CEDEAO : Doutes et craintes autour d’une mission au multiple reports

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L’attente devient trop longue. L’impatience finit peu à peu par gagner les Togolais qui, depuis quelques semaines, ont commencé par faire confiance à la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui s’est impliquée dans la crise politique au Togo. Au sein de l’opinion nationale, le sujet fait la une des discussions et suscite de vifs débats dans la classe politique. On se demande pourquoi l’institution sous-régionale garde le silence face à l’interprétation erronée que fait le régime de Faure Gnassingbé de la feuille de route rendue publique par les chefs d’Etat et de gouvernement le 31 juillet dernier, notamment le cul-de-sac de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Il y a un mois, jour pour jour, que les recommandations de la CEDEAO ont été rendues publiques à l’issue du 53e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement. Malgré les manquements que contient ce document qui devrait permettre la résolution pacifique, définitive et durable de la crise politique togolaise, le peuple togolais, la Coalition des 14 partis de l’opposition et des organisations de la société civile, quoique insatisfaits, ont voulu faire confiance à l’institution communautaire qui a annoncé l’installation d’un Comité de suivi qui devrait veiller à l’application de cette feuille de route. Mais un mois après, cela commence par ressembler à un marché de dupe. Les Togolais se lassent déjà du mutisme de la CEDEAO face au subterfuge du régime de Faure Gnassingbé qui utilise la CENI à sa guise.
Depuis le 31 juillet dernier, une seule mission de la CEDEAO était revenue à Lomé le mercredi 8 août 2018 pour voir si les positions des protagonistes de la crise ont évolué. Cette mission était conduite par le président de la Commission de la CEDEAO, Dr Jean-Claude Kassi Brou qui avait rencontré le parti au pouvoir, la Coalition des 14 partis de l’opposition et le gouvernement. « J’ai bon espoir que nous pourrons, sur la base des orientations des deux Facilitateurs, organiser très rapidement une réunion du Comité de suivi institué le 31 juillet 2018 et établir un chronogramme d’actions à mettre en œuvre pour permettre la tenue des élections législatives le 20 décembre 2018 comme arrêté par le sommet du 31 juillet 2018. La Commission de la CEDEAO va travailler résolument dans ce sens afin d’accompagner l’ensemble des parties et le Togo à réaliser des élections transparentes et fiables », avait indiqué Dr Jean-Claude Kassi Brou à l’issue de cette rencontre. Et depuis, plus rien.
Et pourtant, plusieurs missions ont été déjà annoncées dans la capitale togolaise. Mais à chaque fois, elles sont reportées. La dernière en date reste celle qui a été annoncée pour le mercredi 29 août dernier. Elle aussi n’était pas venue. Des indiscrétions évoquent l’agenda très chargé des Facilitateurs qui doivent faire eux-mêmes le déplacement de Lomé. Et leurs représentants alors ? La question brûle pour le moment les lèvres des Togolais qui, une fois encore, croient avoir été bernés par la CEDEAO.
Pendant ce temps, la Commission électorale nationale indépendante qui, selon la feuille de route, doit être recomposée de façon paritaire, continue sa course folle. Cela, malgré les rappels à l’ordre de la classe politique et de la société civile. Le président de la CENI, Kodjona Kadanga, manipulé par le régime de Faure Gnassingbé, croit avoir une mission à accomplir, quitte à fouler aux pieds les recommandations de l’institution communautaire. La situation devient inquiétante.
Les Togolais ont leur regard tourné vers la CEDEAO qui ne réagit pas. Nombreux sont ceux d’entre eux qui attendaient mercredi dernier cette autre mission annoncée à Lomé, pour décortiquer point par point le contenu de la feuille de route et peut-être mettre fin à la course effrénée de l’institution chargée de l’organisation et de la supervision des élections au Togo. Mais la désillusion a été encore totale lorsqu’ils ont appris le report de cette mission. A quoi doit-on s’attendre dans les prochains jours avec une CENI déchaînées sur des élections aux lendemains catastrophiques et une CEDEAO qui, pour le moment, semble ne pas être la garante de sa feuille de route ?
Dans une intervention sur une radio de la place, le 2e porte-parole du Front citoyen Togo debout (FCTD), Me Raphaël Kpande-Adzaré a interpellé les chefs d’Etat et de gouvernement de l’institution sous-régionale à réagir face à la situation. « Maintenant, il revient à la CEDEAO de dire à M. Kodjona Kandaga et à sa CENI que non, nous voulons un processus inclusif. C’est à la CEDEAO d’arrêter le processus unilatéral actuel. La CEDEAO est garante de sa feuille de route. Et elle veut un processus inclusif. Mais aujourd’hui, ce processus est biaisé et unilatéral. Donc, la CEDEAO doit dire non à ce processus », a-t-il indiqué.
Si tant est que la CEDEAO n’est pas un syndicat des chefs d’Etat, comme l’a indiqué le président guinéen Alpha Condé, l’un des facilitateurs dans la crise politique au Togo, il faut qu’elle arrête vite l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard. Déjà, l’on a pris un mois pour ne rien faire sur la feuille de route. Le fameux Comité de suivi ne s’est pas encore réuni. On s’approche du 20 décembre. Et le régime en place fait tout pour que ces élections aient lieu dans ces conditions. Dans ce cas, il est évident que les Togolais commencent par douter des réelles intentions de la CEDEAO qui laisse faire. Sinon, ces reports répétés laissent déjà des craintes chez le peuple togolais.
I.K
 
icilome
 

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