte d’Ivoire le 17 avril dernier. Depuis la signature de cet accord, environ 536 refugiés sont déjà rapatriés du Togo.
 
Des manifestations à répétition des femmes sur le camp
 
Les « soulèvements » des femmes réfugiés ont commencé le 28 février par un sit-in sur le camp. Principal motif de cette manifestation : la suspension le 31 décembre 2012 par le HCR de l’opération de distribution générale de vivres, en raisons des « difficultés financières ». Selon certains réfugiés, la manifestation visait plutôt à protester contre le montant de la subvention à leur allouer pour leur permettre de mener des Activités génératrices de revenus (AGR) en 2013.
 
Chaque réfugié exige la somme de 1 million de F.CFA, contre 150.000 F.CFA proposée par le HCR, après une mission d’évaluation interne conduite par un Cabinet d’Audit privé.
 
Outre la subvention (150.000 F.CFA), le HCR a ensuite mis en place de multiples projets d’autonomisation dont la maximisation des subventions pour les activités génératrices de revenus avec une attention particulière aux femmes et l’appui en formation professionnelle et en apprentissage.
 
« En 2012, le premier projet a été financé par le HCR et près de 900 réfugiés en ont bénéficié. Le montant alloué était proportionnel au projet présenté par le réfugiés et tourne autour de 94.000 F.CFA par bénéficiaire. Pour cette année, la Représentation a décidé d’augmenter ce montant à 150.000 F.CFA, incluant un accompagnement mensuel de 30.000 F.CFA pendant trois mois, afin de sécuriser le capital investi », a expliqué Théophilus Vodounou, le représentant du HCR au Togo, soulignant que la mission première du HCR est la « protection internationale » et non « l’assistance ».
 
« Ce n’est pas la première fois que les réfugiés ivoiriens ont tenté d’empêcher les travaux sur le camp depuis le début de cette année. Alors que nous avons fait un programme pour mener un certain nombre d’activités sur le site et cette situation nous embête. Nous voulons assainir le camp, nous voulons rendre le camp plus vivable, car après une année de construction de latrines et de tentes. Pour nous, l’année 2013 est l’année de renouvellement total des infrastructures du camp », a-t-il indiqué.
 
« Ces réactions sur le camp montrent que les préoccupations de ces réfugiés ne sont ni les vivres, ni l’insalubrité dans les camps. Je crois que les raisons se trouvent ailleurs. Et comme ils l’ont clairement dit dans leur mémorandum, ils veulent que le HCR les transporte sur une nouvelle terre d’asile. Et pour nous, c’est impossible », a souligné M.Vodounou.
 
« Ce n’est pas du ressort du HCR ou du gouvernement de les transporter dans un autre pays. Les portes du dialogue ne sont pas fermées. Nous leur tendons toujours la main », a-t-il ajouté.
 
Une clinique sur le site et la prise en charge gratuite, selon l’ATBEF
 
L’Association Togolaise pour le Bien-Etre Familial (ATBEF) a été retenue par le HCR depuis avril 2011pour la prise en charge des réfugiés ivoiriens sur le site. Selon Dr Solange Toussah, directrice exécutive, une clinique a été ouverte pour la prise de ces réfugiés.
 
« Nous avons recruté un médecin, deux assistants médicaux, trois infirmiers, deux sages femmes et trois aide-soignantes qui font un roulement continu pour assurer la prise en charge de ces réfugiés. Toutes les consultations médicales, prénatales et gynécologiques sont prises en charge avec des médicaments que nous avons achetés et qui sont disponibles sur le site. Tous les cas de complications sont référés vers les centres et hôpitaux de références avec lesquels nous avons signé des accords de partenariat : le CHU Sylvanus Olympio, l’hôpital de Bè, le CMS de Baguida et l’hôpital de Zébé. Les factures de prise en charge sont totalement payées depuis avril 2011par le HCR. Les réfugiés ne paient rien », a indiqué Dr Solange Toussah, invitant les réfugiés à un « être un peu reconnaissants ».
 
Rappelons que les réfugiés ivoiriens sont arrivés pendant la crise socio-politique qu’a connue leur pays. Le Togo compte environ 23.945 réfugiés de 19 nationalités, installés dans différents camps. FIN
 
Junior AUREL
 
Savoir News
 
 

Elisabeth GOGOUA, une réfugiée ivoirienne victime de violence policière au Togo [02/05/2013]
 
 

Les conditions du camp des réfugiés ivoiriens au Togo après les premières pluies [26/04/2013]
 
 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

50 + = 51