Accueil DIASPORA Vote de la diaspora : Véritable pétard mouillé.

Vote de la diaspora : Véritable pétard mouillé.

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Des membres de la diaspora togolaise en Côte d’Ivoire lors d’une manifestation anti-Faure Gnassingbé – RPT/UNIR à Abidjan le 19 novembre 2019 | Photo : DR/FB

Ca y est ! Eureka !…L’adoption du nouveau code électoral et la formalisation du vote de la diaspora ont déclenché un concert de jubilation et de récupération politicienne au sein du sérail. Au niveau des officiels, on s’empresse de tisser des lauriers à Faure Gnassingbé pour cette « prouesse du millénaire » et de l’exalter. Même emballement chez les caisses de résonance du pouvoir. Mais ce vote de la diaspora, à l’analyse, n’est qu’un pétard mouillé lorsqu’on considère les conditions de mise en œuvre de ce droit de vote ; bref, du bruit pour…rien !

Curieux adoubement de Faure

C’est mardi dernier que le nouveau code électoral devant présider à l’organisation de l’élection présidentielle de 2020 a été adopté par l’Assemblée de godillots, lors de sa 8e séance plénière de sa 2e session ordinaire de l’année. Le texte modifie trente-trois (33) articles de l’ancien code et y ajoute un nouveau. Le point d’orgue, c’est évidemment la formalisation du vote de la diaspora. Conformément au projet de loi adopté en conseil des ministres du 18 octobre dernier, il y est ainsi défini le type d’élections auxquelles les Togolais de l’extérieur peuvent participer (présidentielle et législatives), le nombre d’électeurs pour l’ouverture d’une CEAI (Commission Electorale d’Ambassade Indépendante) dans un pays, la composition des démembrements de la CENI à l’extérieur, les pièces à fournir pour se faire inscrire sur la liste électorale dans sa CEAI et se faire délivrer une carte d’électeur, les conditions de campagne électorale dans un pays étranger, entre autres.

L’adoption de ce code électoral a suffi pour déclencher un concert de jubilation et de récupération politicienne au sein du sérail. Elle est mise à l’actif d’un homme, Faure Gnassingbé, exalté comme s’il venait de décrocher pour le peuple togolais tout entier un visa direct pour le paradis, bref d’accomplir l’exploit du millénaire au Togo. «Ce projet de loi soumis va transformer le rêve d’un droit de vote universel. Il répond surtout au souci constant du Chef de l’Etat, Faure Essozimna Gnassingbé, qui met tout en œuvre pour une vie politique apaisée, propice au développement durable de notre beau pays», a glosé AtcholeAklesso, le Secrétaire Exécutif et Président du groupe parlementaire RPT/UNIR. Même son de cloche chez la Présidente de l’Assemblée nationale YawaTségan. «Après l’instauration du HCTE (Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur) pour donner à tous l’opportunité de participer pleinement au développement du pays, le Togo vient d’autoriser ses fils et filles de l’extérieur à participer aux consultations électorales organisées par notre pays… Ces modifications significatives introduites dans le code électoral en République togolaise portent la marque d’un grand homme d’Etat (Faure Gnassingbé), épris d’un grand intérêt national», a-t-elle jubilé. Le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales PayadowaBoukpessi n’était pas du reste.

La formalisation du vote de la diaspora est présentée comme une faveur ou une magnanimité légendaire du « Prince ». Et pourtant, ce n’est qu’une régularisation d’une anormalité. En effet, la Constitution togolaise reconnaît le droit de  vote à la diaspora ; mais depuis plusieurs décennies, elle a toujours été sevrée de ce droit de participer au choix des dirigeants de sa mère patrie par le régime cinquantenaire des Gnassingbé sur fond de calculs politiciens…

Du bruit pour…rien

La diaspora togolaise qui se voit enfin concéder le droit de vote lors des élections au Togo, c’est un événement qui mérite au moins une halte. Ils sont estimés à deux millions (2 000 000) et deux millions cinq cent mille (2 500 000) compatriotes vivant à l’extérieur. Et le vote de la diaspora était une exigence de la Coalition de l’opposition lors des manifestations d’août 2017 à février 2018, de même qu’une recommandation de la CEDEAO dans sa feuille de route à l’issue de son sommet du 31 juillet à Lomé. Mais lorsqu’on jette un regard sur les conditions fixées par le pouvoir pour permettre à ces compatriotes de jouir de ce droit, on doit savoir raison garder.

En effet, il est exigé des Togolais de l’extérieur, pour pouvoir s’inscrire sur les listes électorales, de disposer d’une carte nationale d’identité, d’un passeport togolais et d’une carte consulaire à jour. Une mesure que Gerry Taama, le Président du groupe parlementaire NET-PDP trouve, et à juste titre, discriminatoire et comme du « deux poids deux mesures », vu que sur le plan interne, les électeurs ne sont même pas tenus de présenter une carte d’identité avant de se faire enrôler sur les listes. Un simple témoignage du chef du quartier suffit ; et le plus souvent, ce n’est pas lui-même qui vient le faire, mais juste un simple collaborateur, un quidam en fait, et le tour est joué. Le témoignage même se révèle une simple formalité.

Il va sans dire que les conditions fixées visent à écarter la grande masse de ces compatriotes vivant à l’extérieur, qui ont souvent toutes les difficultés du monde pour se faire établir ces documents exigés, notamment la carte consulaire. Ils sont généralement victimes des humeurs des responsables des ambassades et consulats du Togo dans les différents pays où ils résident, des zélateurs du pouvoir de Lomé qui soumettent ces compatriotes à des traitements humiliants. Conséquence, plusieurs d’entre eux n’arrivent pas à se faire établir à temps voulu ces documents. Il va de soi que la plupart d’entre eux ne pourront pas s’inscrire sur les listes électorales et seront donc privés de ce droit de vote lors de la présidentielle de l’année prochaine. « Le gouvernement donne une ouverture de la main droite et reprend de la main gauche en arrachant tout le poignet des compatriotes à l’endroit de qui la loi est votée ». Cette caricature faite par Gerry Taama dépeint assez bien la situation. D’ailleurs depuis l’adoption du projet de loi en conseil des ministres le 18 octobre dernier, plusieurs partis de l’opposition dont l’Alliance nationale pour le changement (ANC) avaient émis des réserves et «dénoncé l’obligation de disposer d’une carte consulaire à jour, alors même qu’il n’est pas aisé de se faire établir ou renouveler ses pièces dans les représentations diplomatiques du Togo à l’étranger».

Loin d’être fortuites, ces conditions sélectives fixées visent simplement à empêcher le gros lot de ces compatriotes de la diaspora, acquise dans sa plus grande proportion à la cause du peuple qui réclame l’alternance au pouvoir depuis un demi-siècle, et qui devrait adouber l’opposition ou simplement faire un vote-sanction contre le régime en place, de participer à la prochaine élection présidentielle. Ce sont donc des milliers ou millions de voix en moins pour l’opposition. Tout comme sur le plan local, ces mesures participent des éternelles stratégies et  manœuvres du régime « démocraticide » pour empêcher l’expression des suffrages en sa défaveur. A cela, il faudra aussi ajouter le cas de ces nombreux compatriotes vivant en Allemagne et qui ont renoncé à leur nationalité togolaise pour obtenir celle allemande, et donc ne pourront pas s’inscrire sur les listes électorales et voter à la prochaine présidentielle. Même au-delà de ces manœuvres, le pouvoir a toujours la main pour étouffer le recensement de ces électeurs de la diaspora. Ce machin-truc de recensement et d’élection des délégués pour la mise en place du Haut conseil des Togolais de l’extérieur (HCTE) a idéalement servi de répétition générale. Au demeurant, l’un dans l’autre, il n’y a vraiment pas de quoi s’emballer sur la concession de ce prétendu vote de la diaspora.

Tino Kossi

source : Liberté

1 COMMENTAIRE

  1. On ne démocratise pas un tribalisme clientéliste et sectaire. Le régime du Togo ne peut même pas être appelé dictature c’est un simple tribalisme entouré d‘amis clientelistes qui croient comme fer que sans eyadema Étienne leur vie ne serait que misère. Quand vous prenez quelqu’un comme Bawara, pour lui le clan eyadema au pouvoir est mille fois plus important que sa propre vie.

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