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Après l’éligibilité au sein des PPTE, les autorités caressent l’opposition pour faire élire le Togo au Millenium Challenge Account (MCA)

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Des motivations de l’opération de charme du pouvoir envers l’opposition
 
Avec le régime Unir, il n’y a jamais de fumée sans feu. Au lendemain de la rencontre entre Jean-Pierre Fabre et Faure Gnassingbé, plus d’un citoyen a été surpris de voir des images des meetings de l’ANC et autres manifestations de l’opposition défiler sur les écrans de la télévision nationale. Le ton modéré du représentant d’Unir aussi avait agréablement surpris. Mais à en croire des informations qui coulent de source, ces gestes d’apaisement seraient guidés par l’ambition des autorités de faire élire le Togo au sein des pays bénéficiant du MCA, du nom de ce mécanisme de financement mis en place par les Etats-Unis pour aider les pays en développement qui démontrent leur engagement à réduire la pauvreté. Et pourquoi les chargés de ce programme ne conditionneraient-ils pas l’admission du pays à la bonne tenue des échéances à venir si tant est qu’ils disent mettre le bien-être des populations au devant de toute autre considération ?
 
Depuis quelque temps, le paysage politique semble retrouver une certaine accalmie. Sur les plans sanitaire et éducatif, les autorités donnent l’impression de « maintenant se soucier » des besoins de la population dans ses diverses composantes. C’est ainsi que le chef de file de l’opposition Jean-Pierre Fabre –comme le conçoit le chef de l’Etat- a été reçu le 5 mars dernier et depuis, les médias publics semblent s’être réveillés de leur torpeur et couvrent aussi des manifestations organisées par les partis de l’opposition. Alors que nul n’ignore les instructions qui auraient été données pour interdire sur ces mêmes médias le relais des manifestations organisées par des leaders de l’opposition. Si la majorité des Togolais estiment que ces changements d’attitude sont le fruit d’un dégel des relations entre le pouvoir actuel et l’opposition, des informations persistantes relèvent que l’attitude est loin d’être fortuite, le régime actuel n’étant habitué à ne faire l’âne qu’en présence du foin. Il y aurait donc anguille sous roche.
 
Il nous revient que le Togo ambitionne désormais d’offrir toutes les conditions requises pour être éligible au Millenium Challenge Account qui est un mécanisme de financement mis en place par les Etats-Unis pour aider les pays en développement qui démontrent leur engagement à réduire la pauvreté. Avant le Togo, le Bénin, le Ghana, et le Mali y étaient élus depuis 2006 ; et le Burkina Faso y a fait son entrée en 2008. Qui peut bénéficier du MCA ?
 
Résolu à écarter tout favoritisme, cette question est tranchée par le Congrès en faveur des pays à faible revenu. Au point que deux amendements déposés par des sénateurs tendant à augmenter le nombre de pays sud-américains éligibles, et à rendre éligibles les pays à revenu moyen inférieur dès 2005, ont été rejetés. Parce que dans son ensemble, le Congrès serait fermement décidé à faire de cette initiative un instrument de lutte contre la pauvreté. Il est même avéré qu’en créant le Millennium Challenge Account en 2004, le président Georges W. Bush avait bousculé les pratiques américaines de l’aide publique au développement, avec une sélection transparente, à partir d’indicateurs économiques, sociaux et de bonne gouvernance extérieurs à l’administration, l’appropriation des programmes par les bénéficiaires et une concentration de l’aide sur quelques pays en développement. Mais comment le Togo, pays qui souffre de carence en matière de transparence dans divers domaines, va-t-il se conformer aux indicateurs de choix ?
 
Ces indicateurs, au nombre de seize, sont proposés et répartis en trois catégories: gouverner loyalement (ruling justly), investir dans le capital humain (investing in people) et garantir la liberté économique (ensuring economic freedom). Les indicateurs sont choisis pour leur capacité à représenter le plus fidèlement possible le large spectre des politiques publiques et pour leur corrélation théorique avec la croissance et la réduction de la pauvreté. Une des contraintes, qui a été respectée, est de les définir suivant une méthode transparente, à partir de données publiques, sûres et facilement compréhensibles. Mais le Congrès américain, soucieux de se donner toutes les chances de réussite dans ses choix, et sans faire référence explicitement aux indicateurs, ajoute dans la loi que trois critères supplémentaires devront être considérés à l’avenir : le respect des droits des personnes handicapées, la gestion durable des ressources naturelles, l’investissement dans la santé et l’éducation des femmes et des jeunes filles. La MCA doit donc prendre ces recommandations en considération et faire évoluer les indicateurs de sélection. Voyons si le Togo dispose des chances d’être retenu.
 
Gouverner loyalement. L’expression à elle seule, sans parti pris, risque de disqualifier le pays. Lorsqu’on se cantonne simplement aux traitements réservés aux recommandations de la CVJR et des missions d’observation électorale de l’Union européenne, au rapport de la CNDH sur la torture, lorsqu’on revisite la manière scélérate dont des députés légalement élus ont été révoqués de l’Assemblée nationale sans que le chef de l’Etat ne veuille se prononcer, quand on se rappelle les actes de torture et de traitements inhumains et dégradants infligés à des prévenus dans la fable d’atteinte à la sureté de l’Etat, et qu’on revoit l’inimitié que le régime en place a vouée aux leaders de partis d’opposition dans les incendies criminelles dont le prologue du procès n’a même pas encore commencé pour parler de son épilogue, et quand enfin, on analyse le flou kafkaïen qui entoure le dossier du pétrole offshore découvert, mais dont les autorités ne veulent pas parler pour situer les citoyens, on se demande  comment l’Etat togolais peut s’estimer gouverner loyalement.
 
Investir dans le capital humain. La population togolaise est à majorité jeune, mais quels débouchés les autorités proposent-elles à cette jeunesse ? Un ministère supposé du Développement à la Base avec ses multiples projets et programmes qui s’imbriquent, mais ne donnent pas de résultats quantifiables. Combien de jeunes des projets comme PROVONAT, PAIPJA, FAIEJ et autres ont-ils sortis du chômage par rapport à l’effectif des sans emplois?
 
Garantir la liberté économique. C’est au nom de la liberté économique que des commerçants ont rassemblé leurs fonds pour passer des commandes de marchandises en Asie ; et pourtant l’ANR a dépossédé les ayants-droit de leurs fonds de commerce depuis 2009. A ce jour, à peine la moitié de cet argent a été rétrocédée aux commerçants spoliés. La liberté économique est-elle synonyme de libertinage économique avec des fuites de capitaux estimées entre 2005 et 2011 à plus de 8.827 milliards de FCFA ? Ce sont là quelques exemples des épines que les autorités du pays doivent chercher à enlever de leurs pieds si elles veulent se donner des chances de sélection au MCA.
 
Mais pourquoi les initiateurs du MCA ne peuvent-ils pas mettre l’Etat togolais à l’épreuve des élections en plaçant le dossier d’admission en stand-by, le temps de voir le degré de transparence que les autorités mettront dans l’organisation des élections locales, et même avant ça, dans la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles prescrites par l’Accord Politique Global (APG) ? La question mérite tout son intérêt quand on observe l’attitude actuelle du président burkinabé, Blaise Compaoré. Lorsqu’en 2008 son pays intégrait le MCA, il n’avait pas encore ouvert en ce temps la boîte de Pandore sur la révision de la Constitution. Des années plus tard, il se plaît à narguer le monde en voulant s’accrocher au fauteuil présidentiel. Et pourtant la première catégorie parle de « gouverner loyalement » ! Au Togo, le fils du père nourrit des ambitions d’éternité sur le fauteuil présidentiel. En août prochain, il sera ensemble avec ses pairs africains à la Maison Blanche. Barack Obama pourra-t-il user de sa puissance en faisant d’une pierre deux coups ? Enjoindre Faure Gnassingbé de ne plus se porter candidat et permettre par ricochet au pays d’être admis au sein du Millenium Challenge Account ? Wait and see.
 
Abbé Faria
 
Liberté Togo
 

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Publié le 28 mars 2014


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"Je suis Jean-Pierre FABRE, je ne suis pas à vendre ni à acheter. Je ne vénère pas l'argent."



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