La triste idiotie des magistrats togolais

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« Au Togo, il suffit d’une simple menace ou d’une petite promesse pour qu’un magistrat rentre dans la compromission sans retenue ».
 
Ce constat établi par un ardent défenseur des droits de l’homme en séjour récent au Togo est certes triste, mais reflète avec précision l’amère réalité que les togolais sont bien obligés de vivre avec leurs pantins de magistrats.
 
Pour ceux qui doutent de la véracité et de l’évidence de ce constat, voici quelques faits frappants qui vont bien les édifier.
 
En 2011, dans le dossier Kpatcha Gnassingbé et coaccusés, alors que le pouvoir du Prince était coincé par la France d’aller à tout prix à un procès juste au lendemain de l’interpellation du feu général Assani Tidjani au moment où il était en service à Bouaké aux côtés des Forces Nouvelles, Faure Gnassingbé n’avait pas eu d’autres choix que de mettre sur pied une cour spéciale présidée par Abalo Pétchélibia à l’époque Président de la Cour Suprême du Togo pour enfin envoyer au procès Kpatcha Gnassingbé et ses coaccusés qui venaient ainsi de boucler deux ans de détention arbitraire à l’Agence Nationale de Renseignement.
 
Pour un tel procès, les tenants du pouvoir de Lomé avaient bien conscience que les bribes d’éléments qu’ils avaient en leur possession étaient largement insuffisants pour démontrer avec évidence le projet de coup d’Etat qu’ils avaient vite fait de brandir pour justifier la neutralisation définitive de Kpatcha Gnassingbé.
 
C’est alors qu’il a été demandé à Abalo Pétchélibia qui, à l’époque prenait le café tous les matins au Palais de la Marina avant d’entamer ses audiences, de condamner ceux qui étaient gênants au régime du Prince à des peines qui ont été décrétées depuis ce palais avec la ferme promesse qu’une grâce présidentielle leur serait accordée lors du discours de fin d’année du Président de la République.
 
Il a suffi que naïvement, Abalao Pétchélibia obéisse à la consigne donnée pour que non seulement cette grâce ne soit pas accordée mais surtout que Abalo Pétchilibia lui-même soit déclaré persona non grata au palais de la Marina. Ses multiples et infructueux coups de fils ainsi que ses incessantes démarches n’ont guère permis de revoir le Prince dans les yeux.
 
Il ne le reverra que plus d’un an après, au moment où ce dernier avait décidé de l’éjecter de son poste de Président de la Cour Suprême du Togo après l’arrêt de droit rendu dans l’affaire Agba Bertin ordonnant la libération provisoire de celui-ci.
 
Abalo Pétchélibia n’avait plus qu’à mordre ses lèvres d’avoir été autant naïf pour se laisser abuser par le pouvoir véreux et ensuite sortir du corps judiciaire du Togo par une ci-petite porte. C’est quand il a commencé à bourdonner que des mois après, il sera expédié à la Cour de l’UEMOA pour le contraindre au silence.
 
Ensuite vint en septembre 2012, le fameux et épineux dossier Bodjona où toute une liste de magistrats seront suffisamment travaillés pour participer activement au projet de démolition politique de celui-ci.
 
Tout part avec Hyacinthe Adjoli, ancien substitut du Procureur de la République qui, à l’audition de Pascal Bodjona le 10 août 2012 s’était montré intègre face aux assauts répétés de l’avocaillon de Pya, Tchitchao Tchalim à l’époque garde des sceaux qui demandait à tout prix, l’inculpation de Pascal Bodjona.
 
C’est donc ce Hyacinthe Adjoli qui, au lendemain de coup manqué contre Pascal Bodjona a été convoqué au bureau de Me Tchalim pour recevoir de sérieuses menaces et injonctions avant de se contraindre à appeler un des conseils du Ministre Bodjona pour négocier l’inculpation de son client. C’est surréaliste n’est pas ?
 
Mais ce n’est pas tout. Le projet n’ayant pas réussi, le pouvoir se verra obligé de bercer ce juge en lui promettant le poste de procureur de la République si jamais il venait à jouer pleinement sa partition dans ce plan d’en finir avec Pascal Bodjona. Voilà qui rendra fou ce magistrat qui dit avoir une famille de plus de 25 bouches à nourrir.
 
Sans commune mesure ni fondement juridique, Hyacinthe Adjoli émettra nuitamment un soit-transmis le 31 juillet 2012 pour que Pascal Bodjona soit interpellé dès le lendemain 1er septembre par la gendarmerie nationale à la suite d’une nouvelle plainte formulée pour les mêmes faits par le même plaignant, rédigée à la hâte par l’avocaillon de Pya et signée par le plaignant lui-même en lieu et place de ses avocats.
 
C’est ce Adjoli que Loïck Le Floch Prigent a, dans son livre le Mouton Noir, nommé « la voix de son maître » et qui avait soutenu au « milieu de tous » que Le Floch Prigent aurait dû coopérer dans le sens d’impliquer Pascal Bodona dans cette infamante affaire d’escroquerie internationale s’il tenait à recouvrer sa liberté au plus tôt.
 
Bien que n’ayant pas reçu le poste de procureur qui lui avait été promis et étant devenu juge du deuxième cabinet d’instruction, qui en réalité n’a plus rien à voir avec le dossier, c’est justement lui, Hyacinthe Adjoli qui, contre toute attente et aux dire même de Loïck Le Floch Prigent, dirige l’audition de ce dernier lorsqu’il a été présenté au juge d’instruction alors que ce rôle revient logiquement au juge du quatrième cabinet qui est détenteur du dossier en question.
 
A sa suite, vient le juge Symphorien Bidassa à l’époque doyen des juges d’instruction. Voilà un autre larbin à qui Me Tchalim avait fait la promesse ferme de le faire nommer Président de la Cour d’Appel de Lomé s’il réussissait à inculper Pascal Bodjona.
 
Malheureusement, juste après sa forfaiture, il sera envoyé comme un freluquet à la cour d’appel de Kara sans avoir rien reçu comme gain. Aujourd’hui il se morfond et se confond en excuses, en vain. Il n’a juste qu’à s’occuper de la bière locale et de la viande de porc dont il raffole.
 
A la cour d’Appel, c’est Sogoyou Pawélé qui se présente comme l’impétrant activiste du pouvoir et qui fait feu de tout bois pour rendre des décisions délirantes aussi bien dans le dossier Bodjona que dans celui des incendies et autres.
 
En réalité, ce magistrat a de quoi faire un tel zèle puisque sa nomination au poste de Président de la chambre d’accusation ne repose sur rien de juridique.
 
C’est une faveur qui lui a été gracieusement faite par le pouvoir et qui viole les prérogatives légales du Président de la Cour d’Appel à qui la loi confère le pouvoir d’organiser la chambre d’accusation, de la présider ou de la faire présider par un de ses conseillers en cas d’absence.
 
A la Cour Suprême, c’est malheureusement Abdoulaye Yaya, un magistrat de haute qualité qui a mordu l’hameçon de la compromission pour ci- peu. Son audace d’antan et son sens aigu du droit ont littéralement cédé place à la forfaiture et à la piraterie judiciaire. C’est incroyable de voir des magistrats de cette trempe tomber dans une vie serve, aux bottes du pouvoir juste pour avoir du foin.
 
La question que l’on se pose est bien de savoir ce qu’un tel magistrat déjà dans la soixantaine peu bien attendre encore de ce pouvoir alors qu’il tend littéralement vers la porte de sortie ? Président de la Cour Suprême ? Il ne devra marcher sur le corps de Gamatho. Ministre ? Il a encore tout un long chemin à faire.
 
Car dès lors que ses mandants savent avec précision les nombreux bars qu’ils fréquentent pour consommer du vin frelaté et lancer ses fumées de cigarettes, dès lors que le pouvoir sait avec évidence combien il s’attache à l’argent pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille, il ne pourra l’utiliser que pour les basses besognes.
 
Faure a beau avoir des difficultés, jamais il n’oserait nommer un ministre qui pourrait être poursuivi à tout moment pour des dettes contractées ici et là….
 
Abdoulaye Yaya est-il prêt à le comprendre ?
 
Tout compte fait, l’on constate avec désarroi que les charges familiales, la recherche du foin, la peur du lendemain… ont fini par oblitérer chez Yaya et certains de ces magistrats cadets, le sens sacré du droit et de la justice au Togo. Et c’est à eux que le pouvoir confie des dossiers signalés qu’ils sont chargés de charcuter.
 
Par leurs mains donc, le pouvoir du Prince frappe politiquement tous ceux qu’il pense qu’ils lui font ombrage et l’empêchent d’étendre son emprise sur le Togo autant d’années qu’il le désire.
 
Mais tous ces magistrats s’associeront à tous ces coups foireux et lâches jusqu’à quand ? Ils aideront le Prince dans sa quête de survie politique jusqu’à quand ? Seul l’avenir nous le dira.
 

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