Vote d’une loi sur le nucléaire en pleine crise de Covid-19 : Les députés en déphasage avec les priorités des Togolais

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L’actualité parlementaire a été marquée, la semaine écoulée, par  l’étude et l’adoption d’un projet de loi relatif « à l’utilisation, sûre, sécurisée et pacifique du nucléaire » au Togo. Réunis en leur 6ème séance plénière de la première session ordinaire de l’année, les députés ont adopté cette loi définissant les domaines et les conditions d’utilisation du nucléaire dans le pays. Et pourtant, les priorités des Togolais en cette période de Covid-19 sont autres.  

Selon le rapport du quotidien public Togo Presse, le Togo dispose désormais des moyens juridiques lui permettant de prendre des mesures de mise en œuvre des engagements internationaux pris en matière d’utilisation de l’énergie nucléaire. Sans oublier la prévention, la détection ainsi que les infractions en cas de non-respect du dispositif légal et réglementaire, et les sanctions encourues. «En matière de sécurité et au regard des enjeux actuels de terrorisme et des trafics illicites de tout genre, cette loi offre des opportunités de s’aider de technologies utilisant les rayonnements ionisants pour faciliter et assurer plus efficacement le contrôle des biens et équipements, qui traversent chaque jour nos différentes frontières et à des points de contrôles établis, en matière de transport routier, maritime et aérien », a déclaré Prof Moustapha Mijiyawa, ministre en charge de la Santé, un des commissaires du gouvernement lors des travaux.

Les parlementaires se sont réjouis d’avoir ainsi accompagné le gouvernement pour se conformer à ses engagements vis-à-vis de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) à laquelle il a adhéré le 30 novembre 2012. Une coopération qui permet au pays, selon les commissaires du gouvernement, de bénéficier de plusieurs projets, notamment dans le domaine de l’énergie, de l’eau, de l’agriculture et de la santé.

Loin des priorités populaires du moment

Cet enthousiasme et le sens du devoir accompli affichés par l’équipe de Yawa Tségan contrastent fort avec les réactions des Togolais. Et pour cause, nombreux sont les analystes et simples citoyens qui ont exprimé leur indignation de voir les députés se réunir pour étudier et adopter, comme une lettre à la poste, une loi sur l’utilisation du nucléaire dans le pays. Non pas parce qu’ils ont une dent contre l’AIEA, mais à cause du timing de cette séance parlementaire.

En effet, s’il est vrai que le Togo ne vis pas en autarcie et donc a des obligations vis-à-vis de ses partenaires techniques et financiers, il n’en demeure pas moins vrai qu’à l’heure actuelle, les Togolais se réjouiraient mieux en voyant ceux qui sont censés les représenter sur d’autres terrains. Dans un pays, la priorité d’un gouvernement qui se veut au service de son peuple, c’est la satisfaction des besoins de ce dernier. Un pays, c’est d’abord les priorités de sa population. Cela se remarque dans de nombreux pays « civilisés ». Faire baisser davantage le taux de chômage en créant les conditions pour chaque citoyen d’avoir un emploi, socle de son épanouissement, tel est souvent la priorité de nombreux gouvernants.

Au Togo, l’heure doit être aux initiatives à caractère social. Et c’est là la priorité des Togolais. Manger à sa faim, se vêtir, avoir un toit où dormir et disposer d’un emploi bien rémunéré et, en cette période de pandémie où tout semble s’effondrer, survivre à la Covid-19 et ses conséquences socio-économiques. Ce qui réjouirait les Togolais, c’est d’apprendre que les parlementaires étudient des textes pour accompagner les communautés dans la résilience face au coronavirus. L’annonce susceptible de rompre avec la morosité actuelle, c’est celle d’une initiative visant, au sortir de la crise sanitaire présente, à renforcer les capacités des Centres hospitaliers régionaux (CHR) et à doter les cantons d’unités de santé capables de prendre en charge les pathologies non compliquées. Ce qui rendrait les Togolais fiers des députés – qu’ils soient nommés ou élus –, c’est d’apprendre que ces derniers planchent sur des textes relatifs à la crise endémique du logement qui précarise la majeure partie de la population, sans distinction d’âge, de religion, ni d’appartenance ethnique. Moba, Kotokoli, Ewé, Losso, Kabyè, Guin… sont tous soumis au diktat des propriétaires de maisons. Une législation sur la location et le bail mettrait aussi bien les propriétaires que les locataires à l’abri.

Champion de la violation des droits de l’Homme

En adoptant cette loi, le Togo satisfait l’AIEA et se positionne, sans doute, comme l’un des meilleurs élèves dans la lutte contre la prolifération du nucléaire ou le terrorisme. Deux sujets chers aux puissances occidentales. Et pourtant, le Togo est un malheureux champion dans la violation des recommandations internationales dans le domaine des droits de l’Homme.

En Afrique de l’Ouest, le pays est le seul à refuser obstinément de tourner le dos à la dictature et au pouvoir à vie. Même si un texte limitant le mandat présidentiel à deux a été récemment voté, le doute persiste quant à la volonté de Faure Gnassingbé de quitter vivant le pouvoir. Le droit de populations de disposer librement d’un dirigeant est constamment violé, la vérité des urnes un leurre. L’alternance démocratique est en souffrance.

Au Togo, la corruption, les détournements de deniers publics, les violences policières et autres formes de brimades attribuées aux agents de l’Etat sont courants. Pire, ils sont encouragées du fait de l’inaction des premiers responsables du pays, mais surtout de l’impunité dont bénéficient ceux qui s’en rendent coupables. Les forces de défense et de sécurité sont au-dessus de la loi.

Cette duplicité du Togo envers l’international se traduit également par le refus de répondre favorablement aux décisions et/ou recommandations des cours et organisations régionales ou internationales. Dans l’affaire d’escroquerie internationale impliquant l’ancien ministre Pascal Bodjona, celle d’atteinte à la sûreté de l’Etat avec Kpatcha Gnassingbé, celle des incendies des marchés de Kara et de Lomé ou encore celle liée aux restrictions des manifestations publiques et pacifiques, la Cour de justice de la Cédéao, le Groupe de travail sur la détention arbitraire tout comme l’ONU ont rendu des décisions et formulé des recommandations qui n’ont jamais été respectées par l’Etat togolais.

En réalité, ce que le régime en place fait depuis des années, c’est de mettre en avant sa disponibilité dans la lutte contre le terrorisme pour se faire passer pour un gouvernement sérieux aux yeux du monde. Tout en continuant le pillage des ressources, la tyrannie, la violation « organisée » des droits de l’Homme, etc.

G.A. / Liberté Togo

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