Coronavirus et rentrée scolaire 2020-2021 : Le Togo pourra-t-il franchir ce cap et sauver sa jeunesse ?

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La pandémie du coronavirus est là pour durer. C’est la réalité. Mais les premières mesures réactives pourront-elles assurer la continuité de la vie sans anticipation ? Décréter la fermeture des écoles est une chose, mais la jeunesse togolaise ne saurait se contenter de demeurer ad vitam aeternam éloignée des bancs scolaires. Tout comme le corps enseignant ne peut pas toujours émarger au budget sans produire en contrepartie ce pour quoi il est rétribué. Avec le nombre trop limité de bâtiments scolaires et les classes bondées d’un côté, puis l’ombre de la reprise des classes, c’est maintenant que l’un des effets de la Covid-19 fera jour : faire respecter les mesures barrières et prendre en charge les heures supplémentaires ou carrément la multiplication des heures de travail des enseignants par deux.

Bientôt, il ne fera pas bon gouverner dans le monde en général, et dans les pays où l’éducation scolaire n’a pas été prise en compte comme il se doit, particulièrement au Togo.

Qui veut voyager loin ménage sa monture, enseigne l’adage. Les autorités togolaises prennent-elles des dispositions pour faire face à la rentrée scolaire prochaine, une rentrée qui sera placée sous le signe de la prévention de la pandémie du coronavirus ? Tant vaut l’école, tant vaut la nation.

Au temps de feu Gnassingbé Eyadema, la jeunesse togolaise avait été au centre de la gouvernance du « père de la nation ». « Aucun sacrifice n’est trop grand quand il s’agit de l’avenir de la jeunesse », chantait-il. L’homme n’avait pas fait dans la dentelle pour être aux côtés de la jeunesse togolaise : animations politiques, création d’« amicales » de ressortissants de régions selon la provenance de l’étudiant, marches de soutien et lectures de motions à l’endroit du « timonier national », tout était mis en œuvre pour favoriser l’abêtissement de la relève de demain. Malheureusement, une « catastrophe nationale » s’est abattue sur le pays et le père de la nation s’en est allé.

Faure Gnassingbé a pris sa suite et dans sa 16ème année de gouvernance, le coronavirus s’est invité dans la danse. Dans la précipitation, toutes les écoles ont été fermées. Aurait-on pu prendre la même mesure si la pandémie s’était déclarée au Togo juste après un trimestre ? Passons ! Pour la première fois, une maladie a obligé les autorités à décréter l’état d’urgence sanitaire avec la bénédiction de l’assemblée nationale. Et toutes les écoles ont été fermées. Mais le mal n’a pour autant pas été circonscrit et si l’on n’y prend pas garde, le pire est encore devant le peuple togolais.

Rentrée scolaire 2020-2021. La prorogation des examens de la fin d’année en cours implique forcément un raccourcissement de la période des vacances. Ce qui veut dire que très bientôt, les élèves doivent reprendre le chemin de l’école. Que se passera-t-il ? A quelle sauce l’école togolaise sera mangée ? Quid du corps enseignant ?

La semaine dernière, on annonçait une vingtaine de cas positifs dans une école coranique dans la préfecture de Tandjouaré. Juste pour montrer ce qui risque d’arriver sur toute l’étendue du territoire national et qui pourrait compromettre l’éducation et la santé juvénile au Togo.

Dans la plupart des écoles publiques, dire que les classes sont bondées serait un euphémisme. Elles sont surpeuplées. Or, la pandémie trouve son ferment dans un milieu où la promiscuité est reine.

Que ce soit dans les lycées, les collèges d’enseignement général ou dans les primaires, les apprenants sont au moins à deux par banc. Des classes prévues pour accueillir une cinquantaine d’élèves sont occupées par le double, parfois le triple de l’effectif prévu, comme dans des classes d’examens dans des lycées à Lomé, Atakpamé et ailleurs. Mais avec le coronavirus, le maximum sera de deux par banc. Les périodes d’examens seront bientôt loin, le temps où les élèves étaient congédiés pour rester à la maison ne sera qu’un souvenir.

Le Togo va-t-il inaugurer l’ère des réductions d’effectifs dans les classes ? Oui. Les élèves seront-ils répartis en groupes pour voir certains aller à l’école les matinées et d’autres, les soirs ? Assurément. L’heure serait-elle venue pour les enseignants de puiser dans leurs réserves pour tenir des cours matins et soirs ? A n’en pas douter.

Les horaires des enseignants seront multipliées dans bien des établissements publics pour les besoins de la cause. Mais avec obligatoirement la revue salariale, seule alternative pour une meilleure implication du corps enseignant. Parce qu’il ne serait pas concevable qu’un enseignant payé par exemple à 120.000 FCFA pour un certain nombre de cours, ne voie pas ses émoluments multipliés par deux, mathématiquement parlant s’il devrait voir ses horaires doubler. Mais il n’y a pas que cet aspect.

A ce jour, aucune initiative pour la rentrée prochaine tendant à inculquer dans la mémoire des élèves l’obligation de ne pas enlever, sous aucun prétexte les masques, tant qu’on sera au moins dans les enceintes des établissements scolaires, n’est encore prise. Parce que les autorités en charge de l’éducation doivent commencer à tenir un discours dissuasif et très ferme tant à l’endroit des parents que des élèves. La vie des autres élèves en dépend lorsqu’un seul cherchera à défier l’autorité de l’établissement.

Au sein des établissements, il a existé des cantines scolaires. Mais celles-ci ont entre-temps disparu depuis l’arrivée du mal. Or, bien des enfants ont connu le chemin de l’école grâce à cette mesure incitative. Les cantines seront-elles rouvertes ? Dans l’affirmative, comment les établissements s’y prendront-ils pour faire respecter, pendant les récréations, la distanciation ? Parce qu’au moment de manger, plus aucun élève n’aura son masque sur le visage. Comment faire en sorte que ce moment ne soit pas celui qu’attend le virus pour aller d’un cas asymptomatique vers un ou des cas négatifs ?

Si nous anticipons sur la rentrée prochaine, ce n’est pas fortuit. Une nouvelle étude conforte l’idée que le coronavirus peut se transmettre via l’air, selon Rfi. « Une étude, menée par des scientifiques chinois, vient conforter (comme d’autres études avant elle) l’idée que le coronavirus peut se transmettre via l’air, donc par la respiration. Les auteurs se sont intéressés à un autocar en Chine ; dans ce bus mal ventilé, un passager infecté mais pas encore symptomatique aurait contaminé le tiers des personnes présentes dans le véhicule. L’étude a été publiée dans la revue scientifique JAMA InternalMedicine. L’histoire se passe mi-janvier, dans une province de l’Est de la Chine. Environ 130 personnes de la même ville sont acheminées via deux autocars à un événement bouddhiste qui a lieu principalement en extérieur. Le trajet aller puis retour dure environ 2 heures. Personne ne porte de masque. Tandis que dans un car, aucun passager ne sera infecté ; dans l’autre, 24 personnes sur 68 seront contaminées – c’est plus d’un tiers. A l’origine de ce cluster selon les auteurs de l’étude: un passager ayant eu un lien avec des habitants de Wuhan, berceau de l’épidémie. Lors de ce trajet en car où il était assis au centre, il n’avait pas encore de symptômes. Pas de toux donc, ni d’éternuement. Point intéressant : le cercle d’infections dépasse largement les sièges et les rangs autour de lui : des passagers situés à l’avant comme à l’arrière sont contaminés. La diffusion du coronavirus via l’air, par la respiration, est donc très probable dans cette situation; les auteurs soulignent également que le système de ventilation de l’autocar a dû accentuer cette diffusion : l’air recirculait à l’intérieur de l’habitacle, qui plus est sans être renouvelé. Et ils concluent : « dans les environnements clos avec recirculation de l’air, le [coronavirus] est un pathogène hautement transmissible » ».

 Les classes scolaires au Togo sont-elles ventilées pour limiter la propagation du coronavirus ? Les élèves seront-ils exposés si des mesures draconiennes ne sont pas prises ? Autant de questions qui nous font repenser à l’époque du « signal », ce dispositif qui obligeait les élèves à ne parler que français au sein de l’établissement. Ceux qui manquaient de respecter la mesure étaient sévèrement punis. Aujourd’hui, il s’agit d’une question de santé publique. Instaurer le « signal » pour mettre la corde au cou d’élèves osant enlever leur masque serait aussi une piste à prospecter.

On apprend que le projet « SchoolAssur » serait prorogé d’un an. Face au coronavirus, il serait temps que les autorités arrêtent le sectarisme scolaire et repensent à la meilleure manière de protéger tous les élèves du Togo. Du public comme du privé.

Godson K. / Liberté Togo

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