Agbéyomé Kodjo, l’autre pourfendeur de l’alternance et ennemi officiel du peuple togolais

image_pdfimage_print

agbeyomekodjo_messan


Landerneau politique et présidentielle de 2015
 
 
. Le rôle de l’« opposant passager » dans le tripatouillage constitutionnel de 2002

 
AgbeyAprès avoir passé toute sa carrière politique au Rassemblement du peuple togolais (Rpt), et de retour d’exil, il a déposé ses baluchons au sein de l’opposition. Il s’était entre-temps illustré comme le pourfendeur par excellence de la gouvernance de Faure Gnassingbé et le premier défenseur du peuple togolais. Mais comme par enchantement, celui qui a été victime de la méchanceté politique du Prince en devient le meilleur avocat, dans le cadre de l’élection présidentielle à enjeu de 2015. Son dernier exploit (sic), c’est d’octroyer un 3e mandat sur un plateau d’or à son bourreau (sic). Sacrifiant ainsi l’alternance tant espérée par le peuple togolais. Lui, c’est Agbéyomé Kodjo.
 
Agbéyomé Kodjo pour un 3e mandat de Faure Gnassingbé !
 
« Si le prix de la limitation du nombre de mandats présidentiels est d’accepter que le Président en exercice puisse rempiler pour un dernier mandat, pour ce qui concerne l’homme politique que je suis, je l’accepte volontiers », a craché mercredi 03 décembre dernier Agbéyomé Kodjo, le président de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts), dans une tribune libre où il abordait bien d’autres sujets. Et d’envoyer un uppercut à ses camarades (sic) de l’opposition : « Se cambrer dans une posture d’opposition radicale alors même qu’aux termes de la Constitution de la République du Togo, il est permis à l’actuel Président de la République en exercice de se représenter, et penser que faire jouer la rue pour l’en empêcher prospèrera, ne me semble pas être une option qui préserve la paix et la démocratie. Refuser de faire des concessions d’essence politique pour rendre aisée l’adoption des réformes constitutionnelles et institutionnelles, c’est paradoxalement faire le choix d’un bail à durée indéterminée, pour tout prétendant à la magistrature suprême. Chacun devra assumer ses choix face à l’avenir de la Nation ». En clair, l’opposant (sic) ne trouve pas d’inconvénient à concéder un 3e mandat à Faure Gnassingbé parvenu au pouvoir en 2005 dans une mare de sang et devant vider le plancher en 2015.
 
Evidemment, cette sortie fait couler de la bile au sein de l’opinion et fait le buzz sur la toile, d’autant plus qu’elle va à l’encontre de l’alternance au pouvoir voulue par le peuple togolais. C’est justement pour son avènement qu’une lutte est engagée par le Combat pour l’alternance politique (CAP 2015) et la société civile pour la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (Apg). « Si Agbéyomé n’existait pas, il aurait fallu l’inventer ». C’est la réaction d’un observateur de la scène politique togolaise. « M. Agbeyome Kodjo, j’ai tout simplement honte à votre place. N’est- ce pas vous et Natchaba qui avez procédé au toilettage de la Constitution de 1992 ? Au lieu de rejoindre le CAP 2015 et les autres partis politiques acquis à l’adoption des reformes pour soulager votre conscience, vous avez choisi de semer encore le trouble en demandant un troisième mandat pour Faure », peste un compatriote sur la toile. Un autre de renchérir : « Voilà quelqu’un qui n’a jamais honte. Vous tous vous allez rendre compte le moment opportun. Quand je vois les gens défendre Faure Gnassingbé à faire un autre mandat, je me demande si eux, ils ne sont pas présidentiables. Des gens qui ne pensent qu’a leur ventre. Si seulement vous pouvez savoir ! Demandez aux collaborateurs de Blaise. Cette modification, je dis bien modification te suivra jusqu’a la mort ».
 
Drôle de changement de l’« opposant « Agbéyomé
 
Agbéyomé Kodjo qui concède un 3e mandat à Faure Gnassingbé ? Cela doit sonner comme une boutade chez bien de Togolais, vu que l’homme a semblé avoir rejoint l’opposition et la lutte légitime du peuple togolais depuis juin 2002 où il a rendu public un brûlot contre son ancien parti et Eyadéma ; et formellement depuis son retour d’exil et la création de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts). Un changement que le système Rpt/Unir ne lui a jamais pardonné. Et le Fils lui a fait payer cet affront. C’est une mise à mort tacite dont il a été l’objet, et il ne doit sa vie qu’à l’opposition et au peuple qui a été entre-temps pris de pitié pour lui. Qu’est-ce qui a bien pu changer au point que l’opposant (sic) qui critiquait avec un plaisir réel la gouvernance calamiteuse de Faure Gnassingbé puisse voler aujourd’hui à son secours ?
 

 
Durant son court séjour – déjà à terme – au sein de l’opposition, Agbéyomé Kodjo s’est illustré comme le plus acerbe des opposants contre la gestion de Faure Gnassingbé. Il était même plus virulent que les opposants traditionnels qu’il est venu rejoindre et ne manquait pas d’occasion de relever l’incompétence du Fils de celui qu’il avait servi de toute sa force, en des termes crus et à la limite de l’incivilité. Il éprouvait un plaisir presque libidineux à critiquer devant des foules de militant de l’opposition Faure Gnassingbé dont il était devenu le pourfendeur suprême. « Faure-vi bagban… », criait-il à la foule de militants de l’Alliance nationale pour le changement (Anc), du Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac), du Collectif « Sauvons le Togo » lors des meetings, qui répondaient en chœur : « agbodji !!! ». Une façon de dire que Faure doit partir. Il s’était aussi illustré avec un autre slogan : « Victago ne suiii!!!». Qu’est-ce qui a donc pu changer pour qu’il décide de plaider pour un 3e mandat de l’incompétent (sic) qu’il pourfendait il n’y a pas longtemps ? Les espèces sonnantes et trébuchantes et autres avantages sont-ils passés par là ? Allez-y savoir.
 
En effet, Agbéyomé Kodjo a fait amende honorable. D’abord aux sécurocrates de Faure Gnassingbé en se mettant en genou, confie une source bien renseignée à la présidence. Au cours de cet acte de contrition, ces derniers lui ont posé la question de savoir pourquoi il continuait de s’en prendre au chef de l’Etat alors qu’il implorait son pardon. Le natif de Tokpli a alors promis de mettre un peu d’eau dans son vin, le temps de donner une chance à la mission de bons offices des sécurocrates. C’est dans ce cadre qu’il s’est rebiffé après avoir signé le rapport du CST sur l’affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé. Approché, Faure Gnassingbé a décidé de le réhabiliter à condition qu’il travaille à la destruction du CST. Une entreprise périlleuse devant laquelle l’ancien Premier ministre s’est cassé les dents. Mais au fil des jours, Agbéyomé Kodjo n’a pas manqué de normaliser ses relations avec le Prince qui le réhabilite dans ses droits d’ancien Président de l’Assemblée nationale et Premier ministre. Une Land Cruiser de couleur blanche de 83 millions de FCFA lui aurait été achetée et tous les fonds inhérents à ses droits entièrement versés. Adieu l’opposition ! Adieu Agbéyomé qui escalade les murs ! Adieu « Agban agbodji » ! Adieu « Victago » !
 
Masochisme ostentatoire
 
Comme Kpatcha Gnassingbé, Pascal Bodjona aujourd’hui, Agbéyomé Kodjo est le plus grand souffre-douleur du système qu’il a participé à ériger. Lors de son retour au Togo en 2005 après son exil parisien, un plan d’élimination physique avait été mijoté dans les arcanes du pouvoir et devrait être exécuté. A défaut de l’abattre à la frontière, il était prévu de le faire lors de son transfèrement à la prison civile de Kara. Mais grâce à la providence, il l’a échappé belle.
 
Le pouvoir va plus tard tenter de l’asphyxier financièrement et ainsi le tuer politiquement. A court de moyens et afin de financer sa campagne électorale de 2010, l’ancien Premier ministre avait décidé de mettre en vente un de ses immeubles sis à la cité OUA. Une institution internationale s’était montrée intéressée, et il devrait obtenir un quitus de Faure Gnassingbé, selon des dispositions existantes, avant de faire la transaction. Mais le Prince de la République ne le lui a jamais donné. Une façon de l’empêcher d’avoir les moyens de mener ses activités politiques.
 
Après le scrutin d’alors où il a été le tout premier à reconnaitre la victoire de Jean-Pierre Fabre, il a été l’objet d’une cabale dont les ficelles étaient tirées depuis le sérail, avec un certain Gaston Vidada comme pion de la manœuvre. Pour une histoire à faire dormir debout, la justice a ordonné la dissolution de l’Obuts et la saisie de ses biens.
 
En juin 2012, à la suite d’une manifestation de l’opposition incarnée par le Collectif « Sauvons le Togo », des éléments du Service de recherche et d’investigation (Sri) fortement armés, avec à leur tête le fameux Capitaine Akakpo, débarquent à son domicile, passent à tabac ses enfants et appréhendent Agbéyomé Kodjo pourtant couvert par l’immunité d’ancien président de l’Assemblée nationale.
 
Vers la fin 2012, le pouvoir a tenté de l’arrêter dans une affaire réelle ou inventée de coup d’Etat sur fond de trafic d’armes et d’empoisonnement. Mis au parfum du complot, Agbéyomé Kodjo alerta l’opinion nationale et ses pourfendeurs renoncèrent au projet. Mais il sera coincé quelques semaines plus tard dans le dossier des incendies de janvier 2013. Son immunité parlementaire fut levée le 16 janvier, dans des circonstances irrégulières et il fut arrêté et détenu à la Gendarmerie. Il n’y a passé que quarante (40) jours de détention, mais il en sortira énormément atteint aussi bien physiquement que moralement. C’était une mise à mort de sa personne par le Fils du Père qui était enclenchée. Lui-même a témoigné à sa sortie qu’il était contraint d’uriner dans une bouteille vide d’eau minérale ; quant aux selles, il se servait du seau du bain. Il était aussi privé de soins médicaux, et à sa sortie le 25 février grâce aux pressions, l’homme avait perdu beaucoup de chair. Comment celui qui a tant souffert le martyre peut-il aussi subitement s’amouracher de son bourreau ? Du masochisme manifeste.
 
Même service à Eyadéma en 2001
 
Cette sortie d’Agbéyomé Kodjo est un grand service rendu à Faure Gnassingbé qui mendie depuis quelque temps un 3e mandat auprès de ses opposants. La manœuvre avait été tentée lors des discussions préalables au vote du projet de loi introduit par le gouvernement à l’Assemblée nationale et finalement rejeté le 30 juin dernier. L’intéressé même a récidivé lors de son entretien avec le chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre, le 22 novembre dernier. Mais cette requête semble trouver écho favorable auprès de l’intermittent de l’opposition, Agbéyomé Kodjo. C’est en réalité une concession difficile à faire pour tout opposant sérieux et défenseur sincère du peuple, d’autant plus qu’elle serait synonyme de sacrifice de l’alternance souhaitée depuis un demi-siècle et de pérennisation du clan Gnassingbé au pouvoir. Mais cela relève simplement d’un réflexe chez Agbéyomé Kodjo qui avait rendu le même service à Eyadéma en 2001. Petit rappel de l’histoire.
 
Le « Vieux » devrait vider le plancher en 2003, au bout de son second et dernier mandat post-avènement démocratique au pouvoir. Mais un projet de tripatouillage de la Constitution de 1992 fut entrepris, avec à sa tête un certain Ouattara Fambara Natchaba, à alors président de l’Assemblée nationale. A l’époque Premier ministre et au sommet de sa gloire, Agbéyomé Kodjo va apporter son soutien indéfectible à ce projet qui aboutira au tripatouillage du 30 décembre 2002 dont les effets continuent aujourd’hui. Certains croient même savoir qu’il en était le véritable instigateur. « La limitation des mandats présidentiels aux Etats-Unis d’Amérique répond à l’histoire américaine. La non limitation du mandat présidentiel en France, puis sa réduction de sept (07) à cinq (05) ans répond aussi à l’histoire française. Nous demander, nous Togolais, par tous les moyens de limiter le nombre de mandats présidentiels, c’est nous imposer la pensée des autres. Si cela était dans nos traditions, la Première République (celle de Sylvanus Olympio), la 2e (celle de Nicolas Grunitzky) ainsi que la 3e (celle d’Eyadéma) l’auraient prévu. Ceux qui se sont réunis sans mandat, qui se sont proclamés souverains, peuvent-ils s’accorder à leur texte constitutionnel et en tirer profit pour détruire le Togo ? La démocratie repose sur la volonté du peuple, et si on a des doutes sur cette volonté du peuple à un moment donné, il faut interroger le peuple. Interroger le peuple togolais pour savoir si oui ou non, il veut une limitation des mandats présidentiels. Chers jeunes, il est de notre devoir d’attirer votre attention sur ce point fondamental car la Conférence nationale dite souveraine a été un gouffre. Il faut se réveiller et corriger ce que nous pouvons corriger. Le Togo doit-il passer tout son temps à faire des élections ? », déclarait Natchaba le 29 août 2001, devant plus de 2000 jeunes du Rassemblement du peuple togolais (Rpt) lors de la journée de réflexion des jeunes de la région des Plateaux organisée à l’INFA de Tové sous le thème : « Jeunesse togolaise face aux défis des prochaines échéances électorales », afin de préparer les esprits à cette modification de la Constitution.
 
A cette journée de réflexion, était présent un certain Agbéyomé Kodjo, à l’époque Premier ministre. Voici ce qu’écrivait Togo Presse N°6101 du vendredi 31 août 2001, dans une « Note d’information de la Primature » : « (…) Le chef du gouvernement demande à l’Assemblée nationale de prendre ses responsabilités en engageant une procédure de modification de la loi électorale afin de rendre possible la tenue de ces élections (Ndlr, législatives des 14 et 28 octobre 2001) dans les meilleurs délais. Le chef du gouvernement a, par ailleurs, fortement appuyé la demande de la révision de la Constitution formulée par le président de l’Assemblée nationale en ce qui concerne les dispositions de l’article 59 relatives à la limitation du nombre du mandat présidentiel. Ceci n’est que conforme au souhait exprimé par les différentes couches de la Nation qui préfèrent s’en remettre à la sagesse et à l’expérience du président Eyadéma, au lieu de choisir les chemins de l’aventure dont il mesure le prix et les lourds sacrifices ». La suite, on la connaît. Avec le soutien apporté par Agbéyomé Kodjo à Faure Gnassingbé en quête d’un 3e mandat, c’est simplement l’histoire qui est en train de se répéter.
 
Déjà, il n’avait pas trop bonne presse, surtout auprès des Togolais acteurs de la lutte pour l’avènement démocratique des années 90 et victimes ou témoins de ses agissements à l’époque. La seule évocation de son nom fait remonter à la mémoire les événements de Fréau Jardin soldés par le massacre des Togolais, dossier dans lequel il n’a jamais reconnu sa responsabilité. Mais en plus, il s’illustre comme un ennemi résolu de l’alternance au pouvoir au Togo derrière laquelle court le peuple depuis 50 ans. Comme non satisfait d’avoir permis au Père de rempiler en 2003, il revient soutenir le Fils afin qu’il fasse un 3e mandat en 2015. Et le peuple togolais devra le prendre comme tel. Juste pour l’Histoire…
 
Tino Kossi
 
source : Liberté Togo
 

Commentaires

comments

Ecrire un commentaire

Saisissez votre mail.

Please type the characters of this captcha image in the input box

Merci de taper les caractères de l'image Captcha dans le champ

*