Le peuple togolais peut-il vraiment compter sur la bonne foi de Dama Dramani et les siens ?

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Réformes constitutionnelles et apaisement

. UNIR entre recours systématique au Parlement et consensus préalable

Les députés à l’Assemblée nationale effectuaient ce mardi leur rentrée parlementaire, après trois mois de congés. Un événement qui intervient en plein débat sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (Apg). Dama Dramani a, dans son intervention, fait montre de bonnes dispositions d’esprit quant au sort de ces réformes importantes pour la tenue apaisée de la présidentielle de 2015 et la survie de la démocratie au Togo sur lesquelles il urge de revenir.Difficile d’avoir une opinion claire du degré de sincérité du pouvoir Rpt/Unir lorsqu’on superpose les positions de ses différents intervenants sur cette problématique. Et à l’analyse, on est tenté d’y voir une simple manœuvre pour endormir l’opposition et le peuple togolais.

Les bonnes paroles de Dama Dramani

« Préserver la paix sociale pour garantir le progrès et la liberté pour tous ». Rien que le thème autour duquel a tourné cette rentrée parlementaire est assez plein de vertus. C’est un bel engagement des députés de l’Assemblée nationale (y compris ceux de l’Union pour la République). Mais le président de l’Assemblée nationale a mis de l’eau à la bouche des Togolais, par ses propos lénifiants dans son allocution de circonstance.

A en croire Dama Dramani sur parole, les députéss’engagent à travailler « ensemble, malgré leurs différents courants d’opinions politiques »,pour atteindre les réformes politiques et conduire les populations togolaises vers« les lendemains de prospérité et de bonheur partagés ».« Les réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’Accord Politique Global (APG) seront certainement l’un des grands sujets d’intérêt national dont nous aurons à débattre. Il me paraît donc indispensable d’inviter les uns et les autres à avoir une vision plutôt républicaine des fonctions de base du parlement », a-t-il dit à l’endroit de ses collègues qu’il a invités à faire preuve de « patriotisme » et àjouer leur partition dans les limites des prérogatives constitutionnelles,« pour l’édification d’une société plus apaisée et plus tolérante »et un« avenir radieux »pour les « fils et filles » du Togo,conscient de l’importance de ces réformes pour la survie de la démocratie dans notre pays.« Dans la perspective donc des débats sur les réformes envisagées, j’en appelle au bon sens et au réalisme des honorables députés et les invite à œuvrer dans l’intérêt supérieur du Togo en favorisant le consensus qu’exigent les enjeux », a-t-il indiqué, et de demander à ses camarades de faire en sorte que « les débats continuent de se tenir dans une ambiance de courtoisie, de respect mutuel et de sérénité ». Car « le travail qui nous attend est colossal et nous devons éviter de nous distraire avec des querelles de clocher qui ne serviront nullement la cause de notre peuple », a-t-il dardé.

Un air de piège pour endormir le peuple

DamaDramani, le président de l’Assemblée nationale et un des caciques du régime Rpt devenu Unir aussi soft et vertueux dans ses propos ? Beaucoup de Togolais auraient sans doute dans un premier temps douté de la paternité de ces propos, avant de se raviser en voyant les images. Car de pareils propos ressemblent plus à un leader ou député de l’opposition.

En effet, le président de l’Assemblée nationale qui appelle les députés à favoriser le consensus sur les réformes, cela induit que ceux de sa propre sensibilité politique sont capables d’accepter par exemple que le mandat présidentiel soit limité à deux, avec effet immédiat, au nom de la démocratie et de l’alternance au pouvoir qui en est un principe sacro-saint ; ce qui aura l’effet de sceller le sort du président de leur parti, Faure Gnassingbé. C’est pourtant la seule façon de sauvegarder « l’intérêt supérieur de la Nation » et créer « une société apaisée » ; car le contraire, c’est-à-dire des réformes sans application immédiate, ouvrirait la voie à un long règne du Fils après 38 ans de régence du Père. Et dans une République, cela serait inacceptable et engendrerait forcément des tensions et des coulées d’adrénaline. Peut-on croire que les députés Unir franchissent le pas ?Certains observateurs avertis voient à travers ces propos lénifiants de Dama Dramani, l’incarnation de l’aile dure du système Rpt/Unir à l’Assemblée nationale, un traquenard pour gruger l’opposition et le peuple assoiffé d’alternance.

Entre recours au Parlement et recherche du consensus

A en croire Dama Dramani, les députés (Unir aussi) militent aussi pour le consensus, un idéal qui ne saurait s’opérer à l’Assemblée nationale, mais dans un cadre de dialogue formel. Mais la position du parti semble changer au jour le jour, et selon ses porte-voix.

Avant Dama Dramani ce mardi, c’est le 1er Vice-président du parti, Georges Aïdam qui s’illustrait le 14 mars dernier, au sortir de l’audience d’avec le Premier ministre ArthèmeAhoomey-Zunu dans le cadre des échanges organisés en vue des réformes et vibrait sur la même longueur d’onde. Le commun des Togolais s’attendait à une position tranchée et intenable du parti sur le sujet, l’entendre dire par exemple que c’est à l’Assemblée nationale et nulle part ailleurs que les réformes doivent se faire. Mais il a surpris son monde par sa flexibilité.Son 1er Vice-président qui conduisait la délégation, a laissé entendre que le parti a simplement«pris acte de ce qui a été dit » par le Premier ministre et est disposé à « accompagner tous les efforts du gouvernement afin que les réformes puissent s’opérer pour le bien de notre pays ». Au-delà de quelques réserves émises, il a laissé entendre que « l’essentiel, c’est qu’on parvienne au consensus pour les réformes ». Des propos qui signifient donc que l’Unir est disposé à supporter la création d’un autre cadre de discussions pour parvenir aux réformes.

Si Faure Gnassingbé n’avait rien laissé filtrer depuis l’ouverture du débat sur les réformes, le courrier de Jean-Pierre Fabre à lui envoyé a eu le mérite de le pousser à se prononcer. Et pour lui, c’est l’Assemblée nationale qui devrales exécuter. « (…)Le peuple togolais a aujourd’hui l’avantage de disposer d’une Assemblée nationale où les principaux courants politiques sont représentés. Elle offre ainsi le cadre le plus indiqué pour débattre utilement des réformes envisagées, conformément à l’esprit de l’Accord politique global.J’ai instruit à cet effet le Premier ministre afin qu’il prenne les dispositions pour l’ouverture prochaine au sein de l’Assemblée nationale des discussions sur les propositions de réformes institutionnelles et constitutionnelles », a-t-il répondu au chef de file de l’opposition le 25 février 2014. En clair, pour Faure Gnassingbé, le président du parti Unir, c’est l’Assemblée nationale qui devra exécuter les réformes. Et cette position, il l’a réitérée à l’occasion de la rencontre historique du 5 mars avec Jean-Pierre Fabre. A en croire Christian Trimua, le Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Justice chargé des Relations avec les Institutions de la République qui s’est fait son porte-parole au terme de la rencontre, il a « réitéré la nécessité que l’Assemblée nationale élue aux élections de juillet 2013 puisse jouer son rôle et que cette Assemblée et les autres institutions de l’Etat ne pourraient être que des chambres d’enregistrement ».

Il faut le constater, les positions semblent quelque peu varier et parfois contradictoires. Un coup c’est l’Assemblée nationale ou rien ; un autre coup c’est le consensus.

 
Tino Kossi
 
Liberté Togo
 

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